NETTALI.COM - Entre refus de renvoi, versions contradictoires et réquisitoire sévère du parquet, le procès de Cheikh Guéye et Hady Sy a révélé de fortes tensions autour d’une présumée tentative de corruption.

Le procès de l’entrepreneur Cheikh Guéye et de son marabout Hady Sy, poursuivis pour association de malfaiteurs et corruption, a été marqué par de vifs échanges devant le tribunal des flagrants délits de Dakar.

Dès l’ouverture des débats, la défense a tenté d’obtenir un renvoi de l’affaire. Une demande fermement rejetée par le parquet, qui a estimé que les avocats étaient prêts à plaider. Le tribunal a finalement décidé de retenir l’affaire, malgré les protestations de certains conseils.

Les débats ont rapidement pris une tournure tendue, notamment lorsque la défense a sollicité la comparution du juge du deuxième cabinet, au cœur du dossier. Une requête rejetée par le tribunal, qui a invité les avocats à se limiter aux éléments du dossier.

À la barre, les deux prévenus ont catégoriquement contesté toute intention de corruption.

Hady Sy a reconnu avoir suggéré à Cheikh Guéye d’offrir une somme d’argent au magistrat, qu’il qualifie de « cadeau », après une rencontre jugée cordiale. Selon lui, il s’agissait d’un geste de reconnaissance envers « un homme bien ».

De son côté, Cheikh Guéye affirme ne jamais avoir eu l’intention d’influencer la décision du juge. Il explique avoir suivi les conseils de son marabout, tout en précisant que le magistrat avait lui-même indiqué la procédure légale à suivre pour la levée de son bracelet électronique.

Dans son réquisitoire, le procureur a été particulièrement sévère. Il estime que les deux hommes ont sciemment tenté d’acheter un magistrat, en contournant les voies légales.

Pour le ministère public, le simple fait de déposer une enveloppe contenant 10 millions de FCFA sur le bureau du juge constitue une infraction consommée, indépendamment de l’intention alléguée.

Le procureur a ainsi requis 2 ans de prison ferme, dénonçant un acte qui « gangrène la société » et constitue une « insulte à la justice ».

Face à ces réquisitions, les avocats de la défense ont plaidé la relaxe pure et simple.

Ils ont notamment avancé : l’absence d’intention de corrompre, le caractère ambigu du geste présenté comme un cadeau et le manque de preuves formelles, notamment l’absence de témoignage direct du juge dans la procédure.

Certains conseils ont également souligné que Cheikh Guéye n’avait aucun intérêt à corrompre, son bracelet électronique devant être levé prochainement.

Pour la défense, le doute persiste et doit profiter aux prévenus.

Cette affaire met en lumière les enjeux sensibles liés à la corruption dans le système judiciaire, ainsi que la frontière parfois floue entre « cadeau » et tentative d’influence.

Elle illustre également la fermeté du parquet face à toute atteinte à l’intégrité de la justice, dans un contexte de lutte accrue contre la corruption.

Le tribunal devra trancher entre deux lectures opposées : celle d’un acte volontaire de corruption, ou celle d’un geste maladroit sans intention frauduleuse.