NETTALI.COM - Incarcéré depuis près de onze mois, le député-maire des Agnams, Farba Ngom, se retrouve au cœur d’une nouvelle controverse. Lors d’un point de presse, la ministre de la Justice, Yassine Fall, a accusé l’opposant de détention illégale de téléphones portables en prison et d’échanges à caractère politique susceptibles de troubler l’ordre public. Des accusations rejetées implicitement par ses soutiens, dans un contexte marqué par de vives tensions politico-judiciaires.

La ministre de la Justice et garde des Sceaux, Yassine Fall, a levé un coin du voile sur ce qu’elle qualifie de « faits graves » impliquant le député de l’Alliance pour la République (APR) et maire des Agnams, Mouhamadou Ngom, dit Farba Ngom, détenu depuis fin février 2025.

S’exprimant devant la presse, Mme Fall a accusé le parlementaire incarcéré depuis près de onze mois de détention frauduleuse de téléphones portables en milieu carcéral, mais aussi de communications et de manœuvres à caractère politique pouvant, selon elle, menacer l’ordre public. Elle a annoncé, dans la foulée, l’ouverture d’« enquêtes approfondies ».

Farba Ngom est poursuivi dans le cadre de deux procédures distinctes, portant notamment sur des faits d’association de malfaiteurs, de blanchiment de capitaux et d’escroquerie sur des deniers publics. Les montants en cause s’élèveraient à 31,8 milliards et 91,6 milliards de francs CFA, a précisé la ministre.

En raison de problèmes de santé invoqués par sa défense, l’élu avait été transféré depuis plusieurs mois dans un pavillon spécial, afin de bénéficier d’un suivi médical adapté.

Selon Yassine Fall, une fouille effectuée le 28 décembre 2025 dans la cellule du pavillon spécial aurait permis de découvrir deux téléphones portables en possession du détenu. « Le détenu Farba Ngom a été trouvé porteur de deux téléphones qu’il détenait frauduleusement », a-t-elle déclaré.

La ministre affirme que ces appareils ont servi à des communications structurées et transfrontalières, impliquant plusieurs pays, notamment le Maroc, le Mali, l’Autriche, le Bangladesh et les États-Unis. Elle soutient également que les téléphones auraient été utilisés pour des opérations financières, tant au niveau national qu’international.

Plus grave encore, Mme Fall évoque des échanges réguliers avec des journalistes et des responsables politiques, portant sur des «manœuvres et complots à caractère politique susceptibles de troubler l’ordre public ».

La ministre de la Justice a également remis en cause la gravité de l’état de santé invoqué par la défense de Farba Ngom. Selon elle, des « éléments objectifs » attesteraient d’une activité soutenue et constante du détenu, incompatible avec l’image d’un prisonnier dont l’état serait critique.

Ces déclarations interviennent alors que les avocats de M. Ngom, appuyés par des proches et des organisations de défense des droits humains, alertent depuis plusieurs mois sur une détérioration de son état de santé. Des expertises médicales récentes auraient conclu à une incompatibilité avec la détention carcérale, après expertise et contre-expertise exigées par les autorités judiciaires.

Sur le plan judiciaire, le dossier reste extrêmement tendu. Lundi dernier, le juge du Pool judiciaire financier (PJF) avait accordé à Farba Ngom une liberté provisoire sous contrôle judiciaire. Toutefois, le parquet a immédiatement interjeté appel de cette décision, entraînant la suspension automatique de sa mise en liberté. L’opposant demeure donc en détention.

Cette nouvelle sortie de la ministre de la Justice relance le débat sur la séparation des pouvoirs, les conditions de détention des détenus politiques présumés et l’équilibre entre exigences de sécurité publique et respect des droits fondamentaux, dans un climat politique de plus en plus polarisé.