NETTALI.COM - À l’occasion de la passation de services à la tête de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), Serigne Bassirou Guèye et son successeur, Moustapha Ka, ont livré deux discours complémentaires, mêlant bilan, reconnaissance et projection. Un moment institutionnel fort, qui marque à la fois la continuité et le renouvellement de la lutte contre la corruption au Sénégal.

Après trois années à la tête de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption, Serigne Bassirou Guèye a quitté ses fonctions sans triomphalisme, mais avec la satisfaction du devoir accompli. Dans un discours de sortie dense et réfléchi, le président sortant a revendiqué un bilan collectif, forgé dans un contexte qu’il reconnaît volontiers comme complexe et parfois contraignant. Pour lui, la lutte contre la corruption ne se résume ni à des coups d’éclat ni à des annonces spectaculaires, mais s’inscrit dans un combat de longue haleine, exigeant méthode, rigueur et persévérance.

Sous son magistère, l’OFNAC a enregistré des avancées notables. La mise en œuvre complète de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption, la régularisation de rapports d’activités couvrant près de dix ans, ainsi que le renforcement des procédures internes ont contribué à asseoir la crédibilité de l’institution. Les chiffres avancés témoignent de cette dynamique : plus de 2 400 plaintes enregistrées depuis la création de l’Office, une hausse significative des dénonciations en 2024, plusieurs dizaines de rapports transmis à la justice, sans oublier un suivi plus systématique des déclarations de patrimoine.

Au-delà des statistiques, Serigne Bassirou Guèye a tenu à mettre en lumière l’engagement du personnel de l’OFNAC, qu’il a décrit comme une équipe « déterminée et infatigable ». Il a également insisté sur la dimension préventive du combat contre la corruption, rappelant les actions de sensibilisation menées auprès des collectivités territoriales, des universités et de la société civile. Une approche qu’il juge indispensable pour ancrer durablement la culture de l’intégrité dans les pratiques publiques et privées.

C’est dans ce contexte qu’il a passé le témoin à Moustapha Ka, nouveau président de l’OFNAC, en qui il a exprimé une confiance sans réserve. Magistrat chevronné, fin connaisseur de l’institution qu’il a accompagnée dès sa création en 2012, Moustapha Ka a officiellement pris fonction en plaçant son mandat sous le sceau de l’intérêt général et de la responsabilité républicaine.

Dans un discours empreint de gravité et de retenue, le nouveau président a salué la confiance du chef de l’État, tout en rappelant la nature singulière de l’OFNAC, née, selon lui, de l’aspiration citoyenne à plus de justice, de transparence et d’équité dans la gestion des affaires publiques. Rendant un hommage appuyé à son prédécesseur, qu’il a qualifié de collègue et compagnon de parcours, Moustapha Ka a reconnu les progrès accomplis sous son leadership, dans un environnement souvent exigeant.

Refusant toute précipitation, le nouveau patron de l’OFNAC a affirmé sa conviction que la lutte contre la corruption se construit dans la durée, par l’exemplarité, la méthode et l’intelligence collective. Il a placé la prévention au cœur de sa vision, estimant qu’elle demeure l’arme la plus efficace contre les dérives, notamment à travers l’éducation citoyenne, l’enseignement supérieur et les centres de formation.

Ce nouveau mandat s’ouvre également dans un contexte juridique rénové, marqué par une clarification du périmètre d’intervention de l’OFNAC et un recentrage assumé sur son rôle administratif. Un positionnement que Moustapha Ka dit vouloir exercer dans le respect strict de la séparation des pouvoirs et des garanties procédurales, afin de consolider la légitimité et l’efficacité de l’institution.

Entre héritage assumé et ambitions mesurées, la passation de services à l’OFNAC apparaît ainsi comme un moment charnière. Elle traduit la volonté de consolider les acquis tout en ouvrant une nouvelle séquence, guidée par la continuité de l’État et l’exigence permanente de probité dans la gouvernance publique.