NETTALI.COM – Le 7Sommet de l’économie, baptisé “Les Résistants”, aura lieu sous forme digitale le 3 décembre 2020, et sera consacré à tous ceux qui ne veulent pas se laisser abattre par la crise. En avant-première, Thomas Triomphe, vice-président exécutif de Sanofi Pasteur, dans l’entretien que voici avec Challenges, dit comment son entreprise “résiste”.

 

Challenges – Après les annonces de vaccin anti-Covid19 par Pfizer-BioNtech, Moderna, Astra-Zeneca… où en est Sanofi-Pasteur?

Thomas Triomphe – Nous développons deux candidats-vaccins contre la Covid19, qui s’appuient sur deux approches différentes du point de vue de la science, qui s’inscrivent donc dans deux timings différents et, chose intéressante à noter, en collaboration avec deux partenaires différents. Cela démontre le pouvoir d’attraction de la technologie française dans ce domaine. Le premier projet, un vaccin “à protéine recombinante adjuvantée” est développé avec GSK, un laboratoire qui en temps normal est notre concurrent ! Nous nous sommes associés très tôt car nous avons rapidement réaliser à quel point nous étions complémentaires : ils apportent l’adjuvant (nommé AS03) qui permet de booster les effets du vaccin et est déjà utilisé avec succès dans des vaccins contre la grippe dans de nombreux pays. Sanofi possède de son côté la plate-forme, autrement dit la technologie capable de produire la protéine auquel réagira le système immunitaire des personnes vaccinées.

Quand ce vaccin anti-Covid19 sera-t-il disponible?

Vers la fin du premier semestre 2021, sachant que la date exacte pour la fourniture de plusieurs millions de doses dépendra du dosage de cet élément-clé qu’est la protéine. Nous ne le saurons qu’après avoir dépassé le stade actuel de phase 2 (test de démonstration d’innocuité sur 450 personnes), et être entrés le plus vite possible, idéalement d’ici la fin décembre, en phase 3 d’étude de l’efficacité de notre candidat-vaccin sur plus de 30.000 personnes. Notre ambition est de produire jusqu’à 1 milliard de doses d’ici à la fin de l’année 2021.

Votre autre vaccin est du même type que Pfizer-BioNtech et Moderna?

Nous sommes en effet le seul laboratoire au monde à avancer sur deux pistes en parallèle. Nous développons cette technologie très innovante dite à « ARN messager », avec Translate Bio, une entreprise américaine spécialisée dans ce domaine que nous connaissons bien car nous sommes déjà partenaires depuis deux ans. Ce candidat-vaccin a déjà montré de très bons résultats en pré-clinique. Nous allons entrer en phases 1 et 2 de test en janvier-février, puis en phase 3 pour un vaccin disponible nous l’espérons d’ici décembre 2021.

Avec cette pandémie, on a assisté à une accélération incroyable de la réalisation des vaccins. En 2021, il va falloir les stocker puis les distribuer en toute sécurité. Et c’est un défi mondial…

Notre vaccin recombinant se conservera très facilement entre 2 et 8° C. Nous voulons qu’il puisse être disponible partout sur la planète. Pour l’ARN messager, qui est fragile, nous sommes en train de tester combien de temps il peut être conservé à – 20° C. Pour ce type de vaccin, chaque fabricant devra apporter la preuve de la stabilité de son produit, ce qui n’est pas aussi simple de conservation qu’un vaccin classique.

Dans cette course aux vaccins, Sanofi Pasteur se sent donc confiant…

Ce n’est pas une course entre laboratoires, nous voulons surtout aller aussi vite que possible pour vaincre le virus. Car ce n’est pas d’un, deux ou trois vaccins dont nous aurons besoin. Il en faudra dix, peut-être vingt différents pour pouvoir couvrir les besoins du monde entier. Il y a 7 milliards et demi de personnes à protéger dans le monde, soit si l’on compte deux doses par personne, cela fait déjà au minimum 15 milliards de doses.