NETTALI.COM - Réunis à Paris ce jeudi 26 mars, les six conseils de la Fédération sénégalaise de football (FSF) ont fait front commun au lendemain du dépôt de leur mémoire d’appel auprès du Tribunal arbitral du sport. Entre dénonciations de procédures "abracadabrantesques" et annonces de plaintes pour corruption, la défense sénégalaise passe à l'offensive.

Le bras de fer juridique entre le Sénégal, la Confédération africaine de football (CAF) et le Maroc entre dans une phase cruciale. Devant un parterre de journalistes présents à Paris ce jeudi 26 mars, le pool d’avocats international mandaté par la FSF a exposé une stratégie de défense musclée, fustigeant une gestion de dossier jugée partiale et chaotique par les instances africaines.

"Un braquage administratif"

En ouverture, le président de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Fall, a immédiatement donné le ton, plaçant le débat sur le terrain de la souveraineté sportive et de la justice
"L'heure est grave. Face à ce qui s'apparente à un braquage administratif le plus grossier de l'histoire, la Fédération sénégalaise de football ne compte pas se laisser faire (...) Il s'agit de défendre nos joueurs spoliés de leur victoire sur le terrain, l'intérêt du football africain et de nos prisonniers victimes d'un chantage diplomatique injustifiable", a dénoncé le patron du football sénégalais.

Une procédure en visio, sans plaidoirie et sans levée de séance

Maître Seydou Diagne, figure centrale de ce pool d'avocats venus du Sénégal, de France, d'Espagne et de Suisse, n'a pas mâché ses mots concernant le verdict rendu en appel par la CAF. Selon lui, le fondement même de la décision est inexistant.
"La décision du Jury d'Appel ne peut même pas être considérée comme une vraie décision tellement elle est absurde et irrationnelle. C'est une atteinte inadmissible au droit", a déploré la robe noire.

L'avocat a ensuite livré un récit surréaliste du déroulement de l'audience devant le Jury d'Appel, qualifiant l'organisation de simulacre. "9 jours après, la présidente de la juridiction n'a pas encore levé la séance. On nous convoque à 7h du matin sur Zoom. 6 à 7 minutes de plaidoirie préliminaire le temps de présenter les membres de la défense, la présidente nous pose deux questions. Elle en fait de même avec la partie marocaine. Ensuite on nous dit qu'on va nous mettre en salle d'attente. L'audience n'a pas repris. Ce sont les Marocains, rentrés chez eux, qui nous ont indiqué que l'audience était terminée. C'était abracadabrantesque. On a appelé au Caire, on nous a dit que l'audience était terminée", dit-il.

Le Maroc débouté sur deux de ses quatre demandes

Au-delà de la forme, Maître Diagne a alerté sur les conséquences d'un tel précédent pour le football mondial, estimant que les textes fondamentaux ont été bafoués. "Violer de façon aussi effrontée les Lois 5 et 6 du jeu, si le monde du football laisse faire, le vainqueur de la prochaine Coupe du monde pourra se faire dans les bureaux de la FIFA", a-t-il ajouté.

Il a également révélé les dessous des exigences marocaines, précisant que si la victoire sur tapis vert a été actée, la CAF n'a pas accédé à toutes les demandes du Royaume chérifien : "Une chose qui n'est pas connue du grand public. Le Maroc a demandé 4 choses : Constater que le Sénégal s'est retiré, constater la victoire 3-0 sur tapis vert, que le titre soit retiré au Sénégal, que les récompenses lui soit données (Coupe, médailles, prize money). Les deux dernières demandes ont été rejetées. Dans le dispositif qui nous a été notifié, le Jury d'Appel a rejeté les deux dernières demandes. Il n'y a à ce jour aucune décision du Jury d'Appel qui ordonne de restituer les médailles et le trophée (…) Ils doivent nous envoyer la décision notifiée. Le secrétariat général de la CAF a demandé au Jury d'Appel de faire parvenir la décision motivée. Cela fait 9 jours, que nous ne l'avons pas."

Vers une enquête pénale internationale

L'affaire prend désormais une tournure judiciaire extra-sportive. Maître Diagne a annoncé l'intention de la FSF de porter l'affaire devant les tribunaux pénaux.
"Une plainte pour corruption va être déposée contre cinq personnes (…) Nous n'accusons pas le Royaume du Maroc. Mais, nous avons des éléments légitimes pour demander l'ouverture d'une enquête pénale internationale", a précisé Me Diagne.

Le calendrier du TAS à définir

Enfin, Maître Serge Vittoz a précisé les prochaines étapes devant le Tribunal arbitral du sport à Lausanne. L'objectif est d'obtenir une décision rapide, bien que cela dépende du bon vouloir des parties adverses .
"Une procédure au TAS dure entre 9 et 12 mois. L'idée est de demander une procédure accélérée. Mais il faut pour cela que toutes les parties soient d'accord pour cette procédure. On verra quelles seront les positions des autres parties, à savoir la Confédération africaine de football et la Fédération royale marocaine de football. Si une procédure accélérée était acceptée, on pourrait avoir un verdict dans les 2 mois", a-t-il fait savoir.

Le Sénégal espère désormais que le droit du sport reprendra le dessus sur les "arrangements de bureaux", dans une affaire qui ébranle durablement les institutions du football continental et qui devrait encore faire parler pendant quelques mois.