CONTRIBUTION – Hôpitaux débordés, cliniques privées en voie de saturation. La troisième vague de Covid-19, avec son sinistre variant Delta, semble irrésistible dans son ascension. Symptômes quasi-unanimement ressentis : état grippal fort accompagné d’une fatigue plus ou moins intense, selon les cas. Fièvre aussi.

Au demeurant, le constat est évident dans le pays d’une sorte d’épidémie de grippe. C’est le signe trompeur d’une affection bien plus inquiétante et qui explique d’ailleurs que les malades tardent à se présenter dans les centres de traitement épidémiologique pour être situés sur leur grippe persistante.

Le ministère de la Santé a rapporté, hier, 690 contaminations à la Covid-19, chiffre qu’il faut systématiquement multiplier par trois, voire plus, pour se faire une idée de la réalité épidémiologique de l’heure. L’inertie des autorités devant l’éminence de cette troisième vague aura évidemment contribué à cette réalité épidémiologique que l’on voudrait maintenant conjurer en brandissant, à nouveau, les menaces de nouvelles restrictions de liberté. Il aurait, bien entendu, fallu le faire plus tôt, mais pas seulement : prendre aussi le taureau par les cornes, en imprimant au fer rouge, dans l’esprit des Sénégalais, que le péril n’était pas passé et que la fin du couvre-feu ne signifiait nullement la fin de la pandémie.

Mais au lieu de cela, l’on a tout relâché, laissant la vie reprendre comme autrefois, dans le déni d’un mal planétaire qui nous rappelle aujourd’hui, soudain, qu’il ne nous a pas encore sorti tous les ressorts de sa subtile perversité…

En milieu de semaine, le chef de l’Etat a demandé à son ministre de la Santé une “mise à disposition systématique” de vaccins contre la Covid-19, face à l’augmentation des nouvelles infections”. Mais l’insuffisance de vaccins qui a d’ailleurs fait craindre, en début de semaine dernière, une pénurie, risque de limiter les ambitions présidentielles et mettre le gouvernement face à une situation totalement ingérable de décès explosifs…

Dakar, comme il fallait s’y attendre, est l’épicentre de la maladie. La capitale englobe les 6 547 nouvelles infections sur les 11 071 répertoriées entre le 9 et 23 juillet 2021, soit 59,1 % des infections. Et ce n’est pas parti pour s’arrêter ; les mouvements quotidiens qu’impose la vie citadine, les déplacements de personnes qu’inévitablement entraine l’activité humaine dans ses pendants économiques et sociaux, aggraveront, pour les jours qui viennent, une situation déjà dangereuse. Les retours de la Tabaski, avec leurs corollaires de contaminations communautaires, n’arrangeront pas le tableau, quand on sait que la courbe des cas positifs et celle des décès prennent l’échelle et ne redescendent plus. Les hôpitaux, débordés, refusent des malades en urgence respiratoire.

C’est malheureusement le moment que choisissent le ministre de la Santé et de l’Action Sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, et le chef du Service des maladies infectieuses de l’hôpital Fann, le professeur Moussa Seydi,  pour se livrer à des guerres de chapelles quant aux disponibilités logistiques dans les CTE, en l’occurrence, au sujet de l’oxygène. Si le Pr. Seydi déplore des ‘’problèmes de panne et de qualité d’oxygène’’, le ministre de la Santé regrette une ‘’approche pédagogique’’ qui fausserait la réalité. L’anecdote nous a tout de même permis d’être rassurés quant à la disponibilité d’oxygène : plus de 100 mille m3 d’oxygène qui sont aujourd’hui disponibles et qui sont appelés à venir en appui et de manière permanente au CTE.

Mais quid des vaccinations qui devraient être l’action parallèle des pouvoirs publics pour endiguer la montée des contaminations ? Elles sont 611 166 personnes vaccinées au total, sur une population de 16 millions d’habitants. Pas de quoi plastronner, même s’il est indéniable que la peur qu’occasionne le nombre de décès de ces dernières semaines et les nombreuses agonies spectaculaires qui les ont précédées, ont convaincu beaucoup de l’urgence de la vaccination, notamment parmi les jeunes qui étaient jusqu’ici les plus réfractaires à la chose.

La peur a levé les méfiances ; c’est très bien. Encore faudra-t-il maintenant que les vaccins soient disponibles, que les structures de traitement le soient tout autant et fassent preuve d’efficacité. La seule bonne foi du personnel soignant ne suffira pas. L’Etat doit mettre la main au portefeuille, encore plus qu’il ne le fait déjà et opérer sans plus tarder les choix catégoriques qui s’imposent devant cette flambée inédite de contaminations et de morts.

On verra ce que le gouvernement décidera cette semaine. Il ne peut plus faire semblant de ne pas voir.