NETTALI.COM - L’économie sénégalaise en 2025 est une économie en difficulté, et cela se prolonge même en 2026. C’est du moins l'avis de Souleymane Astou Diagne, docteur en sciences économiques. Invité de l’émission "Jury du dimanche", M. Diagne propose de pacifier l'espace public pour renforcer la confiance et permettre aux investisseurs de revenir.
L’économie sénégalaise traverse une zone de turbulences majeures en 2025, une situation précaire qui semble s’étendre jusqu’en 2026 selon l’analyse du docteur en sciences économiques Souleymane Astou Diagne. Invité de l’émission "Jury du Dimanche", l’économiste a dressé un bilan sans complaisance de la santé financière du pays. Il affirme que « l’économie sénégalaise en 2025 est une économie en difficulté sévère et les difficultés sont en train de se prolonger pour l’année 2026. 2025 a été une année très chaotique sur le plan économique au Sénégal ».
Pour expliquer ce marasme, Dr Diagne pointe du doigt une série de décisions politiques et administratives qu’il juge contre-productives. « Le gouvernement a commis d’énormes erreurs. Le fait d’arrêter par exemple le BTP, de faire de la fiscalité un instrument de manière démesurée, d’avoir un discours qui n’est pas apaisé, ça a eu des effets sur l’économie »,, a-t-il précisé.
Selon lui, le climat de tension globale, marqué par l’incarcération de capitaines d’industrie et l’absence de réformes structurelles dans l’éducation ou les infrastructures, a freiné l’élan national. Il soutient notamment que l’arrêt des chantiers a asphyxié l’activité économique, provoquant une contraction inédite du produit intérieur brut et une envolée de la dette.
L’expert souligne également un déséquilibre structurel profond entre la répartition de la force de travail et la création de richesse. Il fait notamment remarquer que « nous sommes dans une économie dominée par le secteur tertiaire alors que la majorité des Sénégalais sont dans le secteur primaire. Aujourd’hui quand vous prenez la population active au Sénégal, on est un peu plus de 6 millions à être actifs. Et 70% de ces populations actives travaillent dans le secteur primaire et le secteur primaire ne produit que 15% du PIB, donc des millions de Sénégalais ont une productivité très faible ».
Le problème est accentué par un accès au crédit quasi inexistant pour les moteurs de la croissance. « Le secteur primaire ne concentre que 2% du financement bancaire de notre économie et c’est un secteur qui emploie des millions de Sénégalais. Alors quand on prend 2% de financement pour un secteur aussi important comme l’agriculture, la pêche et l’élevage, on comprend pourquoi il n’y a pas d’industrialisation parce que le secteur primaire aujourd’hui est quasiment inexistant grâce et sa productivité très faible », a-t-il déploré.
Le constat est tout aussi amer pour les petites et moyennes entreprises : « Aujourd’hui le taux de financement des PME et PMI, c’est 35% de ces entreprises qui trouvent un financement », là où un pays comme le Maroc affiche un taux de 80%.
Dr Diagne dénonce par ailleurs un « effet d’éviction » provoqué par l’État qui, en multipliant les appels publics à l’épargne sur le marché régional, capte les ressources au détriment du secteur privé.
Pour redresser la barre, l’économiste préconise une thérapie de choc basée sur le retour de la sérénité. « Si on veut changer la donne, il faut restaurer la confiance et la restauration de la confiance ça ne se décrète pas, ça va passer non seulement par pacifier le discours politique, libérer les gens qui sont en prison, ça va passer également par relancer l’économie, enlever toutes les restrictions qui étaient sur le bâtiment, sur les autres secteurs. Également adoucir un peu la fiscalité », a-t-il martelé.
Souleymane Astou Diagne insiste sur l’urgence de « pacifier l’espace public pour renforcer la confiance, permettre aux investisseurs de revenir » afin de sortir le Sénégal de l’ornière économique.






