NETTALI.COM - Pour la deuxième fois seulement depuis l’indépendance, des ministres de la République du Sénégal sont appelés à répondre de leurs actes devant la Haute Cour de justice. Après le précédent historique de 1962 impliquant le Premier ministre Mamadou Dia, deux anciens membres du gouvernement de Macky Sall, Ismaïla Madior Fall et Aïssatou Sophie Gladima, seront jugés pour des faits présumés de corruption et de détournement de deniers publics. Une étape majeure dans le processus de reddition des comptes engagé par les nouvelles autorités.

L’histoire institutionnelle du Sénégal s’apprête à connaître un nouveau jalon. Soixante-quatre ans après le procès du Premier ministre Mamadou Dia, accusé en 1962 de tentative de coup d’État sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, la Haute Cour de justice sera de nouveau saisie de dossiers visant d’anciens ministres en exercice.

La commission d’instruction de la Haute Cour de justice, réunie le 7 janvier 2026, a décidé de renvoyer devant la juridiction de jugement les dossiers de l’ancien ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, et de l’ancienne ministre des Mines et de la Géologie, Aïssatou Sophie Gladima.

La commission d’instruction, placée sous la direction du premier président de la Cour d’appel de Dakar, Abdoulaye Ba, a ainsi clos la phase d’instruction concernant ces deux anciens membres du gouvernement. Cette décision marque l’aboutissement d’un processus judiciaire enclenché dans le cadre de la reddition des comptes, devenue un axe central de la gouvernance actuelle.

Aïssatou Sophie Gladima est poursuivie pour détournement présumé de deniers publics, dans une affaire liée à la gestion du fonds Force Covid-19, mis en place pour faire face aux conséquences sanitaires et économiques de la pandémie. De son côté, Ismaïla Madior Fall, ancien garde des Sceaux, est mis en cause pour des faits de corruption et pratiques assimilées, des accusations qu’il a toujours contestées.

La Haute Cour de justice, juridiction constitutionnelle d’exception, est compétente pour juger les infractions commises par le président de la République et les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions. À ce stade de la procédure, la Cour sera composée de 8 juges titulaires élus par l’Assemblée nationale.

Elle sera présidée par le premier président de la Cour suprême. Sur les huit députés appelés à siéger comme juges, un seul est issu de l’opposition, les autres appartenant à la mouvance présidentielle, un équilibre qui ne manquera pas d’alimenter le débat politique et juridique sur l’indépendance et l’impartialité de la juridiction.

Le ministère public sera représenté par le procureur général près la Cour suprême, garant de l’action publique dans cette procédure hautement sensible.

Ce renvoi devant la Haute Cour de justice constitue un événement rare et symboliquement fort dans la vie politique sénégalaise. Il intervient dans un contexte marqué par une forte attente citoyenne en matière de transparence, de justice et de lutte contre l’impunité, après des années de controverses sur la gestion des ressources publiques.

Pour de nombreux observateurs, ce procès à venir sera un test décisif pour la crédibilité du processus de reddition des comptes, mais aussi pour la capacité des institutions à juger, en toute sérénité, d’anciens responsables au sommet de l’État.