NETTALI.COM – La révélation est faite par Enquête, ce lundi. Le journal informe que suite à une alerte des populations de Ngor sur un phénomène qu’elles trouvaient bizarre, des chercheurs ont découvert la présence d’une toxine émise par une micro-algue marine ayant un effet sur la santé humaine.

 Une étrange découverte dans la presqu’île du Cap-Vert. Des chercheurs ont décelé la présence d’une toxine émise par une micro-algue marine ayant un effet sur la santé humaine. Cette découverte a été faite grâce à une étude menée par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et les chercheurs de l’Isra (Institut sénégalais de recherches agricoles), du Crodt, (Centre de recherche océanique de DakarThiaroye) de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) et de l’IGZEV, associés au projet Awa (Approche écosystémique des pêches et de l’environnement marin dans les eaux ouest-africaines).

Cela fait suite à la demande des populations de Ngor qui avaient un souci, de façon récurrente, pendant la saison chaude. En effet, depuis presque seize ans, chaque année, en saison d’hivernage, les habitants du bord de mer, les professionnels de la mer et les habitués des sports nautiques souffrent brutalement d’éternuements, de maux de gorge, de rhinite, voire de fièvre, de mal de tête et d’otite. Les chercheurs expliquent que, sans aller à la mer, un riverain pourrait être contaminé (effet du vent). Cet étrange phénomène commence au changement de saison et se produit par intermittence, tout au long de la saison chaude, jusqu’à la reprise des alizés (saison froide). Chercheur à l’IRD, Patrice Brehmer, qui animait un point de presse ce samedi, avec Waly Ndiaye (Isra-Crodt), explique : ‘’Après l’apparition de ce phénomène, un événement sportif international a été organisé par la Fédération sénégalaise de surf. La compétition avait été complètement bouleversée (elle avait lieu à la BDK), parce que cette algue toxique a occasionné les mêmes symptômes à tout le monde. En espace d’une heure ou deux, tout le monde était contaminé.’’

C’est ainsi que les populations ont compris qu’il ne s’agit pas d’une grippe saisonnière. Elles ont donc contacté les services environnementaux et les services des urgences sanitaires qui ont constaté le problème sans savoir exactement à quoi ils ont affaire. Les chercheurs ont effectué une descente sur le terrain et ont fait des collectes d’algues, d’oursins et de fleurs d’eau, avant de retourner au laboratoire de la biologie marine du Centre de recherche océanographique de Dakar-Thiaroye (IsraCrodt), où ils ont fait des observations microscopiques de la population d’ostreopsis.

‘’On a réussi à observer cette micro-algue ; on l’a transmise à des spécialistes allemands et français qui ont confirmé que c’était bien l’ostreopsis’’, explique M. Brehmer.

Non-identification de l’espèce de la micro-algue

Les investigations faites par les scientifiques, en intelligence avec le ministère de l’Environnement et les services de la Direction de l’environnement et des établissements classés (Deec), ont également permis d’identifier beaucoup de choses, surtout au niveau microbiologique : des problèmes de non-traitement des eaux usées (souvent déversées par les bateaux) ; des problèmes de présence de métaux lourds, la présence de microplastique ; une certaine écotoxicité des sédiments. De plus, des enquêtes sociales ont montré une grande différence entre la réalité scientifique et la perception que les populations avaient de la pollution marine (phénomène surnaturel).

En cas de symptômes, Waly Ndiaye indique qu’il faut contacter son médecin, un centre de soins ou le centre antipoison, puis le Crodt qui suit désormais ces évènements. ‘’Nos conseils sont de se doucher rapidement après un contact, éviter les zones à forte concentration de fleurs d’eau. Il faut, en général, sous réserve d’un avis médical, des antiinflammatoires, soigner la zone contaminée, surtout traiter les gens qui ont des difficultés ou des insuffisances respiratoires pouvant s’apparenter à des crises d’asthme’’, note-t-il.

Les chercheurs assurent que ce phénomène n’est pas mortel. D’ailleurs, les symptômes se développent pendant 48 heures, avant que la concentration du toxique diminue très rapidement, jusqu’à ce qu’on arrive à des concentrations très faibles, qu’il n’y a plus de symptômes. Mais il reste aux chercheurs de savoir à quelle espèce ils ont affaire. Or, Waly Ndiaye et Patrice Brehmer renseignent que cela va demander un travail en biologie moléculaire qui va prendre un peu plus de temps. Et pour l’heure, même si c’est fort probable, rien n’indique que l’algue est à l’origine de la mystérieuse maladie qui avait touché, en novembre 2020, plus de 600 personnes, notamment des pêcheurs.

C’est ainsi que les chercheurs indiquent qu’il faut suivre ce phénomène du point de vue scientifique ; mener des enquêtes socio-anthropologiques et de les étendre à d’autres localités et à toutes les maladies des professionnels de la mer pour fournir l’état des lieux. Ils recommandent également la mise en place d’un système de suivi national et sous-régional, et pensent qu’il faut mener une réflexion sur la mise en place d’une plateforme nationale et/ou sousrégionale. Ils demandent aussi le report de tous les événements qui vont se produire durant cette période. De plus, les chercheurs soulignent qu’il faut mettre en place un projet qui puisse permettre aux autorités nationales de suivre le phénomène et de voir ses implications sur la santé humaine, mais aussi sur l’écosystème.

Et par rapport au développement de l’industrie bleue, ils soutiennent qu’il faut suivre les activités industrielles, si l’on veut développer l’aquaculture marine au Sénégal. Parce que, dit-il, il y a des micros-algues de cette famille qui peuvent causer d’autres problèmes. En ce qui concerne la sensibilisation des populations et des autorités sur la présence de la micro-algue, les chercheurs sont, pour le moment, allés voir la mairie de Ngor pour leur relater le phénomène.

A présent, ils annoncent qu’ils sont en train de finaliser une note politique qui sera destinée au ministère de la Pêche, au ministère de l’Environnement, au ministère de la Santé, etc. Ils pensent aussi à restituer ces informations auprès des comités locaux de pêche de Ouakam, de Yoff et de Ngor.