NETTALI.COM - L’on a pu croire, lorsque l’information a commencé à circuler dans certains médias et les réseaux sociaux, qu’il s’agissait d’un fake comme on en voit de plus en plus sur le net, voire même d’un poisson d’avril… Mais à l’arrivée, n’étant pas en avril, il ne pouvait s’agir que d’une vaste blague orchestrée au sommet de la CAF. Car alors l’affaire est tellement grosse et surréaliste, qu’il a fallu devoir se pincer, le lendemain au réveil, pour à nouveau se demander si l’on n’a pas eu affaire à un mauvais rêve !

Il fallait en effet voir la réaction de dédain et d’arrogance du frère du roi Mouhamed VI, effleurant à peine la coupe, avant de se raviser à la remettre aux Lions, pour se rendre à l’évidence que l’orgueil marocain était piqué au vif, mais surtout blessé. Il existe en effet un fait indéniable et bien connu que les Maghrébins ont un tel complexe de supériorité vis-à-vis des subsahariens, qu'ils les regardent de haut.

Difficile en effet pour les autorités marocaines de concevoir, en tant que pays organisateur ayant investi des moyens énormes dans l'organisation, qu’un pays moins avancé sur le plan économique tel que le Sénégal, doté en plus d'infrastructures moins importantes, vienne ravir la vedette au Maroc sur son sol. Il était dès lors devenu nécessaire pour elles de tout faire pour trouver un exutoire, quitte à faire payer au Sénégal, son outrecuidance.

Il y eut d’abord ce recours devant la commission disciplinaire de la CAF, puis cet acharnement sans bornes sur des supporters sénégalais finalement punis de prison, alors qu’ils étaient tout simplement censés retourner chez eux après une garde à vue. Et le pire est que le parquet a fait appel de la décision du tribunal.

Le comble est que, ne se contentant pas de la décision sanctionnant des joueurs sénégalais, sans oublier les amendes infligées au Sénégal, le Maroc fera appel devant ce fameux jury, comme pour assouvir un désir de vengeance inextinguible. Et ce qui s’est produit ce mardi 17 mars, la victoire du Maroc sur tapis vert (3-0) restera un fait inédit dans les annales de l'histoire de la CAF, puisqu'il intervient deux mois après le match. De voir la sanction de Saibari, monsieur serviette, réduite, prête tout simplement à sourire. On doit quand même mettre un peu de forme, même lorsqu'on fait agir des laquais sur commande, ne serait-ce que pour leur sauver juste un tout petit peu la face !

Comment ne pas se souvenir de cette tribune largement diffusée dans certains médias et les réseaux sociaux, attirant l’attention sur le scénario construit en vue de favoriser le Maroc. Il convient d’y relever ce qu’ils ont appelé “l’accord de Kinshasa et comment la commission des arbitres a été vendue au Maroc”. Dans ladite tribune, on évoque notamment un audit accablant contre le secrétariat général de la CAF, dirigé par le tout-puissant Véron Mosengo-Omba : un autre Congolais, au sommet de la pyramide, très proche de Gianni Infantino avec qui il a étudié à l’université de Fribourg. En l’absence de Motsepe pris par ses affaires, Mosengo-Omba dirige presque de main de fer l’organisation, avec le soutien des vrais boss : le président de la CAF et son influent vice-président Fouzi Lekjaa….

Une décision qui a déclenché une avalanche de critiques

Et comme l'on s'y attendait cette décision du jury d'appel a déclenché une avalanche de critiques. "Je pense qu’il y a eu plein de magouilles pour décider que le Maroc est champion : c’est pitoyable pour l’image que donne la CAF", a lâché l’ancien sélectionneur du Sénégal, du Cameroun ou encore de la RD Congo au micro de La chaîne L’Équipe. (...) "On a l’impression que le Maroc peut tout se permettre. Le Maroc est allé chercher cette victoire sur tapis vert : ce n’est que le début de l’affaire", a vivement critiqué Claude Leroy qui rappelle d’ailleurs que sur la finale, c’est le Sénégal qui avait été le meilleur, estimant ainsi qu’attribuer "absolument", à son sens le trophée au Maroc, revient à ignorer la performance sportive réelle de l’équipe sénégalaise. C’est pourquoi il n’a pas manqué de dénoncer la gestion de l’arbitrage et le comportement de certains dirigeants : "Ça fait des années que toutes les décisions sont bafouées par la CAF. Monsieur Infantino se considère comme le Trump du football africain." Leroy accusera ainsi la CAF de manquements structurels et d’un fonctionnement opaque, laissant entendre que des décisions controversées sont devenues une habitude.

Sur le plateau de "L’Équipe du Soir", le journaliste et analyste Nabil Djellit a exprimé son étonnement face au timing de l’annonce. " Tellement surréaliste de voir cette décision deux mois après ", a-t-il déclaré, pointant du doigt le caractère différé de l’exécution du verdict. Selon lui, une telle décision aurait dû intervenir immédiatement après la finale pour éviter toute confusion et frustration parmi les équipes et les supporters.

"C’est une honte pour le foot africain. Un scandale. On a tous vu de nos yeux que le Sénégal a gagné. Mais je me pose une question : pourquoi personne ne parle de cet arbitre ? Où est cet arbitre ? Qu’est devenu cet arbitre ? Mes frères marocains, je vous aime bien mais à un moment faut pas abuser les gars. La Coupe d’Afrique a vraiment perdu toute sa crédibilité", a déclaré Patrice Evra.

Dans la foulée, un autre acteur et non des moindres s’est offusqué de la tournure des choses. Il s’agit de l’ancien coach de Liverpool, Jurgen Klopp, qui a écrit : “l’une des choses les plus absurdes que je n’ai jamais vues. Le Maroc, champion de la Coupe d’Afrique des nations 2026.”

Présent sur le plateau de Canal Champions Club, Samir Nasri aussi a démoli l’instance africaine. "Le soir du match ou le lendemain, ils auraient fait le communiqué, on aurait compris, mais là ? La prochaine fois, ils vont le faire en 2035 ? Les Sénégalais sont rentrés chez eux avec la Coupe, ils ont célébré, ils ont fait la fête. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Franchement, ça décrédibilise la CAF encore une fois" se demande l’ancien joueur d’Arsenal et de l’OM.

Ahmed Hossam Mido lui, n'a pas mâché ses mots. L'ancien international égyptien estime que la CAF est tout simplement corrompue. "La CAF est une vraie blague !! Je le dis depuis des années... La décision de retirer la Coupe au Sénégal pour la donner au Maroc est le plus grand scandale de l’histoire du football. Cette décision va diviser l’Afrique... On passe pour des idiots, un continent corrompu. L’Afrique mérite mieux ! Il doit y avoir une révolution dans le football africain, tous ces gens doivent partir aujourd’hui, pas demain", a déploré l'ancien Marseillais.

"Je ne suis pas contre le Maroc, j’aime ce pays et ses habitants... mais vous avez perdu sur le terrain. Le Sénégal était la meilleure équipe et mérite ce titre. Je voulais féliciter mes amis marocains, mais je ne peux pas féliciter quelqu’un pour quelque chose gagné dans les bureaux et non sur le terrain", a conclu le champion d'Afrique 2006.

Une Can jonchée de connivences, de tracasseries et de mauvaises décisions 

Mais comment, en faisant un petit flashback, ne pas être outré par le gênant et malheureux commentaire de cet encombrant invité d’honneur de président de la Fifa qui a manqué à son devoir de réserve, en réclamant des sanctions, suite à l’arrêt de jeu ? Comment également expliquer l’attribution du trophée Fair-Play au Maroc, alors même que la Commission de discipline l’a sanctionné pour ne pas avoir respecté les règles du fair-play ? Et celui de "meilleur entraineur" à Regragui ? Une contradiction qui interroge la cohérence des décisions disciplinaires et l’esprit même du fair-play que ce trophée est censé récompenser.

Comment oublier tous ces tracasseries et désagréments qu’ils ont fait subir aux Lions ? Entre autres, l'obligation imposé aux Sénégalais de voyager par train ; l’accueil des joueurs exposés en pleine gare au milieu du public, avec seulement cinq policiers affectés à la sécurité ; un hôtel pas à la hauteur du standing de l'équipe et la galère à trouver un de remplacement ; ce terrain d’entraînement attribué aux lions dans le camp de base des Marocains, où tous leurs secrets allaient être livrés à la partie marocaine, mais finalement remplacé par le terrain annexe sur insistance de la fédération sénégalaise ; ces autorités sénégalaises qui ont failli ne pas accéder au stade, avec l'argument des billets vendus depuis le premier match ; ce spectacle indigne et honteux des serviettes, avec ces stadiers complices, ces officiels passifs, malgré toute la manipulation autour des images et séquences visant à accabler la partie sénégalaise.

Une victoire du déshonneur 

Tout se passe en vérité comme s’il était déjà gravé dans le marbre de l’histoire de l’organisation de cette coupe, que le royaume devait à tout prix et par tous les moyens, gagner cette coupe. Comment être fier d'un match gagné sur le plan administratif, sur un score de 3 buts à 0, après un pénalty offert et raté ; et bien pire, après avoir encaissé un but à la prolongation ? En voyant des Marocains célébrer cette victoire, l'on peut légitimement se poser des questions ? Où est passée la dignité ? Où est passé l'honneur dans tout cela ? Ou préfère-t-on simplement ravaler sa fierté et faire la politique de l'autruche ?

Ce que les Marocains ont semblé oublier dans cette affaire, c’est qu’une coupe d’Afrique se gagne à la sueur du front et non grâce à des micmacs d’ordre administratif et politique. Ils auront beau tirer des ficelles, multiplier les combines, arracher cette coupe au Sénégal, ce que l'opinion mondiale retient, reste la belle victoire des lions arrachée sur un plan purement technique, athlétique et sportif, avec détermination et esprit collectif par le trio Guèye-Mané et Pape Guèye. Comment oublier cette talonnade si inspirée de Sadio Mané pour Idrissa Gana Guèye, qui enchaîna avec une passe aussi précise vers Pape Guèye qui contrôla le ballon avec maîtrise, avant de se débarrasser de son marquage, de fixer le gardien Yacine Bounou et de conclure d’un tir foudroyant et direct, en pleine lucarne ?

En procédant comme ils l’ont fait, c’est-à-dire arracher la coupe aux Sénégalais, les Marocains ont voulu effacer l’ineffaçable, ou plus exactement une victoire gravée dans le marbre de l’histoire et reconnue par le monde entier. Mais malheureusement pour eux, ils ont été rattrapés par le refus sénégalais de se laisser conduire à l’échafaud sans broncher

Un triomphe sénégalais qui a au finish bravé les tempêtes de l’intimidation, des tracasseries et des sirènes de la corruption. Finalement, là où d'autres ont déployé l'ombre de la manipulation, les Lions du Sénégal ont opposé la lumière du talent et le bouclier de la dignité.

Ce qui rend d’autant plus tenace la rancune et le courroux du conglomérat Maroc-CAF, c’est le fait que le Sénégal n'ait pas seulement gagné une coupe, mais a démasqué ce qui se jouait et surtout vaincu les ténèbres du football. Le déshonneur lui, a choisi l’autre camp, celui-là même qui a cherché à user de l’arme de l’orgueil, de la connivence, de la manipulation, du lobbying exacerbé et du pouvoir financier.

L’ironie de l’histoire de ce mémorable match de foot, est que le Maroc, en suppliant le Sénégal de revenir dans le terrain, croyait pouvoir marquer son pénalty, avec la complicité de l’arbitre. Il ne se doutait pas qu’appliquer le règlement à ce stade, en optant pour un tapis vert, aurait été bien mieux que de chercher à le faire deux mois plus tard.

Mais une fois l’illusion de la victoire passée, suite à la panenka mal exécutée, le Maroc a agi de manière rétroactive en appliquant sur commande, la carte du règlement.

Le Maroc rattrapé par son passé

Et pourtant, il suffit d’interroger l’histoire de la coupe d’Afrique pour se remémorer d’un fait qui concerne le même Maroc. Il a lieu en 1976, lors d’une finale contre la Guinée. Alors que le Sily national menait par un but à zéro, avant que la rencontre ne connaisse une situation controversée liée à l’arrêt du match, le Maroc quittera brièvement la pelouse. Les joueurs protestaient ainsi contre une décision arbitrale après l'ouverture du score guinéen, avant de revenir pour faire match nul (1-1) et remporter le trophée après avoir terminé en tête de la poule finale, devant la Guinée et le Nigéria.

Aujourd’hui, la question qui se pose est de savoir si le règlement tel qu’appliqué par la CAF, venait à l’être de manière rétroactive, la Guinée n’aurait-elle pas pu être considérée comme la véritable championne d’Afrique 1976 ? La victoire attribuée au Maroc ne vient-elle pas ainsi relancer aujourd’hui un vieux débat dans l’histoire du football africain ? A moins de brandir la carte de la prescription, le règlement appliqué de manière rétroactive, le Maroc se serait retrouvé avec une seule étoile, l’étoile du déshonneur.

Quels que soient en tout cas les artifices, les manipulations, les ficelles tirées, ce qui reste dans la mémoire d’une opinion africaine choquée par une attitude indigne de la CAF, du Maroc et de son arbitrage-maison, c’est que le Sénégal a vaillamment gagné cette coupe, dans l’ardeur du combat, la résilience et surtout avec un tel honneur et une telle dignité qui lui ont imposé de ne point accepter l’arbitraire ou un scénario conçu d’avance.

Et après ? 

A ce stade, il est en tout cas bien trop tard pour bander les muscles, voire de chercher à être plus fermes qu’on aurait dû l'être. Il ne reste plus au Sénégal qu'à bétonner sa plaidoirie en vue de l'arbitrage au niveau du TAS. Mais, à la vérité, notre diplomatie a vraiment besoin d’un coup de fouet de se muscler davantage, mais surtout d'apprendre à anticiper les situations, plutôt que de se fendre, après coup, de communiqués aux allures belliqueuses de fermeté.

Réagissant sur X, Augustin Senghor, membre du comité exécutif de la CAF et ancien président de la Fédération sénégalaise de football, également avocat et en terrain connu, a affirmé que le Sénégal conservera son trophée, quelles que soient les circonstances. "Ils ont osé faire cela ! Ils ont osé se substituer à l'arbitre de la finale en violation des lois du jeu. L'Afrique et le monde sauront reconnaître les champions de la CAN 2026. Le Sénégal gardera son trophée quoi qu'il arrive. Trop mal pour le football africain", a-t-il écrit. Espérons juste qu'il en soit ainsi.