NETTALI.COM - Un climat social délétère s’est installé à l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP). À l’origine de la crise, les questions écrites du député Guy Marius Sagna, qui ont mis en lumière de graves accusations visant la gouvernance du directeur général, Dahirou Thiam. Management jugé autoritaire, soupçons d’opacité financière, entorses aux directives de sobriété de l’État et conflit ouvert avec le Collège de régulation : l’institution traverse une zone de fortes turbulences.

Un vent de contestation souffle sur l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes. Selon plusieurs sources internes citées par L’AS, l’ARTP est aujourd’hui minée par un malaise profond, exacerbé par les révélations et interrogations parlementaires du député Guy Marius Sagna. Au cœur de la controverse, le directeur général Dahirou Thiam, dont la gestion est de plus en plus décriée en interne.

Les témoignages recueillis décrivent une atmosphère de travail particulièrement tendue, marquée par un sentiment d’injustice et de frustration parmi une partie du personnel. L’un des points les plus sensibles concerne l’absence de délégué du personnel depuis le mois de juin. Le scrutin destiné à renouveler la représentation syndicale, initialement prévu en juillet, a été reporté sans nouvelle date officielle.

Ce report prolongé alimente de fortes suspicions au sein des agents. Certains y voient une manœuvre destinée à écarter des candidats perçus comme critiques ou non alignés avec la direction actuelle, fragilisant davantage le dialogue social au sein de l’institution.

Autre sujet de crispation : les recrutements effectués depuis l’arrivée du nouveau directeur général. Une dizaine d’embauches auraient été réalisées, selon les mêmes sources, sans procédures de sélection jugées transparentes. Parmi les profils évoqués figureraient des proches du DG, notamment un chauffeur et un garde du corps, renforçant les accusations de favoritisme et de gestion personnalisée des ressources humaines.

Ces pratiques, si elles étaient avérées, entreraient en contradiction avec les principes de bonne gouvernance et de transparence prônés par les nouvelles autorités étatiques.

La gestion des primes et avantages internes constitue un autre foyer de tension majeur. Des agents interrogés dénoncent des disparités qualifiées d’« abyssales ». Certains proches de la direction auraient bénéficié de primes représentant entre 200 % et 300 % de leur salaire, tandis que d’autres employés, considérés comme « indésirables », n’auraient perçu que moins de 50 %.

Ces pratiques interrogent sur leur conformité avec la doctrine gouvernementale actuelle, qui met l’accent sur l’équité, la transparence et la rationalisation des dépenses publiques.

À ces griefs s’ajoute une controverse autour de l’éventuelle acquisition d’un véhicule de luxe de type Toyota Land Cruiser V8. Une information encore non confirmée officiellement, mais qui, si elle se révélait exacte, irait à l’encontre des directives gouvernementales interdisant désormais l’achat de véhicules de fonction. Ces derniers ont été remplacés par une indemnité forfaitaire plafonnée à 600 000 FCFA, dans le cadre de la politique de sobriété budgétaire de l’État.

Mais le point de rupture majeur se situe aujourd’hui au sommet de l’institution. Un conflit ouvert oppose la Direction générale au Collège de régulation autour d’une enveloppe de 2,7 milliards de francs CFA, issue d’une licence accordée à la Senelec.

Les sept membres du Collège refusent de valider le budget réaménagé proposé par la Direction tant que le ministère des Finances n’aura pas donné son accord formel, conformément aux règles de rationalisation budgétaire en vigueur. Ce refus a provoqué un véritable bras de fer interne, aggravé par ce que certaines sources qualifient d’« offensive médiatique » contre le président du Collège, accusé de sabotage par les soutiens du directeur général.

Entre malaise social, soupçons de dérives managériales et conflit institutionnel, l’ARTP traverse une crise profonde qui pose la question de la gouvernance des autorités administratives indépendantes. À l’heure où les autorités affichent leur volonté de rupture avec les pratiques du passé, ce dossier pourrait rapidement dépasser le cadre interne et appeler des arbitrages au plus haut niveau de l’État.