NETTALI.COM - À peine entamée, l’année 2026 s’ouvre sur une désillusion politique. L’élan d’espoir suscité par le discours de fin d’année du président Bassirou Diomaye Faye semble déjà fragilisé par la sortie médiatique de son Premier ministre, Ousmane Sonko, le 1er janvier. Pour l’historien Mamadou Diouf, le Sénégal se trouve désormais à une « croisée des chemins », pris entre l’exigence d’une rupture radicale et la tentation du compromis politique.

L’optimisme né des annonces présidentielles du 31 décembre 2025 n’aura été que de courte durée. Dès le lendemain, la prise de parole du Premier ministre Ousmane Sonko a ravivé les interrogations sur la cohésion au sommet de l’État. Une situation que l’historien et politologue Mamadou Diouf analyse avec gravité, allant jusqu’à parler d’un rêve politique en voie d’effondrement.

« Le rêve est en train de s’effondrer », tranche sans détour le professeur Diouf. Invité de l’émission Objection sur Sud FM, l’universitaire dresse le portrait d’un pouvoir pris dans ses propres contradictions, où les aspirations populaires à une rupture nette se heurtent aux réalités et aux réflexes hérités du passé.

Selon Mamadou Diouf, le président Bassirou Diomaye Faye incarne l’espoir d’une « troisième alternance » politique, après deux expériences qui, à ses yeux, n’ont pas permis une transformation structurelle du pays. Mais cette ambition se heurte aujourd’hui à des divergences internes profondes.

« On assiste à une tension entre deux groupes », explique-t-il. D’un côté, une frange de la majorité exige une rupture totale, accompagnée d’une reddition des comptes sans concessions. De l’autre, un courant plus modéré prône la continuité du massla, ce compromis sénégalais traditionnel, au nom de la stabilité et de la paix sociale.

Cette ligne de fracture, souligne l’historien, est d’autant plus préoccupante qu’elle traverse la coalition victorieuse de la présidentielle. Une partie de cette majorité n’est pas issue directement de Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, ce qui rend la gestion de l’attelage Diomaye–Sonko encore plus délicate.

Pour Mamadou Diouf, l’évolution actuelle du pouvoir laisse peu de place à l’illusion d’une harmonie durable. « Dans cette opposition, il y aura un vainqueur et un vaincu », prévient-il, suggérant qu’un arbitrage politique s’imposera tôt ou tard.

Pendant que les tensions s’accumulent au sommet de l’État, les défis économiques et sociaux, eux, demeurent pressants. Inflation, emploi, dette, attentes sociales immenses : autant de priorités qui risquent d’être reléguées au second plan par des luttes d’influence internes.

Le propos de l’historien se fait alors plus personnel, presque amer. « C’est la plus grande déception que j’ai en tant que citoyen sénégalais », confie-t-il. Il rappelle que le pays sortait à peine d’une période de crise marquée par des violences et des pertes en vies humaines. Pour lui, le plus inquiétant n’est pas seulement la discorde politique, mais la nature même du conflit.

« On est complètement perdu dans une bataille autour de personnes, regrette-t-il. Ce Sénégal qui promettait un nouveau rêve à toute l’Afrique est en train de se réduire à de petites batailles d’intérêts particuliers. »

Pour Mamadou Diouf, une chose est claire : le pouvoir actuel doit impérativement « accorder ses violons ». La survie du projet politique porté par le duo Sonko–Diomaye dépend de leur capacité à dépasser les querelles de leadership et à recentrer l’action gouvernementale sur l’essentiel.

À défaut, prévient-il en filigrane, le rêve de rupture qui a porté l’alternance pourrait rapidement se dissiper, laissant place à une nouvelle désillusion nationale.