NETTALI.COM – Dans cette déclaration qui nous est parvenue ce vendredi, l’ancien premier ministre brosse un tableau sombre de la gestion de Macky Sall et promet de durcir le ton en 2020. 

“De quelques grands choix pour reconstruire le Sénégal

2019 était annoncée année électorale puisque d’élection présidentielle. La fin de l’année 2018 avait donc été consacrée à la préparation de cette élection majeure au Sénégal.

Nous avions ainsi fait le choix d’attirer l’attention des citoyens et électeurs sur l’importance qu’il convenait d’accorder au sens de la vérité et du respect de la parole donnée qui habiterait les futurs candidats, hommes ou femmes. Que vaut en effet un programme prononcé ou présenté par une personne dont l’électorat ou le monde entier a déjà pu retenir sa capacité à ne pas respecter des engagements pris ? Qu’étaient devenues les ruptures promises qui devaient mettre « la patrie avant le parti », instaurer une « gestion sobre et vertueuse du bien public », « réduire un mandat de sept à cinq ans »… ?

Au-delà des promesses non tenues, nous avions insisté sur la place occupée par de nombreux mensonges dans la construction d’un Sénégal miraculeux présenté comme déjà émergent à l’occasion de fêtes ou cérémonies d’inauguration. Un Sénégal de records de productions agricoles jamais atteints, d’un taux de croissance s’emballant et surtout devenu l’un des plus réguliers au monde, cela en opposition à un vécu chaque jour plus difficile des populations.

Le mensonge était aussi celui de l’émergence inéluctable de notre pays avec un maintien du taux de croissance à un niveau élevé porté par une compétitivité des facteurs de production s’accroissant, un renforcement du capital humain, une amélioration des soins de santé et des efforts d’éducation et de formation, une diversification des exportations, une amélioration de l’accès au crédit, avec bien entendu pour corollaire un recul constant et significatif de la pauvreté.

Au bout de ce parcours à moyen terme, le pétrole et le gaz devaient transformer le Sénégal en un petit eldorado. Ce doux rêve avait également pour but de faire oublier les dures réalités de la rigueur économique vécue au-delà des statistiques d’illusion.

Nous avions prévenu que les mensonges ne suffiraient pas pour gagner des élections. Il fallut en effet avoir recours à un système de parrainages inapplicable, inventé dans la précipitation d’une énième révision constitutionnelle pour éliminer des candidats, et surtout pour éviter un deuxième tour à l’élection présidentielle qui aurait pu être fatal au président sortant. Pour assurer la mise en œuvre du système de parrainage, le mensonge fut aussi présent dans le Considérant 10 de la Décision N°2 /E/2019 du Conseil Constitutionnel qui affirme le contrôle du système de parrainage par l’examen effectif de 1,5 millions de signatures en moins d’un mois.

Enfin nous proposions, pour placer le Sénégal dans une trajectoire de renforcement de son système démocratique, de réduire les pouvoirs constitutionnels du chef de l’État, de renforcer ceux de l’Assemblée nationale en même temps que le système d’élection des députés serait réaménagé pour abandonner l’injustice du scrutin à un tour pouvant faire élire plusieurs députés (en 2017, BBY avec 49,47% des voix, a obtenu 125 des 165 sièges, soit une majorité de 75,78%), de garantir l’indépendance de la Justice, et de remettre l’administration au service du citoyen et non du client politique, par des procédures reconstruites, notamment de recrutement.

Nous proposions aussi la nécessité de donner une nouvelle direction à notre stratégie économique en créant la plus-value et donc la croissance dans les secteurs les plus pauvres mais aussi les plus employeurs de main d’œuvre : en particulier l’agriculture pour améliorer le quotidien du paysan sénégalais et réduire la dépendance alimentaire de notre pays ; l’artisanat pour le faire migrer vers une semi-manufacture et plus tard une véritable industrie à l’instar des pays ayant réussi leur transition vers l’émergence.

Les grands travaux devaient se substituer aux grands projets dispendieux, gourmands en endettement extérieur, faisant la part belle aux entreprises étrangères et finalement peu utiles à l’économie nationale mais satisfaisant l’ego d’un Président. Nous proposions aussi un recours accru au Partenariat Public Privé (PPP), y compris à une échelle accessible au citoyen pour l’électrification et l’eau rurales notamment. Cette voie du PPP devient nécessaire face aux limites atteintes par le recours excessif à l’endettement extérieur par le régime de Macky Sall.

Le triste bilan de 2019 ou l’éclatement des mensonges et scandales

Malheureusement pour le Sénégal, nos anticipations n’ont pas été trahies.

2019 a été une année d’élections truquées, suivie d’un troisième dialogue national organisé pour faire diversion et qui après sept mois vient d’être officiellement installé. La grande qualité de quelques-uns des animateurs de ce dialogue ne contredira pas le vrai dessein de son initiateur devenu spécialiste dans le gâchis de compétences.

D’ailleurs, très vite, une révision de la Constitution a été soustraite d’un dialogue considéré comme pas assez sérieux pour se saisir de questions aussi importantes. Au lieu d’être réduit, le pouvoir excessif du président de la République, principale souffrance de notre démocratie et de notre immobilisme économique, a été renforcé par la suppression du poste de Premier ministre et le retrait du pouvoir de censure du gouvernement dévolu à l’Assemblée nationale.

Le scandale du pétrole et du gaz est vite revenu au premier plan, gâchant leurs fêtes de victoire à l’élection présidentielle. Pourtant, dès 2016, nous avions alerté et appelé à des enquêtes. Elles seront donc décidées trois années plus tard mais avec pour objectif manifeste de tout enterrer.

L’échec de la politique économique du régime de Macky Sall a imposé un ajustement structurel déguisé en Instrument de Coordination de Politique Économique (ICPE), mais reposant sur les mêmes objectifs que tout ajustement, à savoir : le resserrement du déficit budgétaire, la priorité au règlement des échéances de la dette extérieure, les ponctions sur le pouvoir d’achat des ménages par la fiscalité et la hausse des prix, le harcèlement fiscal des entreprises sur lesquelles on dit pourtant compter pour porter la relance économique lorsque la capacité d’intervention économique de l’État a été dilapidée par mauvais choix économiques, mauvaise gestion et incompétence.

Ils osent continuer de soutenir que la croissance aurait été maintenue à 6%. Les mensonges de production les plus patents ne peuvent pourtant plus être cachés : la production d’arachides de 1,4 millions de tonnes n’aurait pas permis la collecte de plus de 300 000 tonnes en 2018-2019. Mais pour la campagne qui s’annonce, les prévisions sont encore plus pessimistes. Elles sont le résultat d’une stratégie ignoble visant l’enrichissement de politiciens vendeurs de mauvaises semences dites sélectionnées et subventionnées, aux dépens des paysans et du contribuable sénégalais. J’avais qualifié cette attitude scélérate de financement du sous-développement. Mes tentatives en 2013 de restaurer une production de semences certifiées ont été combattues puis abandonnées.

Où sont donc passées toutes ces quantités de céréales qui auraient été produites ? L’autosuffisance en riz avait été annoncée pour 2017. Nous avions récusé une telle assertion. Le président avait ensuite corrigé pour annoncer son report d’un an en 2018. On en parle désormais plus.

Et de nouveau l’insécurité alimentaire affectera près d’un million de personnes au Sénégal.

Nul n’ignore l’importance de la compétitivité énergétique dans la construction d’une croissance. Le Sénégal avait déjà l’une des électricités la plus chère de la sous-région. L’augmentation des tarifs après celle des produits pétroliers, participe à l’objectif de réduire le déficit budgétaire en même temps que le pouvoir d’achat des ménages. Rien ne la justifie qui ne relèverait d’une compétitivité insuffisante de la Senelec d’une part, et de sa gestion dépendant d’impératifs politiciens d’autre part. En effet, même après prise en compte du relèvement du cours du dollar, les prix de référence du brut restent inférieurs de 24% à avril 2012 en francs cfa. Le régime a en outre choisi de faire supporter au consommateur leurs erreurs de planification et de gestion qui n’ont pas permis la mise en place d’un mix énergétique compétitif.

Une telle situation est courante au niveau des entreprises du secteur parapublic où les résultats électoraux sont demandés à des dirigeants-militants plutôt que des performances profitant aux usagers et aux populations.

Les Sénégalais doivent le savoir : il n’y a d’autre chemin possible que d’ajustement structurel pour une économie non dynamique lorsque le déficit des paiements extérieurs s’aggrave en même temps que celui budgétaire, conséquences de mauvaises options économiques et d’une gabegie innommable. Le temps économique des prochaines années sera lourd non par la faute d’un environnement extérieur, mais comme conséquence de l’attitude ceux que nous aurions choisis pour nous diriger.

L’année 2019 s’est achevée avec une importante réforme du franc cfa, consacrant le retrait total de la France de la gestion de cette monnaie. C’est une victoire de dignité de la jeunesse africaine. C’est une lueur d’espoir qui laisse espérer qu’un jour prochain cette dignité sera réclamée à leurs dirigeants. Je reste encore étonné par le silence de notre Exécutif face à une réforme aussi importante affectant notre monnaie. Des pistes de réflexion doivent maintenant s’ouvrir pour en moderniser la gestion sans l’affaiblir, et en renforçant son caractère de monnaie africaine par son évolution vers l’ECO en partage avec d’autres pays de la CEDEAO.

Au nombre des scandales de 2019, et par pudeur, je n’évoquerai que par quelques mots les trafics de drogue et de faux billets semblant mêler au Sénégal mafieux et politiciens intouchables.

L’année 2020 et l’avenir politique de l’ACT

Dans le prolongement de la mise en œuvre de la politique d’ajustement structurel se substituant à une fausse « phase 2 du PSE », l’année 2020 sera une année de tensions économiques et sociales : la dépense publique sera resserrée au détriment du fonctionnement de l’administration de l’éducation et de la santé, lorsque le gaspillage en voitures et voyages pourrait être poursuivi. La dépense sociale souffrira également des priorités accordées à quelques grands projets à terminer dont des immeubles administratifs inoccupés.

Le pouvoir d’achat des ménages sera pressurisé. Le harcèlement fiscal des entreprises sera renforcé. Il est à cet égard annoncé que le déficit budgétaire devrait, d’après de curieuses projections, se réduire très rapidement grâce à une pression fiscale augmentant de 20% en deux années !

Pour éviter tout débordement face à la montée de la colère sociale, la « soft dictature » sera habile à restreindre les libertés, parfois en violation de la Constitution, en particulier le droit aux manifestations pacifiques dont on craint le succès.

Pour l’année qui s’ouvre, nous refuserons la sujétion au temps politique que Macky Sall, en bon politicien professionnel, cherche à imposer avec son dialogue national.

Nous opterons pour une attitude de sentinelle, poursuivant notre rôle d’éveil des consciences, afin qu’un jour, les Sénégalais connaissent mieux les raisons du non-développement de leur pays et choisissent mieux leurs dirigeants à l’occasion d’élections. C’est le sens que nous donnons et donnerons à notre action politique.

Nous continuerons à dénoncer les élections trafiquées, afin que le peuple et la communauté internationale ne soient pas dupes.

Nous combattrons le recul démocratique organisé par Macky Sall.

Ces postures citoyennes se poursuivront :

  • Par le suivi de la plainte pour faux et usage de faux en document administratif qui a permis d’attribuer des permis pétroliers à Frank Timis et à son partenaire privilégié Aliou Sall, même si depuis cinq mois le Doyen des juges refuse d’y donner suite au plan local.
  • Par la promotion de projets utiles à nos concitoyens tel le projet « REXODUS ». Ce dernier consiste à organiser le retour dans leurs pays d’origine des immigrés de première et de deuxième génération dans le secteur productif grâce à leurs employeurs, PME européennes délocalisant ou dupliquant une partie de leur activité, en co-investissant avec leurs employés émigrés et des nationaux du pays de retour.

Nous ne négligerons pas non plus cette formation des femmes à la production de savon, eau de javel, vinaigre et autres petites productions, à la tenue de caisse de micro-crédits. Les compagnons de notre parti ont déjà reçu la recommandation de s’associer à toutes activités citoyennes dans leurs quartiers, villages et localités.

Cette posture résolument citoyenne sera nôtre dans le cadre de l’espace déjà élargi que constitue le Congrès de la Renaissance Démocratique (CRD), mais qui reste ouvert à d’autres mouvements et forces citoyennes et politiques toutes conscientes que les alliances ne doivent pas se nouer et se dénouer pour « aller à la soupe », mais autour de valeurs partagées pour la recherche du progrès de notre cher Sénégal.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite à toutes et à tous, mes meilleurs vœux de nouvel an.

Dieu garde et protège le Sénégal !

Deweneti”