NETTALI.COM - Alors que la Cour suprême a été saisie dans le cadre d’une demande de révision du procès dit du Prodac opposant l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko à l’ancien ministre de la Jeunesse, Mame Mbaye Niang, ce dernier sort de sa réserve et fait de lourdes révélations. Dans un entretien accordé à L’Observateur, il remet frontalement en cause la procédure en cours, conteste l’existence d’un rapport incriminant de l’Inspection générale des finances (IGF) et accuse le pouvoir politique de vouloir instrumentaliser la justice.
L’affaire Prodac, qui a longtemps structuré le bras de fer politico-judiciaire entre Ousmane Sonko et Mame Mbaye Niang, connaît un nouvel épisode à haute intensité. Saisie pour une éventuelle révision du procès, la Cour suprême est aujourd’hui au cœur d’une controverse ravivée par les déclarations fracassantes de l’ancien ministre sous le régime de Macky Sall.
Selon Mame Mbaye Niang, la procédure est loin d’être arrivée à son terme. Il affirme que la Cour suprême ne s’est pas encore prononcée sur la tenue d’une audience.
« La Cour suprême n’envisage pas encore de se réunir pour statuer. C’est le Procureur général qui a saisi les deux parties en communiquant son mémoire avec des pièces », a-t-il déclaré.
L’ancien ministre précise que ses conseils juridiques sont déjà à pied d’œuvre pour répondre point par point aux arguments du ministère public.
« Mes avocats vont apporter des contradictions sur les fausses informations relevées », assure-t-il, dénonçant ce qu’il considère comme une procédure biaisée dès l’origine.
Dans un ton particulièrement virulent, Mame Mbaye Niang met directement en cause le rôle de l’exécutif dans la relance du dossier.
« La position du Procureur émane du ministre de la Justice qui a décidé de rouvrir ce procès. C’est une grosse farce qui n’aura pour résultat qu’une volonté manifeste d’affaisser la justice sénégalaise », accuse-t-il.
Pour l’ancien ministre, la réouverture du dossier ne répond pas à une exigence juridique mais à une logique politique, ce qui constituerait, selon lui, une atteinte grave à l’indépendance de l’institution judiciaire.
Au centre de la polémique figure un supposé rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) qui aurait mis en cause la gestion du Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac). Un document dont l’existence même est vigoureusement contestée par Mame Mbaye Niang.
« Le rapport de l’IGF dont les gens parlent a été approuvé par le ministre des Finances, Cheikh Diba », affirme-t-il, avant d’apporter des précisions qu’il juge essentielles.
Selon lui, les investigations évoquées ne relèvent nullement d’un rapport incriminant, mais d’une simple vérification administrative.
« Il n’y a pas de rapport Prodac. Il s’est agi d’une vérification du marché clé en main avec Green des domaines agricoles », soutient-il, rappelant qu’une réquisition de la police adressée au coordonnateur du programme avait déjà conclu à l’inexistence d’un tel rapport.
L’ancien ministre s’attaque également à la cohérence temporelle des accusations portées contre lui.
« Un rapport qu’on a approuvé en 2024 ne pouvait pas exister en 2021 ou 2022 », argue-t-il, dénonçant ce qu’il qualifie de manipulation de l’opinion publique.
Il va plus loin en contestant le champ de compétence même de l’IGF dans une affaire impliquant un ministre.
« Un rapport de l’IGF qui incrimine un ministre, ce n’est pas possible. Je ne suis pas dans le champ d’action de l’IGF », martèle-t-il.
Visiblement agacé, Mame Mbaye Niang appelle à plus de rigueur dans le traitement de ce dossier sensible.
« Il faut arrêter ces manipulations-là et vouloir divertir les gens. Il faut être sérieux », lance-t-il, estimant que l’affaire est exploitée à des fins politiques au détriment de la crédibilité des institutions.
Il conclut sur une mise en garde solennelle : « Nous n’avons pas le droit d’affaisser la justice, surtout quand il s’agit de quelqu’un qui est supposé être un homme d’État et qui occupe de grandes fonctions ».
Cette sortie médiatique relance un dossier hautement symbolique, à la croisée du judiciaire et du politique, dans un contexte où la question de la reddition des comptes, de l’indépendance de la justice et de la révision des procès emblématiques continue d’alimenter le débat public au Sénégal.






