NETTALI.COM - Une crise ouverte secoue le secteur des hydrocarbures au Sénégal. En cause, le paiement d’une redevance de 0,2 FCFA par litre destinée au financement de la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE). Face au refus des opérateurs de s’en acquitter dans les conditions actuelles, l’État durcit le ton, faisant planer la menace d’un blocage des comptes bancaires des sociétés distributrices.

Le différend oppose l’État aux acteurs du secteur des hydrocarbures autour d’une redevance de 0,2 FCFA par litre de carburant, destinée à assurer le fonctionnement de la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE). Contestée dans sa forme actuelle par les professionnels, cette taxe est au cœur d’un bras de fer aux conséquences potentiellement lourdes pour l’économie nationale.

Selon des sources proches du dossier, face au refus persistant des sociétés pétrolières de s’acquitter de cette redevance, l’État a décidé de passer à la vitesse supérieure. La CRSE a déjà adressé des mises en demeure aux entreprises concernées et s’apprête à enclencher la procédure d’Avis à Tiers Détenteur (ATD). Ce mécanisme permettrait de bloquer directement les comptes bancaires des distributeurs afin de recouvrer les sommes jugées dues.

Une perspective qui suscite une vive inquiétude dans le secteur, déjà fragilisé par des marges commerciales jugées insuffisantes.

Le président de l’Association sénégalaise des pétroliers (ASP), Ameth Guissé, dénonce une démarche qu’il qualifie de tentative d’« asphyxier toute une industrie ». Il précise que les opérateurs ne contestent pas le principe même de la redevance, mais réclament son intégration immédiate dans la structure officielle des prix des carburants.

« Sans cette intégration, la charge supplémentaire viendrait grever des marges déjà trop faibles », explique-t-il, soulignant l’impossibilité pour les entreprises d’absorber seules ce nouveau prélèvement.

Au-delà de la question de la taxe, les acteurs du secteur pointent le fonctionnement même de la CRSE, rattachée à la présidence de la République et non au ministère de l’Énergie. Ameth Guissé évoque notamment des retards de plus de six mois dans les remboursements de la caisse de péréquation, un mécanisme censé compenser les écarts de prix.

Ces retards contraindraient les sociétés pétrolières à recourir massivement à l’endettement pour maintenir leurs activités, fragilisant davantage un secteur stratégique pour l’économie nationale.

Les pétroliers alertent enfin sur les conséquences d’un éventuel blocage de leurs comptes bancaires. Une telle mesure pourrait, selon eux, entraîner un arrêt brutal de la distribution de carburant, avec un risque réel de paralysie de l’économie sénégalaise.

Alors que le bras de fer s’intensifie, les professionnels appellent les autorités à un dialogue urgent afin de trouver une issue concertée, évitant une crise énergétique aux répercussions sociales et économiques majeures.