NETTALI.COM - Interviewé par Deutsche Welle, la radio internationale allemande, en français, le candidat au poste de secrétaire général des Nations Unies, Macky Sall, est revenu sur plusieurs sujets sensibles qui jalonnent sa campagne. Il se présente comme la voix décomplexée de l’Afrique.
Le fondement de la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations Unies est corrélé à une volonté de se protéger d'éventuelles poursuites judiciaires au Sénégal. Le candidat, interviewé par Deutsche Welle, a convoqué la dérision pour balayer cette thèse. “D'abord, c'est étonnant que ceux qui gouvernent soient mes opposants. Aujourd'hui, c'est eux le pouvoir. Donc aujourd'hui, c'est moi qui suis dans l'opposition. Donc il faut quand même fixer les choses. Deuxièmement, mon pays n'a engagé aucune démarche, la justice de mon pays je veux dire, contre ma personne et contre l'action qui a été menée pendant que j'étais président de la République”, répond-t-il.
Macky Sall se présente, en effet, comme un “démocrate”. “J'ai quitté le pouvoir et j'avais dit que je ferai deux mandats, je m'en irai et c'est ce que j'ai fait”, dit-il. Avant de faire remarquer qu’il y avait une hypothèse qui lui permettait de postuler pour un troisième mandat, s’il l’avait voulu. Ceci étant dit, il invite ses adversaires politiques à mener leur combat “avec lucidité et avec respect”.
Aujourd’hui, l’ancien chef d’Etat souligne être passé à une étape supérieure de sa vie politique. “J'ai déjà dirigé le Sénégal pendant douze ans, donc je n'ai plus rien à prouver au Sénégal ni en Afrique. Donc voilà dans quelle perspective je me situe. (…) Et je pense que c'est ça qui est essentiel. Moi, j'ai tourné la page, bien sûr, je suis un acteur politique, j'ai un parti politique, mais je suis dans la perspective de servir le monde à travers les Nations Unies”, martèle-t-il.
Cependant, arriver à une telle station n’est pas une sinécure, en témoigne la tournure des événements pour sa campagne, notamment, les divisions au sein de l’Union africaine à propos de sa candidature. Mais, il croit en son profil et son expérience. “J’ai servi à différents échelons politiques, administratifs et diplomatiques. Cette expérience cumulée dans le temps m'a permis d'avoir l'occasion de pouvoir écouter, de pouvoir engager des discussions, des négociations et surtout aussi de pouvoir prendre des décisions”, avance-t-il comme argument.
Mieux, en ces temps de crises où l’ONU est marginalisée dans la recherche de paix, le candidat Sall estime avoir la stature et l’entregent pour replacer l’organisation au centre du jeu et impulser les solutions qui vont permettre d’en venir à bout. “Aujourd'hui, si on regarde de près ce qui se passe, c'est que l'ONU, dans beaucoup de crises, est un peu mise de côté. Ce qui est regrettable parce que c'est l'organisation qui doit prendre en charge, en principe, les grandes négociations, la résolution des grands conflits. Et aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin de cette organisation des Nations unies revitalisée. Je pense avoir les capacités en termes de facilité de dialogue, en termes également de construction de consensus, à même de pouvoir, vraiment redonner cette nouvelle vocation à l'organisation universelle”.
Pour cela, l’ancien Chef d’Etat compte mener une réforme “à deux niveaux, d'abord au niveau du secrétariat, puis au niveau des États membres”, s’il est élu à la tête de l’institution. Le premier niveau de réforme va concerner l'organisation, ellemême. Macky Sall préconise une réforme du fonctionnement. Pour cela, il entend prendre des mesures fortes “pour réduire les duplicités, les superpositions de mandats ou même de structures, ce que l'organisme peut prendre en charge directement pour optimiser, pour rationaliser et également pour faire en sorte que le fonctionnement se fasse de la meilleure des façons”.
Le second niveau, le plus ardu, va engager les États membres. Le candidat s’explique : “C'est d'abord comment les États membres comptent financer l'activité des Nations unies sur la base des rationalisations déjà faites antérieurement. Mais également comment l'ONU, elle-même, va évoluer avec l'ouverture possible du Conseil de sécurité qui doit refléter le monde d'aujourd'hui”.
Mais c’est là où le bât blesse, car, il le dit lui-même, “c'est un grand débat qui est engagé depuis 92”. En effet, il s’agit de faire en sorte que le Conseil s'élargisse un peu plus en intégrant des pays, surtout du Sud global, qui ne sont pas bien représentés. “Comment également répondre à la demande des autres grands pays, comme le groupe des quatre ? Et de façon générale, comment cette réforme peut être menée de façon consensuelle, tout en gardant l'esprit d'efficacité du Conseil ? Parce qu'il ne s'agit pas aussi d'ouvrir pour après être bloqué. Mais toute cette problématique, elle sera sur la table, mais avec les États membres”, dit-il.
Donc, aux yeux de Macky Sall, “c'est le moment pour l'Afrique de revenir en première ligne en servant cette organisation, puisque, dit-il, les défis majeurs de la sécurité et de la paix aujourd'hui, la plupart du temps, se font en Afrique. Bien sûr, poursuit-il, avec les crises récentes, l'Afrique n'est plus vraiment le terrain de prédilection des crises parce qu'on le voit en Europe avec l'Ukraine, la Russie, on le voit dans le Moyen-Orient, on le voit aujourd'hui avec l'Iran et aussi les États-Unis et Israël. Mais avoir un Africain aujourd'hui à la tête de l'organisation, ça fait sens, dans le sens où on parlerait aussi au nom du Sud global et surtout, il s'agirait aussi de travailler sur tous les problèmes du monde”.






