NETTALI.COM- Un nouveau rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) lève le voile sur une réalité alarmante : au Sénégal, plus de six travailleurs sur dix ont été confrontés à la violence ou au harcèlement durant leur carrière.

L'Organisation internationale du travail vient de lever le voile sur une réalité sociale préoccupante à travers un rapport majeur intitulé « Rendre visible l’invisible : comprendre et combattre la violence et le harcèlement au travail dans trois pays d’Afrique de l’Ouest : Sénégal, Burkina Faso et Côte d’Ivoire ».

Présenté officiellement ce lundi 9 mars, lors d'une conférence de presse virtuelle, ce document constitue l'un des recueils de données les plus exhaustifs sur la sous-région. Il s'appuie sur quatre recherches pluridisciplinaires menées entre 2022 et 2024 pour analyser la prévalence, les formes et les conséquences de ces agissements sur la santé et la productivité des employés.

La prédominance du harcèlement psychologique

Les statistiques révélées pour le Sénégal sont particulièrement révélatrices de l'ampleur du phénomène, puisque 65 % des travailleurs déclarent avoir subi au moins une forme de violence durant leur parcours professionnel. Dans le détail, la violence psychologique s'impose comme la forme la plus courante, affectant 60 % des effectifs.

Elle est suivie par la violence physique, estimée à 23 %, et le harcèlement sexuel, qui concerne 19 % des personnes interrogées. Le rapport précise que si les hommes représentent la majorité des auteurs pour l'ensemble de ces catégories, des cas de harcèlement physique ou psychologique entre femmes, sont également documentés.

Le défi du silence et de l'impunité

Un aspect critique souligné par l'étude concerne le mutisme des victimes, car plus de 40 % d'entre elles ne signalent jamais les faits. Plusieurs facteurs expliquent cette omerta, notamment le sentiment de honte, la peur de la stigmatisation sociale, la crainte de perdre son emploi ou encore le manque de confiance envers les dispositifs de signalement actuels. Ces agressions impactent lourdement la santé mentale et physique des travailleurs, tout en dégradant leur performance globale et leur sentiment de satisfaction au travail.

Vers une stratégie de transformation durable

Pour remédier à cette situation, les auteurs du rapport proposent 12 recommandations articulées autour de trois piliers fondamentaux. Ils préconisent en priorité l'accélération de la ratification de la Convention n° 190 et une mise en œuvre rigoureuse de ses principes. Cela implique l'adoption d'une approche holistique du travail décent, l'extension des protections juridiques et une prise en compte systématique de la dimension de genre dans les politiques d'entreprise.

La lutte contre ce fléau nécessite également l'instauration d'une culture de tolérance zéro, soutenue par des programmes de sensibilisation et de formation pour tous les acteurs du monde du travail.

Enfin, le rapport appelle à une meilleure coordination entre les institutions compétentes, au renforcement du dialogue social et à la création de mécanismes de médiation et de recours qui soient à la fois sûrs, accessibles et strictement confidentiels