NETTALI.COM - Depuis hier jeudi 26 mars, un courrier circule dans les 54 capitales africaines. Il porte le nom de Macky Sall. Les chefs d'État ont jusqu'à ce soir pour dire non. Il en faudrait 18. Autant dire que c'est plié.
Le courrier est parti d'Addis- Abeba le 26 mars. Il a atterri sur les bureaux des 54 chefs d'État membres de l'Union africaine. Son objet : valider la candidature de l'ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies. La règle est implacable et favorable à Macky Sall. En diplomatie continentale africaine, on appelle ça la procédure silencieuse : qui ne dit rien consent. Pour invalider la décision, il faudrait que 18 pays sur 54 se prononcent explicitement contre avant la clôture des travaux ce soir. C'est peu probable. Très peu probable.
La mécanique continentale
C'est le Bureau de la Conférence de l'Union africaine composé des représentants des différentes régions du continent qui a enclenché la machine. Réuni le 26 mars sous la présidence de S.E. Évariste Ndayishimiye, Président du Burundi et Président en exercice de l'UA, il a adopté une résolution de soutien à Macky Sall et la soumise aux chefs d'État. Ceux qui ne réagissent pas sont réputés consentir. Les autres doivent se manifester explicitement. Et ils doivent être au moins 18 pour faire capoter le processus.
Le document consulté par exhorte explicitement “les membres permanents et non permanents du Conseil de sécurité” à accorder une considération favorable à la candidature africaine un appel direct aux cinq détenteurs du droit de veto. Il rappelle le profil de Macky Sall : son “expérience de leadership reconnue”, ses “approches pragmatiques”, son “engagement à rechercher le consensus entre les nations”. Autant d'arguments que son équipe de campagne en partie souterraine s'emploie à faire valoir dans les chancelleries.
Car derrière la candidature, il y a une véritable task force : Oumar Demba Ba, ancien conseiller diplomatique et Mankeur Ndiaye, ancien ministre des Affaires étrangères, pilotent avec leurs équipes, un lobbying discret mais méthodique.
Dakar contraint au silence
La situation du Sénégal est pour le moins inconfortable. Le régime de Diomaye Faye a accusé Macky Sall d'avoir eu la main lourde sur les manifestations de l'opposition, près d'une centaine de morts dans les répressions contre les partisans du Pastef, aujourd'hui au pouvoir. Soutenir ouvertement sa candidature à la tête de l'ONU serait politiquement suicidaire pour un gouvernement qui a bâti toute sa légitimité sur la dénonciation de ces années de plomb. Et pourtant.
Car bloquer la candidature exigerait que Dakar mobilise 17 autres pays africains contre un effort diplomatique colossal que personne ne semble prêt à consentir. Comme nous l'avions révélé, Macky Sall a dû contourner son propre pays, activant le plan B via le président burundais, après que Dakar n'a donné aucune suite à sa lettre du 5 février adressée en main propre au président Diomaye Faye. Des chefs d'État africains ont même dépêché leurs ministres des Affaires étrangères à Dakar pour forcer la main, sans résultat.
Tout porte à croire que Dakar choisira le silence, consentant ainsi sans l'avouer. Qui bloque qui, qui fait quoi : un vrai jeu d'ombres dans les coulisses de la diplomatie sénégalaise.
Bachelet lâchée par son propre pays
L'adoubement africain tombe au moment où le camp adverse vacille. Le 24 mars, Santiago retirait son soutien à Michelle Bachelet. Le nouveau gouvernement d'extrême droite de José Antonio Kast a retiré le soutien du Chili à la candidature de l'ancienne présidente socialiste, estimant que la fragmentation des candidatures latino-américaines et les différences avec certains acteurs clés du processus rendaient cette candidature non viable. Sous-entendu : le coût diplomatique face à Washington était trop élevé. Kast avait publiquement relevé durant sa campagne les réserves de Washington sur Bachelet et son alignement avec l'administration Trump rend une confrontation avec Washington sur ce dossier peu probable.
Bachelet, 74 ans, poursuit néanmoins sa candidature avec le soutien du Brésil et du Mexique. Rafael Grossi, de l'Argentine, n'est pas mieux loti : sa déclaration selon laquelle aucune preuve n'existe que l'Iran développe l'arme nucléaire le place en contradiction directe avec la ligne dure de Washington sur le dossier iranien. Rebeca Grynspan, portée par le Costa Rica, et Virginia Gamba, présentée par les Maldives, complètent un champ de bataille à cinq.
L'équation du Conseil de sécurité
Macky Sall aborde la phase décisive avec trois atouts que ses concurrents n'ont pas : le soutien unanime du continent africain, des relations préservées avec Moscou - le Sénégal s'était abstenu lors du vote onusien de mars 2022 sur l'invasion de l'Ukraine, et une fenêtre ouverte avec l'administration Trump depuis ses échanges de Washington en février 2025.
Reste l'épreuve ultime : neuf voix sur quinze au Conseil de sécurité, et pas un seul veto parmi les cinq permanents. Les dialogues interactifs de la semaine du 20 avril diront si l'homme du consensus africain peut aussi devenir l'homme du consensus mondial. S'il y parvient, il sera le deuxième Africain à diriger l'ONU après le Ghanéen Kofi Annan.
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