NETTALI.COM - Sur le fond, la question est d’une simplicité désarmante : qui a reçu combien, et selon quels critères ?

Dans un État qui se réclame de la transparence, une telle information devrait être publique, accessible et incontestable. Pourtant, au lieu d’apporter cette clarté minimale, l'on assiste à une autre séquence : convocations, soupçons, tensions inutiles.

Faire intervenir la Sûreté urbaine dans un débat qui relève d’abord de la gouvernance et de la reddition des comptes, interroge. Convoquer des acteurs tels que Mame Makhtar Guèye ou Ibrahima Lissa Faye de l'Association de la presse en ligne, ne répond en rien à la question essentielle. Cela détourne même l’attention du vrai problème.

Car au-delà de la liste de répartition du Fonds d’appui à la presse 2025, c’est bien la crédibilité du système qui est en jeu.

Le Fonds d’appui à la presse n’est pas un privilège. C’est un outil public destiné à soutenir un secteur stratégique pour la démocratie, étant entendu que la presse exerce une mission de service public, ce qui signifie qu'elle éduque et éveille le citoyen, en assurant ainsi son droit à l'information. À ce titre, la gestion de ce fonds doit obéir à des règles strictes : transparence, équité, traçabilité.

Or, l’opacité actuelle nourrit tous les soupçons. Elle alimente des frustrations, fragilise les bénéficiaires légitimes et donne le sentiment que les pratiques d’hier persistent sous d’autres formes.

Le pouvoir actuel ne s'est-il pas construit sur un discours fort ? Celui de la rupture, de la transparence et de la bonne gouvernance. Beaucoup de citoyens y ont en tout cas cru, parfois au prix de sacrifices importants.

Gouverner, ce n’est donc pas proclamer des principes. C’est les appliquer, surtout lorsqu’ils dérangent.

Refuser de publier clairement les critères d’attribution et les montants alloués, c’est entretenir une zone grise. Et dans cette zone grise, la confiance disparaît.

La transparence n’est pas une faveur accordée aux citoyens. C’est une obligation. Elle ne se négocie pas, elle ne se retarde pas, elle ne se contourne pas.

Dans un contexte où la presse joue un rôle clé dans l’équilibre démocratique, toute suspicion sur les mécanismes de financement public devient particulièrement sensible.

Au fond, cette affaire dépasse le seul Fonds d’appui à la presse. Elle pose une question plus large : le changement promis, est-il en train de se traduire dans les actes ?

Car une évidence s’impose : les discours passent, mais les pratiques restent.

Et lorsque la transparence devient difficile à assumer, ce n’est jamais un problème de communication. Cela devient un problème de gouvernance.