NETTALI.COM - La Chambre criminelle de Dakar a accordé, le mardi 28 avril 2026, la liberté provisoire à Ndella Madior Diouf et ses deux employés, Cheikh Tidiane Ndiaye et El Hadji Sène, placés tous sous mandat de dépôt en décembre 2023 après le décès suspect de six nourrissons dans sa structure « Keur Yeurmandé ». Le trio risque toutefois des peines fermes.
Placée sous mandat de dépôt depuis le 28 décembre 2023, la directrice de la pouponnière de Sacré-Cœur « Keur Yeurmandé » a comparu devant la Chambre criminelle de Dakar. Ndella Madior Diouf, ses deux employés, son assistant Cheikh Tidiane Ndiaye et l’animateur El Hadji Sène ont répondu de plusieurs chefs d’inculpation: homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui, traite de personnes et exercice illégal de la médecine ; privation d’aliments ou de soins ayant entraîné la mort ; non-assistance à personne en danger et obtention illégale de certificats d’inhumation.
L’affaire avait éclaté en décembre 2023 après la diffusion de vidéos virales. L’une montrait une mère accusant Mme Diouf de séquestrer son enfant contre une rançon de 5 millions de FCFA. Une autre, filmée par une employée, révélait l’insalubrité des lieux et la santé précaire des nourrissons. L’enquête qui s'en est suivie, avait permis de secourir 48 bébés.
À la barre, Ndella Madior Diouf a nié les faits, invoquant une mission philanthropique et pointant du doigt un sabotage de son personnel. Elle a rejeté toute intention malveillante, se décrivant comme une « Mère Teresa » au secours des femmes en détresse. Elle a justifié son engagement par son propre passé d’étudiante en médecine confrontée à un refus de paternité. Pour financer la structure, elle a affirmé avoir mobilisé les revenus de sa radio Saphir FM (générant un million de FCFA par jour), de son restaurant à Saly et des dons. Selon elle, le drame serait le résultat d'un « sabotage » orchestré par des nounous infiltrées.
Ses co-accusés ont également plaidé l'innocence. L'animateur El Hadji Sène a affirmé avec force n'avoir aucun lien avec les bébés : « J'ai peur des enfants et des chats, je ne les touche même pas ». Quant à Cheikh Tidiane Ndiaye, il a soutenu que ses fonctions se limitaient strictement au recrutement pour la radio.
Le représentant du parquet a requis 5ans de prison ferme et 1 million de FCFA d'amende contre Ndella Madior Diouf et 3 mois de prison ferme contre les deux autres accusés. Il s'est appuyé sur les rapports médicaux. Ces derniers concluent que les six nourrissons décédés, souffraient de dénutrition sévère et de pathologies liées à un régime nutritionnel inadapté, le tout dans un environnement insalubre.
Le procureur a néanmoins suggéré d'écarter certaines charges, notamment la traite de personnes et la non-déclaration de naissance.
La défense a plaidé l'acquittement en dénonçant une carence des services de l'État. Selon leurs plaidoiries, Ndella a tenté de combler, avec ses propres moyens, un vide laissé par l'État qui ne dispose pas de structures suffisantes pour accompagner les mères et enfants en situation de grande précarité.
Le verdict sera prononcé le 26 mai 2026.






