NETTALI.COM - La destruction de l’oeuvre de Papa Ibra Tall, située à la Place de France à Thiès, a suscité une vive émotion dans le monde culturel sénégalais.

Face à la polémique, le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Amadou Ba, a voulu désamorcer la polémique en appelant à la retenue, à la responsabilité collective et à une réflexion de fond sur la protection des oeuvres artistiques dans l’espace public. Pour lui, il ne s’agit ni “d’enflammer la polémique”, ni de “jeter en pâture le maire de Thiès”. Il estime au contraire que l’édile municipal a agi avec de bonnes intentions, rappelant son engagement constant en faveur de la culture locale.

“Il s’est occupé de la question culturelle comme jamais un maire ne l’a fait ces dernières années à Thiès”, a souligné Amadou Ba, saluant une volonté politique qu’il juge rare et méritoire. Il était l’invité de l’émission En Vérité de RSI.

Reconnaissant l’état de dégradation avancée de l’oeuvre, le ministre partage le constat dressé par les autorités locales et les citoyens : “la détérioration était visible et largement dénoncée”.

Toutefois, il insiste sur la nécessité de distinguer le diagnostic de la méthode. Pour lui, cette situation met surtout en lumière l’absence de procédures claires et partagées en matière de réhabilitation des oeuvres d’art public.

Au-delà de la controverse, le ministère entend tirer des enseignements durables. Amadou Ba annonce ainsi la mise en place de mécanismes spécifiques pour accompagner les collectivités territoriales confrontées à la gestion d’oeuvres patrimoniales. L’objectif est clair : éviter que de telles situations ne se reproduisent et garantir une prise en charge concertée, techniquement encadrée et respectueuse de l’héritage artistique national.

Parmi les mesures annoncées figure le lancement d’un vaste répertoire national des sites et oeuvres culturelles, y compris celles qui ne sont pas classées. Des forts historiques de Sédhiou et Podor aux fresques disséminées à Dakar et dans les régions, il s’agit de dresser un inventaire exhaustif du patrimoine artistique et culturel. Ce travail permettra, à terme, de mieux surveiller, protéger et intervenir en amont.

Dans cette dynamique, le ministre évoque la création d’un dispositif spécialisé de protection, à l’image de la Dscos, dédié à la surveillance des sites et oeuvres culturelles, en collaboration avec les forces de sécurité. Une initiative jugée essentielle pour prévenir les dégradations et renforcer la conscience patrimoniale nationale.

Amadou Ba voit dans cette affaire un révélateur plus profond : celui de la méconnaissance des grandes oeuvres et de leurs auteurs. “L’oeuvre de Papa Ibra Tall est monumentale, mais elle demeure inconnue ou méconnue, comme beaucoup d’autres”, déplore-t-il. D’où son appel à un renouveau culturel de replacer les artistes et le patrimoine au coeur de l’actualité nationale.

Au-delà l'actualité culturelle, Amadou Bâ s’est prononcé sur la justice. “Pour le Premier ministre Ousmane Sonko et la révision annoncée de son procès, ce sont des moyens que lui offre le droit. La révision est permise par la loi. Mais dès à présent je tiens à rassurer tout le monde. Au moment où je vous parle, rien ne peut empêcher la candidature du président de Pastef en 2029”, commente M. Ba.

Il souligne également que la révision de procès souhaitée est juste une opportunité saisie par le PM pour “laver son honneur”.

Enfin, concernant ce sujet, il fustige l'approche de l'opposition, consistant selon lui, à toujours se cacher derrière la justice pour empêcher la candidature de l'actuel chef du gouvernement.