NETTALI.COM - Les élections municipales françaises, dont le second tour s’est tenu ce dimanche 22 mars, ne sont pas une affaire intérieure que l’Afrique de l’Ouest pourrait regarder de loin. À treize mois d’une présidentielle française qui redessinera les rapports entre Paris et le continent, les résultats de ce scrutin méritent d’être lus depuis Dakar.
La première lecture des résultats des élections municipales françaises est démographique. Elles ont mis en lumière une évolution notable du paysage politique local français, avec l’émergence d’une nouvelle génération de maires et de candidats ayant des liens biographiques avec l’Afrique subsaharienne. Pas moins de six candidats originaires d’Afrique subsaharienne — Cameroun, Mali, Mauritanie, Sénégal, Togo — ont été directement élus maires, dès le premier tour. Des fils et filles de la diaspora qui accèdent aux leviers de gestion des villes françaises. Pour les familles sénégalaises installées en France, c’est une réalité nouvelle.
La deuxième lecture est stratégique, et elle commence par la LFI. Le parti de Mélenchon, dont les alliances au second tour ont été sanctionnées dans plusieurs grandes villes, reste néanmoins une force que la gauche française ne peut ignorer. Pour Dakar, LFI n’est pas un parti comme les autres : dès 2022, le Pastef a pris contact avec LFI, avec qui il partage des valeurs sur la défense des peuples contre l’oligarchie et le partage des richesses, selon Alioune Sall, coordinateur de Pastef France devenu depuis ministre de la Communication du gouvernement Sonko.
LFI est le seul parti qui a pris une position sans ambiguïté en faveur du Pastef durant la période 2021-2024 sous Macky Sall. En mai 2024, Mélenchon s’est rendu à Dakar sur invitation de Sonko. Ce dernier a remercié publiquement le mouvement pour son soutien constant, sans arrière-pensées, au nom de la défense de la liberté, de la démocratie et de la justice. Les deux hommes ont même proposé une collaboration pour un forum sur un nouvel altermondialisme. Un axe Dakar-Paris insoumis dont les municipales 2026 ne feront ni le succès ni l’échec — mais dont l’issue de la présidentielle 2027 dira l’avenir.
La présidentielle française de 2027 se jouera en partie sur la politique africaine. Édouard Philippe, réélu au Havre, sort renforcé et demeure la figure la plus crédible d’un centre-droit pragmatique. Le RN, dont la vision de l’Afrique reste chargée d’arrièrepensées, progresse dans les villes moyennes sans percée dans les grandes agglomérations. Le macronisme, lui, confirme ses difficultés chroniques à s’implanter localement.
La bipolarisation qui se dessine préfigure une présidentielle 2027 à la configuration encore indécise. Accords de défense, présence militaire française, avenir du franc CFA, politique migratoire : autant de dossiers qui impactent directement dans le quotidien des Sénégalais. Ces municipales ne décident de rien pour l’Afrique. Mais elles dessinent le rapport de forces dont sortira le prochain locataire de l’Élysée. Et ça, depuis Dakar, ça compte.
EnQuête






