NETTALI.COM - Invitée du Jury du Dimanche sur iRadio, l’historienne et politologue Penda Mbow a livré une analyse approfondie des mutations sociales et politiques en cours au Sénégal. Au cœur de sa réflexion, la place et le rôle des figures dites « révolutionnaires » dans une société traversée par de profondes crises, avec un éclairage particulier sur le parcours d’Ousmane Sonko.
Selon elle, « la question n’est pas seulement politique. Elle est intellectuelle, historique et morale ». Pour Penda Mbow, l’ascension fulgurante de l’actuel Premier ministre s’explique avant tout par l’absence de mobilité sociale et par la frustration d’une jeunesse confrontée à l’accaparement des ressources par une minorité. Elle reconnaît en Ousmane Sonko une « rupture symbolique » et l’expression d’une « colère légitime », mais invite à relativiser la portée révolutionnaire du mouvement qu’il incarne.
« Un mouvement révolutionnaire est toujours accompagné, au moment de son surgissement, d’une pensée intellectuelle puissante », rappelle-t-elle, estimant que cette ossature idéologique fait aujourd’hui défaut. Pour l’historienne, la mobilisation actuelle repose davantage sur l’émotion et la contestation que sur un projet intellectuel structuré capable de refonder durablement l’État et la société.
Penda Mbow pointe également les limites liées à la confrontation et à la conflictualité dans la trajectoire du leader politique. Elle met en garde contre les dérives potentielles d’une dynamique révolutionnaire enracinée dans la violence. « Un mouvement né de la violence ne peut transformer la société sans s’en libérer intellectuellement et moralement », avertit-elle, soulignant le risque de voir se reproduire, une fois au pouvoir, les travers combattus hier.
Autre inquiétude majeure : la personnalisation excessive du pouvoir. Selon elle, cette tendance fragilise la démocratie en installant un rapport émotionnel, voire messianique, entre le leader et ses partisans, au détriment des institutions. Gouverner, insiste-t-elle, suppose retenue, exemplarité et primauté des règles, des exigences mises à mal par la polarisation actuelle du débat public.
S’inscrivant dans une perspective historique, Penda Mbow rappelle que les grandes figures de transformation, à l’image de Gandhi ou Nelson Mandela, ont marqué l’histoire davantage par leur capacité à inspirer que par l’exercice direct du pouvoir. Dans cette optique, elle considère qu’Ousmane Sonko est avant tout un « catalyseur » et un « révélateur de crise », plus qu’un homme d’État destiné à gouverner durablement.
En conclusion, l’historienne estime que, par cohérence historique, Ousmane Sonko ne devrait pas briguer le pouvoir exécutif. Son rôle serait plus pertinent en tant qu’« aiguillon intellectuel et moral » de la société. « Il a déjà accompli l’essentiel en réveillant les consciences et en politisant la jeunesse », affirme-t-elle, ajoutant que « vouloir aller plus loin, en s’installant au sommet de l’État, pourrait paradoxalement affaiblir ce qu’il a contribué à faire naître ».






