NETTALI.COM - Face aux paysans du Bassin arachidier avant-hier, lundi 5 janvier 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko n’a pas été tendre avec son ministre des Finances et du Budget qu’il accuse d’être à responsable du flop dans le financement de la campagne de commercialisation de l’arachide. Retour sur une relation pas du tout facile entre les deux hommes.
Un Ousmane Sonko sans filtre. Face aux acteurs de la filière arachidière à Kaolack et Kaffrine, il n’y est pas allé du dos de la cuillère. Cette fois, sa principale cible est le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba. Le PM le tient pour principal responsable des couacs dans le financement de la campagne agricole en cours. La vérité, selon lui, est qu’il y a eu des défaillances dans le financement de la campagne. “…Moi, ce n'est pas mon problème de savoir comment vous faites pour trouver des solutions. Mais lui, le ministre des Finances qu’on a nommé à ce poste, son rôle est de trouver des solutions”, peste le Premier ministre qui indexe le défaut d’anticipation des problèmes.
S’il y a des difficultés dans la mobilisation des fonds, estime le Premier ministre, le département doit faire preuve d’ingéniosité dans la recherche de solutions. “Le financement doit être mobilisé avant l'ouverture de la campagne. S’il y a des obstacles dans la mise en oeuvre des schémas prévues, il faut chercher d'autres solutions. L’ingénierie financière offre d’énormes possibilités…”, clame-il.
Le PM dégage ses responsabilités et accuse….
Et comme à son habitude, le PM s’est encore donné le bon rôle. C’est parce qu’il les a secoués que les services de Diba se seraient bougés pour trouver des solutions. “Entre hier et aujourd'hui, quand je les ai secoués, ils ont annoncé 50 milliards qui seront mobilisés d’ici le 16. Les dispositions qu'ils ont été prises pour y parvenir, s'ils l'avaient fait avant, on n’en serait pas là”, a-t-il précisé.
Il y a quelques jours à l’Assemblée nationale, le ministre des Finances et du Budget invitait les acteurs à travailler pour trouver des solutions structurelles aux maux qui gangrènent la filière. Pour lui, le système actuel n’est pas bon et il faut y remédier. “La solution ne peut pas toujours être budgétaire. On doit trouver des solutions dans les secteurs. Tant que nous demandons au ministère des Finances de se substituer à l’efficacité des secteurs, nous n’en sortirons pas. Il faut des solutions structurelles et je sais que si le ministre Mabouba Diagne est soutenu, il a des solutions”, avait réagi Cheikh Diba, lors du passage du ministre de l’Agriculture et de l’Elevage dans le cadre du marathon budgétaire.
Le choc entre le politique et la technique
A en croire Diba, le fait que l’État subventionne la filière aussi bien en amont qu’en aval, traduit un mal chronique qu’il faut soigner. Rappelant que le Gouvernement avait mis 40 milliards FCFA pour les intrants agricoles, 60 milliards pour les engrais, il avait ajouté que pour la commercialisation, il est prévu une enveloppe de 100 milliards, dont un montant de 88 milliards presque bouclé.
Alors que Diba peinait déjà à mobiliser 100 milliards dans un contexte de raréfaction des ressources, Ousmane Sonko met la barre encore plus haut pour satisfaire la demande paysanne. Son ambition, c’est de trouver 150 milliards et d’acheter 400 000 tonnes de graines au lieu des 250 000 prévues. “Je pense que les 50 milliards mobilisés sont encore insuffisants. La Sonacos doit jouer son rôle. Elle doit pouvoir non seulement acheter pour transformer, mais aussi stocker et même exporter ce qu’elle ne peut pas transformer.”
L’impact des mesures sur le déficit et la dette en question
La question, c’est quel impact ces mesures annoncées pourraient avoir sur les finances publiques ? En tout cas, le Premier ministre veut des solutions. Face aux députés, le ministre des Finances a toujours insisté sur la nécessité de maîtriser les dépenses publiques, à travers une bonne planification, pour ne pas tomber dans les dérives du passé. “…Si nous n’avons pas de déficit maîtrisé, nous n’allons pas réussir les objectifs fixés pour la maîtrise de la dette”, avait-il averti.
Des désaccords anciens
Entre Le Premier ministre et son ministre des Finances, le choc des styles semble criant. Avant le dernier remaniement qui avait emporté Ousmane Diagne et Jean B. Tine, respectivement anciens ministres de la Justice et de l’Intérieur, ils étaient nombreux les médias à estimer que le Premier ministre voulait également la tête de Diba. Jeune Afrique avait aussi écrit, il y a quelques semaines, que Diba avait manifesté son désaccord dans la gestion de l’audit des Finances publiques. Il avait même manifesté sa volonté de quitter le gouvernement avant d’être dissuadé par le président de la République avec lequel il est très proche.
D’autres sources soutiennent que ce n’est pas la seule fois que le ministre des Finances a manifesté sa volonté d’abandonner le navire. “A deux reprises, il a failli démissionner avant d’être retenu”, confient nos sources.
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