NETTALI.COM – «Une affaire Adji Sarr-Ousmane Sonko», voici comment le dossier de présumé viol et menaces de mort… aurait dû être perçu et considéré par l’opinion. Une plainte en droit qui réduit simplement le dossier à une affaire privée, comme on en voit tous les jours au tous les jours au tribunal. Même si elle devra être traitée au niveau pénal. La parole d’une accusatrice contre celle d’un accusé qui bénéficie toutefois de la présomption d’innocence ; d’une présumée victime qui jouit également de tous ses droits.

Voici un dossier devenu par la force des choses et dans l’esprit de certains, un complot juridico-politique. Le statut de l’accusé, redoutable politique et emmerdeur du pouvoir en place devant l’éternel, a rendu l’affaire plus compliquée qu’elle n’aurait dû être. Dans cette dernière, la posture des uns et des autres est surtout liée au bord où leur sensibilité penche. Qu’ils soient politiques, membre de la société civile et même des journalistes, les opinions sont divisées ! Mais au fond, il n’était juste question que de respecter la loi en levant au préalable, l’immunité parlementaire du député. N’en déplaise à Me El Hadji qui évoque le flagrant délit dans l’affaire, même s’il a donné ses raisons qu’on peut évidemment entendre.

Des saccages, des pneus brûlés et des blessés, une sortie virulente, un refus de déférer à une convocation et un brouhaha médiatico-politique sans précédent, ont été constatés. Une sorte de chaos qui n’a eu pour effet que d’assombrir davantage les esprits et de susciter l’indignation. Ce vacarme et ce désordre ont, semble-t-il, aux yeux de certains, fait pencher la balance, pour que l’on daigne enfin suivre la procédure. Pour d’autres, cela est sans conséquence, les autorités judiciaires ne voulant tout simplement pas être prises à défaut dans leur mission fondée sur l’impartialité.

Toujours est-il que l’Acte 1 de levée de l’immunité du député a en tout cas été posé, ce jeudi 11 février par l’Assemblée nationale. Une demande initiée par le ministre de la Justice, Malick Sall, suite à la saisine du juge d’instruction du 8e cabinet par le procureur de la République. Le parquetier en chef lui a transmis un réquisitoire introductif avec le procès-verbal n° 078 en date du 5 février 2021 de la Section de recherches de la gendarmerie. Une  commission ad hoc devrait ainsi être installée le 17 février en séance plénière et l’étape suivante, l’audition du député Ousmane Sonko qui pourra se faire assister par un collègue s’il le désire, conformément à la procédure.

Une affaire à priori simple, qu’on a voulu compliquer en citant des noms pour accréditer des accointances suspectes. L’on a aussi évoqué des prélèvements de sperme et tests ADN pour corser l’addition. Bref. Mais quelles que soient les spéculations notées ça et là, la justice a ses procédures et ses méthodes suffisamment éprouvées, y compris scientifiques pour arriver à dénouer les affaires les plus délicates.

Rappelons-le tout de même que c’est une information judiciaire visant X, pour viols, menaces de mort et diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs qui a été demandée au magistrat instructeur. A charge pour ce dernier d’identifier la personne X. Ce qui ouvre la voie à deux hypothèses : Ousmane Sonko est soit entendu à titre de témoin ou alors, il est directement inculpé sur la base des éléments de preuves que le juge détient. Dans les deux cas, le mandat de dépôt n’est pas automatique, mais elle reste soumise à la seule discrétion du juge.

Dans le cadre de son travail, le juge ne regardera de toute façon qu’une chose, à savoir si les éléments constitutifs de l’infraction qu’on reproche au leader de Pastef (le viol en l’occurrence) sont constitués ou pas. C’est tout ce qui l’intéresse. Tout autre commentaire est du domaine du superflu.

La demande des avocats de Sonko à l’Assemblée nationale, parlons-en.  Présentée comme une requête ignorée, Moustapha Diakhaté, ancien président du groupe parlementaire de la majorité bien au fait des arcanes de l’hémicycle, n’a semble-t-il pas apprécié la démarche des conseils du député, estimant que « l’Assemblée nationale est une institution et non un tribunal ». Il a ainsi ajouté qu’« à ce stade de la procédure, seul un député peut défendre Ousmane Sonko», incitant au passage les avocats « à respecter l’institution car la séparation des pouvoirs est une exigence de la constitution ».

Quid du sort des manifestants pro Sonko ? 19 ont été placés sous mandat de dépôt, sauf un mineur de 14 ans placé sous contrôle judiciaire. Entre autres chefs d’accusation, il est retenu ceux d’association de malfaiteurs, participation à un mouvement insurrectionnel, organisation d’un mouvement insurrectionnel, incendie criminel, violences et voies de fait sur des agents de la force publique dans l’exercice de leurs fonctions, dégradation de biens appartenant à l’Etat.

La covid 19 elle, est bien reléguée au second plan et les Sénégalais continuent de vivre le couvre-feu qui est presque devenue une habitude. L’on n’en parle même plus et la question du vaccin qui semble désormais être la seule alternative, en dehors des mesures barrières, suit son bonhomme de chemin. Les doses de vaccin achetées sont évoquées. Et « Le Soleil » nous annonce l’achat de 200 000  doses payées 2,2 milliards de FCFA à la firme Sinopharm.

La rébellion que l’on croyait rangée dans le placard des mauvais souvenirs, avait semble-t-il récemment repris du service. L’armée elle, a repris les quatre dernières bases historiques des rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), situées sur le front Sud, à la frontière avec la Guinée Bissau, après plus de dix jours d’intervention. Il s’agit des localités de Bamoune-Bilass, Boussoloum, Badiong et Sikoune.

 Une rébellion qui sonne finalement comme un éternel recommencement. Et ce sont des fake news qui ne manquent pas pour discréditer ce revers rebelle. Des informations postées sur un “site de propagande’’ ont largement été partagées sur les réseaux sociaux faisant état de sept militaires sénégalais tués dans une embuscade au Nord-Sindian. Une  information qui a été vite démentie par la Direction de l’information et des relations publiques des armées (Dirpa). En effet, selon le communiqué, durant les opérations en cours en zone militaire n°5 (Ziguinchor), les armées n’ont dénombré qu’un seul blessé.

Pendant ce temps, le dossier Lamine Diack refait surface. « Le collectif Lamine Diack », dans un communiqué, renseigne que l’interdiction de sortie du territoire français de celui-ci a été levée depuis le 20 décembre 2020 par la justice, mais suspendue au versement de la caution de 327 millions de francs CFA. Il dit mobiliser ses adhérents et invite ses amis d’en faire de même pour “un rapide retour au Sénégal de Lamine Diack’’.

Vivement en tout cas que cette affaire se termine et que ce dernier retourne auprès des siens. Comme quoi, le temps de la justice est parfois bien trop long, mais il reste le temps de la justice.