NETTALI.COM - Exit 2025, une année nouvelle s’ouvre avec comme toujours, ces vœux si idylliques de paix, de santé, de prospérité et de bonheur pour tous. Mais à la vérité, ce qui pourra nous aider à nous sortir de ce guêpier, c’est de prier davantage, mais surtout d’agir pour que notre pays rompe avec ce marasme économique, ces lamentations sans fin et ces clivages qui ne mènent nulle part sinon qu’à nous faire accuser davantage de retards.
Le président de la république lui, se projette déjà après avoir déclaré, lors de son discours à la nation, sur un ton à la fois ferme et rassembleur, qu’il fera tout pour servir l’intérêt général, préserver l’intégrité territoriale, les fondements de la république et sauvegarder la paix.
Un discours qui fait suite à sa tournée économique au cours de laquelle, il est allé s’enquérir des réalités de la partie sud du pays afin de mesurer les vrais enjeux de développement.
Lors de sa tournée, dans la zone sud, à la Zone militaire n°5, il a tenu à saluer le travail crucial des Forces de défense et de sécurité pour la pacification de la région, insistant sur les efforts constants de déminage et de sécurisation des frontières, tout en soulignant l'importance de la protection des civils et du soutien logistique au retour des personnes déplacées. A Nyassia, où il a partagé le repas des troupes et porté un toast en hommage à leur sacrifice, comme pour marquer sa proximité avec les unités déployées, il a réitéré la reconnaissance de la Nation envers le professionnalisme des soldats, réaffirmant son soutien total à ceux qui œuvrent quotidiennement pour l'unité nationale et la sécurité du territoire.
Il aurait en tout cas bien inconséquent de la part du président de la république, après cette expérience dans le sud, en tant que chef suprême des armées, de ne pas être préoccupé par la préservation de l’intégrité du territoire, le retour définitif de la paix en Casamance et par ricochet sur tout le territoire national. Il serait d’ailleurs en faute s’il le fait pas.
Mais, il n’aura pas fallu bien longtemps, dès le 1er janvier, pour entendre le Premier ministre, émettre sur une fréquence différente de celle du chef de l’Etat, en choisissant d’insister sur la reddition des comptes. C’était à Passy au cours d’un meeting. Le Premier ministre Ousmane Sonko a, en tout cas, dressé un réquisitoire sans concession contre la gestion de l'ancien régime. Sous les acclamations de la foule, il a réitéré sa détermination à poursuivre les auteurs de détournements de fonds, balayant toute idée d'oubli.
Que l’on comprenne bien, la fin de la reddition des comptes, a-t-elle déjà été décrétée ? Qui oserait y mettre fin ? De ce qui se donne à voir à travers les médias, elle est bel et bien en train de se poursuivre, mais certainement que le rythme pourrait ne pas convenir au PM ; ou alors que certains gros poissons que l’on croyait bien tenir, seraient en train de passer entre les mailles du filet. Mais cela, c’est à la justice d’en décider. A-t-on vraiment besoin de faire un tintamarre pour exercer la justice ? Il existe en effet pour son exercice en toute indépendance, des corps de contrôle dont c’est le rôle d’auditer les gestions et des cours et tribunaux qui ont la charge d’apprécier les dossiers qui leur sont transmis. Tout autre acte posé ne pourrait être considéré que comme de l’intrusion.
Sur cette question de justice d’ailleurs, Ousmane Sonko est on ne peut plus versatile car entre sa position consistant à insister sur la célérité de l’administration de la justice, cette position récente penchant dans le sens de l’exercer à la condition de réunir des preuves d’abord, jusqu’à cette fraîche position, c’est à ne rien comprendre. Mais dans le fond, n’était-ce pas lui qui a dû proposer et obtenir des changements à la tête des ministères de la justice et de l’intérieur ? Lui qui disait tantôt que les deux ministres concernés étaient des acteurs politiques à qui il pouvait faire des injonctions ? Il y a en effet une posture du premier ministre totalement ambiguë sur la question de la justice et qui finit par ressembler à de l’obsession.
Exercer la justice, requiert à la vérité et comme l’avait si souvent défendu l’ex-ministre de la justice Ousmane Diagne, de conjuguer indépendance de la magistrature, respect des procédures, sérénité, sans oublier de tenir compte de la réalité du terrain faite d’effectifs insuffisants et de moyens limités. C’est ce que l’actuel président de l’Union des Magistrats du Sénégal (Ums), Cheikh Ba, qui dans une sortie récente, a tenu à démontrer sur la question de la célérité réclamée qu’il a corrélée avec les effectifs de loin insuffisants qui ne permettent pas d’aller plus vite que la musique avec ces tribunaux engorgés et un contentieux bien lourd.
Et pourtant si l’on décrypte bien, le gouvernement actuel a posé des actes que l’on peut bien condamner. La nouvelle gouvernance, aurait-elle opté en faveur d’une loi interprétative si elle était réellement mue par une volonté de rendre justice aux victimes des événements de 2021 à 2023 ? L’indemnisation sélective des victimes sans décision de justice, n’a-t-elle pas accrédité l’idée que l’actuel régime penchait plutôt vers une justice des vainqueurs ? C’est ce contre quoi Abdourahmane Diouf, ministre dans ce gouvernement de pro Diomaye et pro premier ministre, s’était insurgé avant de recevoir les foudres du premier ministre qui a cherché à étaler de supposés cafards dans le placard du ministère de l’enseignement supérieur, où le président d’Awalé avait été nommé avant d’être muté à l’environnement.
Il y a en effet beaucoup de questions qui restent en suspens sur la question de la justice. Cela fait en effet vingt mois que le gouvernement s’est installé au pouvoir et les réformes de la justice tardent encore à être appliquées. Le président de la république est certainement conscient de cet état qui l’a sans doute poussé à annoncer la série de réformes d’envergure destinées à transformer durablement le système judiciaire, à travers une révision constitutionnelle, une refonte des institutions-clés et une lutte renforcée contre la corruption, avec pour objectif de restaurer la confiance des citoyens et consolider l’État de droit.
Malgré la baisse d’intensité des convocations de chroniqueurs, de journalistes et de politiques, devant la justice, nous nous devons à la vérité, de reconnaître que la vraie justice indépendante, à l’abri des caprices de l’exécutif, passe inéluctablement par ces réformes. Nous ne pouvons pas et ne devrions en aucun cas continuer à accuser la France de tous les péchés d’Israël pour ce qui est de l’héritage colonial qu’il nous a légués et ne pas l’imiter par rapport à l’évolution positive de sa justice qui a eu lieu depuis belle lurette. Ce juge de la détention et de la liberté déjà consacré en France, ne l’est pas encore sous nos cieux. Or, en l’introduisant, nous ferions, rien qu’avec cette mesure, un grand bond en avant dans l’exercice notre justice, dans un contexte où les procureurs sont enfermés dans une sorte de prison qui repose dans des cas, sur les réquisitions écrites d’un ministre de la justice auxquelles, il est presque impossible d’échapper ; il y’a aussi toutes ces lois liberticides (articles 56 à 100 du code de procédure pénale et 139 du Code de procédure pénale) dressées devant les juges d’instruction et qui entachent leurs marges de manœuvre et ne leur laissent pas d’autre choix que d’emprisonner.
Exercer la justice ne requiert pourtant qu’une qualité : être juste tout en étant mu par une seule volonté celle de rendre justice et de ne pas chercher à régler des comptes.
Un fait reste tout de même constant dans cette gouvernance version Pastef. La dissonance et la cacophonie sont de mise depuis bien longtemps, avec des divergences latentes, malgré les ententes de façade et les sourires feints entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Si ce dernier prône la réconciliation de tous les sénégalais, le second est attaché à une gouvernance avec ceux qui croient au projet. Une vraie aberration car dans le fond, car Bassirou Diomaye n’aurait jamais été élu président de la république si les seuls militants du parti Pastef avaient voté pour la coalition Diomaye président. Il faut donc arrêter de rêver et d’imaginer des choses qui n’existent que dans la tête de ceux qui s’inscrivent dans une logique partisane ou qui veulent se donner bonne conscience. Comment peut-on à ce point s’inscrire dans un tel ostracisme ou vouloir se montrer aussi sectaire, surtout au regard de ce casting gouvernemental si désastreux, dans lequel l’inexpérience du point de vue managérial et des rachitiques profils, est la chose la mieux partagée dans les nominations ? Comment produire de résultats dans ces conditions ?
Ce qui se donne actuellement à voir dans la gouvernance pastéfienne, est loin d’être rassurant. La rivalité entre le président de la république et son premier ministre qui rame souvent à contre-courant, s’exacerbe de jour en jour.
D’où vient par exemple ce besoin d’émettre une telle déclaration ? C’était à Passy, le 1er janvier. « Moi, je ne suis pas lié par un poste de premier ministre. Tout ce que nous verrons comme manquement, nous allons essayer de le corriger d’abord de l’intérieur, comme de vrais hommes d’État », a averti le premier ministre, avant d’ajouter : « Mais si on constate que les gens veulent persister dans la destruction, alors nous ferons face au peuple pour leur dire ce qui se passe. Nous leur dirons, preuves à l’appui, que s’ils continuent dans la même voie, ce sera pire qu’auparavant. »
Une déclaration qui montre que les choses ne sont pas parties pour s’arranger. Comment imaginer qu’on en soit arrivé là au regard des promesses et slogans avec lesquels l’on a tympanisé les Sénégalais à longueur de live, d’ouvrages, de publications et dans les réseaux sociaux : projet, rupture systémique, jub jubal jubanti, ?
Comment imaginer que le Pastef lui-même, dans les faits, soit devenu le principal opposant du président de la république, à la place de la vraie opposition, sur fond de dissonances et de propos peu amènes, récurrents, proférés contre celui-ci par des snipers appartenant au même parti ? L’orthodoxie commanderait que le président ne tolérât pas certains écarts, sur fond de propos discourtois et parfois même foncièrement irrespectueux qui lui attribue le qualificatif de traître.
Comment le PM, peut-il aussi durablement s’inscrire dans la défiance, alors qu’il aurait dû être le bouclier du président de la république ? Surtout qu’il aspire à lui succéder en 2029. Ce que l’on note chez lui en effet, c’est cette volonté de renforcer le rôle du parti dans la gouvernance, tout en ne se projetant désormais que sur sa candidature qui ne doit en aucun cas être entachée. La révision de son procès et la quête du million d’adhérents, sont des pas de plus dans cette logique, au moment où Diomaye Faye a choisi de renforcer sa coalition et d’ériger un siège visible sur la VDN. Veut-il être candidat ? Ne le veut-il pas ? Il ne sait en tout cas pas s’il sera encore vivant en 2029. Réponse floue et bien politicienne, tel Macky ! Mais bien plus ambiguë dans le fond !
Une situation de rivalité qui ne peut de toute façon plus durer au regard du contexte de morosité ambiante avec une gouvernance qui fait dans la gymnastique financière pour faire face à ses dettes, à ses charges de fonctionnement, payer la dette intérieure, au moment où des entreprises mettent la clef sous le paillasson, avec un secteur privé à l’agonie et des populations frappées de plein fouet par la crise et les taxes incessantes.
Y’en a, au bout du compte, marre de toutes ces lamentations et complaintes incessantes, alors que les autorités gouvernementales sont élues et nommées pour agir, au lieu de passer leur temps à sans cesse nous rabâcher les cafards de la gouvernance Macky Sall. Surtout qu’il leur faut désormais se triturer les méninges afin de choisir la meilleure voie pour nous extirper de ce marasme économique et financier que ne peuvent plus résoudre les appels publics à l’épargne qui commencent à montrer leurs limites, avec surtout ces taux d’intérêt élevés et ces maturations trop courtes.






