NETTALI.COM - En Guinée, le gouvernement a annoncé, dans la nuit de vendredi à ce samedi 7 mars, la dissolution de quarante partis politiques, notamment les trois plus importants, à savoir le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), de l'ancien président Alpha Condé, l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo et l'Union des forces républicaines (UFR), de l'ancien Premier ministre Sidya Touré. Selon l'arrêté, ces formations politiques ont été dissoutes pour non-conformité avec la nouvelle législation guinéenne adoptée le 21 septembre 2025.
En Guinée, les formations politiques avaient normalement jusqu’au 25 mai pour actualiser leurs statuts et règlements intérieurs, organiser des congrès de mise en conformité et produire des justificatifs de siège dans chaque préfecture du pays. Le régime de Mamadi Doumbouya leur a coupé l’herbe sous les pays en décidant de leur dissolution.
La décision a été annoncée à la télévision nationale, où les noms des quarante partis politiques dissous ont été cités. L'arrêté, signé le 6 mars par Ibrahima Kalil Condé, ministre de l'Administration du territoire et de la décentralisation, précise que ces formations n'ont désormais plus le droit d'exercer des activités politiques. "La présente dissolution entraîne la perte immédiate de la personnalité morale et du statut juridique des formations politiques concernées", peut-on lire dans le document officiel.
L'État a également annoncé la mise sous séquestre de tous les biens de ces partis sur l'ensemble du territoire guinéen.
Réactions mitigées : Entre indignation et soutien au régime
Cette décision a suscité de vives réactions au sein de la classe politique guinéenne. Du côté de l'opposition, les critiques sont virulentes. Souleymane Souza Konaté, porte-parole de l'UFDG, dénonce une "mesure qui contraint les partis politiques à la clandestinité". "Depuis la nuit dernière, toutes les lignes rouges ont été franchies en Guinée. La dissolution des partis politiques représentatifs du peuple guinéen – ceux qui incarnent près de 95 % de nos compatriotes – constitue le dernier acte d'une véritable parodie politique dont l'objectif est l'instauration d'un parti unique, en Guinée, et l'isolement définitif de toutes les voies discordantes".
Son leader Cellou Dalein Diallo s’est montré plus véhément : “Mamadi Doumbouya vient d’ajouter à son sinistre bilan de restrictions des libertés publiques et de violations des droits humains la décision injuste de dissolution des partis politiques les plus représentatifs de la scène politique. N’ayant aucune légitimité quelconque ni la moindre assise électorale ou politique, Mamadi Doumbouya et son clan malfaisant voudraient réécrire l’histoire du pays en effaçant du paysage politique toutes les forces susceptibles de porter ombrage à son PartiÉtat en cours de formation. On affiche fièrement une volonté claire et morbide d’instaurer la pensée unique, un parti-État afin de consacrer un exercice solitaire du pouvoir au détriment de la souveraineté populaire”.
Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) est tout aussi outré, évoquant un "constat bien plus que sombre". "À présent, la junte se dirige sans doute vers la mise en marche d'un système de parti-Etat qui malheureusement nous rappelle un passé sombre de la Guinée, dans les années 1960. Cette situation vient de s'ajouter à une longue liste de répression des libertés publiques, notamment la disparition forcée, les enlèvements, les emprisonnements des responsables politiques et sociaux, entre autres. Donc, sans doute le pays s'enfonce dans une incertitude. C'est un constat, bien plus que sombre."
Cependant, les soutiens du régime saluent cette décision, y voyant une "volonté d'assainir le paysage politique guinéen". Alsény Sékou Bangoura, leader du mouvement Génération pour la modernité et le développement (GMD), affirme que "la dissolution de certains partis politiques ne doit pas être interprétée comme une volonté de restreindre la démocratie. Elle s'inscrit dans une logique de respect des lois et de l'assainissement du paysage politique guinéen."
Pour l'heure, le gouvernement n'a pas encore réagi officiellement à ces vives critiques. Mais cette dissolution massive de partis politiques, à quelques mois des élections législatives, locales et sénatoriales prévues le 24 mai prochain, semble marquer un tournant décisif dans la vie politique guinéenne.






