NETTALI.COM - Le Premier ministre et président de Pastef, Ousmane Sonko, a révélé des divergences avec le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye au sujet d’une rencontre organisée avec des députés de la majorité, notamment sur le cadre choisi pour cet échange.

Selon Ousmane Sonko, le président l’avait informé de son intention de rencontrer les parlementaires. « Le président Diomaye m’a dit qu’il voulait voir les députés. Je lui ai répondu que ce n’était pas une bonne idée », a-t-il déclaré, estimant que la réunion ne devait pas se tenir au Palais de la République.

Le leader de Pastef a justifié sa position par des considérations politiques et organisationnelles. « On ne doit pas faire cela au Palais. (…) Il ne peut pas voir les membres du parti sans mon accord. Je suis le président du parti », a-t-il affirmé, précisant vouloir éviter toute confusion entre ses responsabilités partisanes et les prérogatives présidentielles.

Malgré ces réserves, le chef de l’État a finalement reçu des coordinateurs du parti. Ousmane Sonko indique ne pas avoir participé aux discussions. « Je n’ai pas assisté à la rencontre. Je suis simplement passé brièvement. J'ai pris du café et une datte. Il a discuté avec eux », a-t-il expliqué.

Selon lui, certains participants seraient sortis de cette réunion avec des incompréhensions ou des déceptions. Il estime qu’un cadre « plus neutre », comme un hôtel ou un autre lieu, aurait été plus approprié.

De son côté, le président de la République aurait défendu son choix en invoquant des raisons pratiques, soulignant qu’il réside au Palais et qu’il dispose de la prérogative d’y recevoir les personnalités de son choix.

Malgré ces divergences, Ousmane Sonko a insisté sur l’absence de conflit personnel entre les deux têtes de l’exécutif. « Cela ne vaut pas la peine d’en faire un problème », a-t-il affirmé, appelant à la sérénité au sein du parti.

Le leader de Pastef a également assuré avoir pris position en connaissance d’éléments de contexte non publics et a invité les militants à lui faire confiance. « PASTEF est parfois frileux. Il faut se calmer et travailler », a-t-il conclu, minimisant l’ampleur des tensions et affirmant que le parti ne fait face à « aucun problème majeur ».

Ousmane Sonko clarifie face aux critiques le qualifiant d'hégémoniste

Face aux critiques l’accusant d’hégémonisme, Ousmane Sonko a choisi de clarifier certaines choses en mettant les points sur les i. Pour lui, le parti ne refuse pas l'ouverture, mais il y a une sorte ligne rouge à ne pas franchir. “PASTEF ne refuse pas de travailler ni de coaliser. Ce que nous refusons, c’est que quelqu’un vienne vouloir être à la tête de PASTEF, alors que PASTEF a tout le poids”, a-t-il martelé pour marquer son territoire.

Cette fermeté cache une méfiance envers les manoeuvres de coulisses qu’il juge délétères pour l’unité de la mouvance présidentielle. Selon le leader, certaines alliances ne cherchent pas la synergie, mais le pourrissement de l'intérieur : “Tu viens dans une coalition et tu veux diviser, faire des jeux pour séparer et mieux régner. C’est cela que nous refusons. Nous ne l’accepterons pas”, a-t-il insisté, fustigeant au passage les nouveaux venus de 2024 qui seraient, selon ses calculs, responsables de 95 % du “bruit” médiatique actuel.

Cette exigence de loyauté ne ferme pas pour autant la porte aux collaborations historiques. Le Premier ministre s'est appliqué à rappeler que son parti s’est construit sur une culture de fusion dès 2015, citant les partenariats avec des figures telles que Cheikh Tidiane Dièye ou Aïda Mbodj comme des modèles de réussite.

Pour prouver cette volonté de partage, il a mis en avant l'attribution de postes stratégiques, tant à l'Assemblée nationale qu'au sein du gouvernement, à des alliés de la première heure. “Il ne faut pas qu’on nous présente comme des gens qui ne veulent pas coaliser”, a-t-il ainsi plaidé, soucieux de briser l'image d'une formation hermétique.

Interrogé sur son avenir, Ousmane Sonko a affirmé ne pas être focalisé sur une fonction particulière, tout en dénonçant des manoeuvres visant, selon lui, à affaiblir son rôle. “Même des pastefiens sont dans des manoeuvres pour se débarrasser d’un Premier ministre fort”, a-t-il déploré.

Toutefois, à qui veut l'entendre, le chef du Pastef entend défendre corps et âme la vision de sa formation politique au sein du régime. “Le Président revendique son appartenance au PASTEF, le Premier ministre aussi, et la plupart des ministres également. Tant que je serai Premier ministre, la gouvernance reflétera la vision du PASTEF”.

Vers une ère numérique et un Congrès

Pour Ousmane Sonko, la pérennité de PASTEF passe par une maîtrise chirurgicale de ses effectifs. L’annonce de la mise en service de 400 000 cartes de membres hautement sécurisées, dotées d’identifiants uniques et gérées via une plateforme numérique, marque une rupture avec l'ère des fichiers militants opaques. “Nous lançons des cartes sécurisées avec une base réelle, impossible à falsifier. Cela nous débarrassera des membres fictifs”, a-t-il précisé, tout en prenant soin de lever toute ambiguïté sur une éventuelle confusion avec les fichiers de l'État.

Ce chantier titanesque de numérisation n'est pas une simple formalité administrative, mais le socle sur lequel reposera le futur congrès ordinaire du parti.

En formalisant ses instances de manière transparente et en nommant des superviseurs départementaux pour encadrer le processus, PASTEF entend achever sa transformation d'un mouvement de contestation en une institution politique pérenne, prête à affronter les défis de la gouvernance sur le long terme.

Dans une toute autre rubrique, le chef du Pastef a poussé pour des ressources encore beaucoup plus qualitatives au sein de son parti. “Nous allons renforcer la formation pour partager la vision du parti. Nous allons le faire de manière fréquente, et en ligne, parce que le virtuel nous facilite les choses”.

Selon lui, ces formations doivent permettre d’harmoniser les positions, de mieux expliquer les orientations du parti et de préparer les militants aux responsabilités politiques.