NETTALI.COM-Le prêcheur religieux, star des ondes FM, s’est prononcé sur beaucoup de sujets d’actualité, dans cet entretien accordé à ‘’EnQuête’’. Plutôt discret ces derniers temps, Oustaz Alioune Sall n’en a pas perdu son langage diplomatique toujours tenu dans un discours de vérité teinté d’un brin d’humour. Du religieux à l’homme politique, en passant par le revendicateur des aspirations sociales, le membre du Cese a évoqué des sujets importants, tout en essayant d’apporter une plus-value à la communauté.

Homosexualité: « And Samm Jiko Yi a voulu prévenir que guérir » 

 » Nous vivons dans un pays habité à très grande majorité par des musulmans, mais qui se définit comme un pays laïc. Nous avons manifesté ce que nous voulions, suivi la procédure pour la faire appliquer. Cela nous a été retourné. Nous allons rendre compte à nos leaders religieux. Ils sauront que la pétition qu’ils ont signée, qui a été déposée à l’Assemblée nationale, a été rejetée par des représentants du peuple. Nous appliquerons ensuite ce qu’ils nous demanderont de faire. Ce rejet a été motivé par une loi sénégalaise qui punit déjà assez sévèrement les actes contrenature, à côté de la position du président de la République Macky Sall qui est contre la légalisation de l’homosexualité au Sénégal. Le collectif And Samm Jiko Yi n’a fait que relever ses inquiétudes sur des agissements constatés par rapport à un agenda LGBT+ dans le monde et au Sénégal. Ne voulant pas voir ce qui est appliqué ailleurs sur cette question de l’homosexualité gagner le Sénégal, il a voulu prévenir que guérir. Il en a le droit. Nous avons tous entendu ce qu’a dit le président de la République. Depuis, beaucoup de faits se sont accumulés et qui ne tendent pas à rassurer And Samm Jiko Yi. C’est normal alors que ce collectif essaie d’anticiper sur ce qui pourrait arriver. Maintenant, on veut leur refuser cela. Le viol a été criminalisé dans notre pays. Le vol de bétail également. Est-ce que l’homosexualité est un fait moins grave pour la société ? Ce sont des questions qui poussent And Samm Jiko Yi, sans rejeter les propos du président de la République face à son homologue américain Barack Obama et face au Premier ministre canadien Justin Trudeau, à rester sceptique. »

 » Je créerai, si possible, ma propre liste lors des prochaines législatives »

J’ai participé aux élections législatives de 2012 pour briguer un mandat de député. Je ne faisais partie d’aucun parti politique. J’ai été sollicité par un parti politique. Lorsque je me suis concerté avec mon guide, il m’a dit qu’il s’agit d’une obligation religieuse, si j’étais sûr d’être en mesure de leur apporter ne serait-ce que 10 voix. C’est pour cela que j’ai accepté. Après le scrutin, notre liste a obtenu deux députés. La loi sur la parité a fait que ces places sont revenues à notre leader et à la première femme sur la liste, vu que j’étais troisième. Je n’ai jamais participé à des élections locales. C’est vrai que des personnalités politiques viennent me voir. Je donne à chaque fois mes conseils et formule des prières pour chacun d’entre eux. Mais nous attendons les élections législatives. Mais cette fois-ci, je créerai, si possible, ma propre liste. Et je ne dépenserais pas l’argent de notre Daara dans la politique. Ceux qui veulent me voir sur l’arène devront faire la même chose que les Américains avaient faite pour Barack Obama (une campagne de levée de fonds) lorsqu’il s’est présenté en 2009. Ne pas être député ne constitue pas un péché. Je peux très bien rester dans mon coin avec mes élèves.

Création d’un parti politique  ?

Mettre en place un parti politique comme nous le souhaitons ne sera pas chose aisée au Sénégal. La Constitution impose des partis laïcs. Et qu’il n’y aura pas de parti islamique. Si on doit en créer un, ce sera suivant les règles établies par les textes. Là où l’on pourra peut-être se différencier, c’est sur l’éthique politique qu’on devra y mettre. Et même sur ce point, on pourrait agir mieux que des partis tout comme d’autres pourraient mieux agir que nous. Peut-être que si nos guides religieux souhaitaient qu’un tel parti voit le jour, cela se concrétisera ».