NETTALI.COM - Diverses coalitions politiques se sont prononcées sur la crise qui mine le pays. Tout en dénonçant les répressions, les partis de l'opposition affichent leur volonté de continuer les manifestations jusqu’à la tenue de l'élection présidentielle à la date du 25 février 2024. De son côté, la coalition présidentielle justifie le report et les invite à aller au dialogue.

Des manifestations contre le report de l’élection présidentielle ont éclaté, vendredi dernier 9 février, dans quelques parties du pays. Les émeutes se sont poursuivies le samedi, dans quelques localités du pays. Des appels à manifestations ont été lancés pour ce début de semaine. En attendant, d'après un bilan établi, trois personnes ont perdu la vie. Les autopsies sont attendues pour déterminer les causes réelles des décès.

Face à cette crise aiguë et ce déferlement de violence, plusieurs organisations et leaders politiques se sont prononcés sur la situation.

C’est le cas de la coalition au pouvoir qui tient à dédramatiser et à faire accepter la décision du chef de l’État de reporter l’élection présidentielle. La Coordination des cadres de Benno Bokk Yaakaar (BBY) rappelle, ainsi, que la Constitution donne aux députés le pouvoir de voter une loi à valeur constitutionnelle, conformément à l'article 3 qui stipule : "La souveraineté nationale appartient au peuple sénégalais qui l'exerce par ses représentants ou par la voie du référendum."

Ainsi, selon les collaborateurs de Macky Sall, "la loi constitutionnelle adoptée ne modifie en rien la clause d'éternité et d'intangibilité de la durée du mandat et du nombre de mandats, mais introduit, simplement, une dérogation à l'article 31 encadrant la date du scrutin présidentiel et la conduite à tenir en cas de vacance de la présidence".

De ce fait, à ceux qui pensent que la Constitution impose une date de scrutin présidentiel immuable, les cadres de la majorité présidentielle rétorquent que “l'article 34 prévoit des cas où le scrutin doit être reprogrammé à une date plus favorable”.

De plus, notent les cadres de la coalition présidentielle, la Constitution stipule que le président sortant continue d'exercer sa fonction jusqu'à la prestation de serment du président nouvellement élu. Ce qui, pour eux, ne constitue en aucun cas une augmentation de la durée de son mandat.

Or, disent-ils, les dysfonctionnements constatés par les candidats recalés ont compromis la crédibilité et la transparence du processus électoral.

Concernant la question de la double nationalité des candidats, les cadres de la majorité présidentielle estiment que l'interprétation de l'article 28 de la Constitution mérite d'être clarifiée. En effet, elle stipule que "tout candidat à la présidence de la République doit être, exclusivement, de nationalité sénégalaise" et que seul le Conseil constitutionnel est habilité à publier la liste des candidats et qu'avant cette publication, il n'y a que des candidats à la candidature.

"En cela, c'est au moment de la publication de la liste que cette conditionnalité se doit d'être satisfaite et pas au moment du dépôt du dossier de candidature. Le mécanisme de vérification du parrainage et cette question de la nationalité sont des éléments qui justifient pleinement l'appel à un nouveau dialogue lancé par le président de la République", assurent les cadres de BBY.

À leur tour, ils lancent un appel aux acteurs politiques, à la société civile et aux composantes de la nation à répondre à cette invitation au dialogue. "Nous devons travailler ensemble pour garantir un processus électoral consensuel et démocratique, dans le but de léguer un Sénégal de paix et de prospérité à nos successeurs”, invitent-ils.

La coalition Diomaye Président maintient la pression

Mais pour l’instant, cet appel est tombé dans l’oreille de sourds. La coalition Diomaye Président ne veut pas entendre parler de dialogue. "Nous exprimons notre reconnaissance envers le peuple sénégalais qui s'est levé hier (vendredi 9 février)à travers tout le pays pour faire face à la tentative de coup d'État constitutionnel du président Macky Sall, qui est maintenant isolé de la communauté internationale", se félicite la conférence des leaders de ladite coalition. Elle prévient qu’elle compte maintenir cette lutte jusqu'à la tenue de l'élection présidentielle à la date du 25 février 2024.

En attendant, elle s”’incline” devant la mémoire d’Alpha Yero Tounkara, âgé de 22 ans, étudiant à l'UGB, et de Modou Guèye, âgé de 23 ans, résidant à Guinaw-Rails Sud, "martyrs tombés sur le champ d'honneur ce 9 février 2024 en défendant leur patrie".

Le candidat Bassirou Diomaye Faye dénonce la brutalité des forces de sécurité qui ont exercé des violences inouïes contre des femmes, des hommes, entravé l'exercice du métier de certains journalistes, etc. Il exige la libération des personnes arrêtées, dans le cadre de cette manifestation. "Nous tenons comme principal responsable de cette situa- tion catastrophique Macky Sall qui compte se maintenir coûte que coûte au pouvoir, alors que son mandat se termine le 2 avril 2024, date à laquelle il ne sera plus président du Sénégal", indique la coalition Diomaye Président.

Elle salue, dans la même veine, "les efforts de toutes les forces vives et démocratiques de la nation (société civile, acteurs politiques), afin de faire barrage au coup d'État constitutionnel orchestré par le président Macky Sall".

De ce fait, la coalition de l’opposition appelle "toutes les forces vives de la nation à se joindre à cette dynamique patriotique". Les camarades d’Ousmane Sonko invitent le peuple sénégalais à "rester mobilisé" pour le respect du calendrier électoral, notamment la tenue de l'élection présidentielle du 25 février 2024.

La coalition Bunt-Bi entre rassemblement et apaisement

L'union citoyenne Bunt Bi est, elle, animée par un sentiment de tristesse et de colère. La coalition dirigée par le docteur El Hadj Ibrahima Mbow qui a célébré son 17e anniversaire le 10 février 2024, lance, elle aussi, un appel pour un "rassemblement pacifique continu, pendant toute la campagne électorale, et ce, jusqu'à la Présidentielle du 25 février 2024, suivie de la troisième alternance le 2 avril 2024".

Néanmoins, elle demande un apaisement : "Nous exhorte au sur- saut patriotique et à l'union citoyen- ne sacrée autour de nos valeurs pour retrouver un Sénégal apaisé prêt pour l'avenir." Elle ne manque pas de rendre hommage aux citoyens qui manifestent, de diverses façons, leur opposition à la situation malheureuse que traverse le Sénégal avec cette tentative de report de la date de l'élection présidentielle.

Aux forces républicaines de défense et de sécurité, Bunt Bi demande d'exercer leurs fonctions avec de la retenue et "de ne pas insulter l'avenir en heurtant la conscience citoyenne avec une répression disproportionnée et inefficace".

Mimi Touré et les bruits de bottes

De son côté, Aminata Touré est très préoccupée par le message du président Macky Sall lancé à l’endroit des acteurs politiques sénégalais, lors d’une interview accordée à une agence de presse mondiale et généraliste dont le siège est aux États-Unis. Certains propos, selon elle, sous-entendent qu’il fait allusion à l’armée.

Ainsi, Mimi Touré y voit une mena- ce. "Lors de son interview avec Associated Press, j’ai entendu avec effarement l’évocation subliminale du président Macky Sall de possibles bruits de bottes, si les politiciens n’acceptaient pas sa rallonge illégale de huit mois à la tête de l’État. Si ce n’est pas une menace, ça y ressemble", s’insurge-t-elle.

Elle prévient : "Le Sénégal est une démocratie solide qui n’a jamais connu de coup d’État, en 64 ans d’existence comme État indépendant et il n’y a aucune raison pour qu’il ne continue pas d’en être ainsi."

L’ancienne cheffe du gouverne- ment souligne, ainsi, qu'il est impératif de rétablir le calendrier électoral et d’organiser l’élection présidentielle, le 25 février, "conformément" à la Constitution. "C’est l’exigence de l’écrasante majorité des Sénégalais et le vœu de tous les amis du Sénégal de par le monde", assure Mimi Touré.

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