NETTALI.COM - Fortement critiqué par certains responsables de son parti, Bassirou Diomaye Faye prend le sabre et ressuscite les tensions latentes au sein de la majorité présidentielle. Une majorité secouée par l’indiscipline, les conflits d’autorité, les désaccords sur les orientations stratégiques.

Le limogeage avant-hier du désormais ex directeur général de la SN HLM, réputé proche du Premier ministre Ousmane Sonko, a réveillé la colère de certains militants et soutiens de la majorité présidentielle. Alors que le Gouvernement est censé être collégial et solidaire, ces derniers semblent imputer la responsabilité exclusive au président de la République. Depuis, c’est le branle-bas, avec la reprise des insultes et critiques acerbes contre le chef de l’État.

Pourtant, il y a quelques mois, d’autres hauts responsables avaient été limogés. Il s’agit principalement des ministres Ousmane Diagne (ancien ministre de la Justice) et Gl Jean Baptiste Tine (ancien ministre de l’Intérieur). Des limogeages survenus à la suite de désaccords avec le Premier ministre, dans la conduite des affaires de l’État. À l’époque, il n’y avait pas toute cette bronca. Mais quand il s’agit du président de la République, aucune sorte de tolérance dans la galaxie Pastef, surtout chez les militants et certains responsables.

Avec le directeur général du Port autonome de Dakar Waly Diouf Bodiang, Bassirou Kébé faisait partie des DG et responsables les plus critiques contre le régime et indirectement le président de la République. Dernièrement, il s’est encore signalé en s’en prenant vigoureusement à la conduite des affaires publiques.

Moi j’assume mes propos. Il faut qu’on se dise la vérité : la corruption est toujours là, les mêmes juges sont là…. Rien n’a changé à part peutêtre les efforts que font certains comme Ousmane Sonko, malgré les difficultés. Je ne le dis pas pour le défendre mais c’est ce que je crois”, a-t-il asséné. Selon lui, des gens qui ont pillé le pays continuent de vaquer tranquillement à leurs occupations. “On ne peut pas demander aux Sénégalais de faire des sacrifices, alors que nous n’en faisons pas assez, alors que la reddition des comptes n’est pas effective. Ce n’est pas possible”, fustigeait-il sans se soucier de la présomption d’innocence.

Les tensions autour du fonctionnement de la justice existent depuis plusieurs mois. Alors que Diomaye et ses proches se montrent très discrets sur les affaires judiciaires, le Premier ministre et ses soutiens, eux, n’arrêtent pas de s’en prendre à l’institution judiciaire et aux magistrats qui l’incarnent. Le département est d’ailleurs souvent au coeur des tensions au somme de l’exécutif. Le chef du Gouvernement est allé jusqu’à demander un “nettoyage”.

Flou diplomatique et économique

Mais au-delà de la magistrature et du secteur de la justice, des divergences et contradictions sont notées sur le plan de la communication dans les affaires économiques, diplomatiques, etc.

Dans le domaine économique, malgré l’ampleur de la crise que traverse le pays, on a du mal à y voir clair dans la ligne directrice du gouvernement. Dans ses différentes sorties, le Premier ministre s’en est souvent pris à des partenaires stratégiques comme le Fonds monétaire international. Pour leur part, Diomaye et son ministre des Finances Cheikh Diba se montrent beaucoup plus conciliants avec les institutions internationales. Dans le même sillage, "Jeune Afrique" nous avait appris que le ministre des Finances Cheikh Diba avait failli démissionner à cause de certaines approches adoptées par le chef du gouvernement dans l’affaire dite de la dette cachée et qu’il ne partageait pas.

Réputé proche de Diomaye, ce dernier a récemment été tancé publiquement par Ousmane Sonko, lors d’un déplacement dans le bassin arachidier, face aux paysans. “Le ministre des Finances si on l’a nommé à son poste, c’est pour qu’il trouve des solutions aux problèmes. Les financements doivent être mobilisés avant l’ouverture de la campagne. S’il y a des obstacles par rapport au schéma de départ, il faut faire preuve d’ingéniosité et trouver d’autres solutions. C’est bien possible. La preuve, entre hier et aujourd’hui, parce que je les ai secoués, ils ont trouvé un début de solution”, avait-il fulminé.

Avant Monsieur Diba, le chef du gouvernement s’en était pris à d’autres collaborateurs directs du président de la République et membres du Gouvernement. Il en fut ainsi pour Mme Aminata Touré et Dr Abdourahmane Diouf dont il a réclamé les départs. L’on se demande d’ailleurs s’il va accepter de voyager avec ces collaborateurs à l’occasion de rendez- vous diplomatiques où leur présence s’avère nécessaire ?

Chevauchement

Outre ces divergences d’approches et les conflits ouverts, nous notons également un flou dans la répartition des rôles au niveau diplomatique. Si certains propos avaient laissé penser que le Président de la République délègue entièrement la coopération avec le monde arabe à son Premier ministre, les faits montrent que le PR demeure très actif dans le Moyen- Orient. La seule chose qui semble avoir changé, c’est la forte légitimité et le charisme du Premier ministre. D’une approche partagée et coordonnée, on passe ainsi à une approche plutôt duelle, avec des actions qui parfois se superposent, des visites qui se dédoublent sans grande lisibilité pour le commun des Sénégalais.

Le point d’orgue de ce flou politique a été la nomination de Mme Aminata Touré à la tête de la coalition Diomaye Président contre l’avis du Premier ministre Ousmane Sonko. Avec le limogeage du DG de la SN HLM suite à ses diatribes contre le régime, Diomaye marque son territoire et une certaine intransigeance contre l’indiscipline qui prend de plus en plus de l’ampleur au sein de la majorité.

Rappelons que cela fait plus d’un an que Samba Ndiaye a été nommé à la tête du Conseil d’administration de la SN HLM que dirigeait Bassirou Kébé. Jusqu’à présent, il n’est pas entré en fonction. Selon plusieurs sources, parce que simplement les deux têtes de l’exécutif n’arrivent pas à s’entendre sur la question. Résultat, Monsieur Moustapha Fall, membre de l’ancienne mouvance présidentielle, nommé par Macky Sall, conserve toujours son poste.

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