NETTALI.COM - À l’orée de sa prise de fonction à la tête de la Commission de la CEDEAO pour la période 2026-2030, le Sénégal affiche une ambition diplomatique claire : jouer un rôle de passerelle entre l’organisation régionale et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Face à une fracture géopolitique majeure en Afrique de l’Ouest, Dakar prône l’apaisement, le pragmatisme et une reconnexion progressive fondée sur la confiance.
Le Sénégal s’apprête à endosser un rôle stratégique au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). De 2026 à 2030, Dakar assurera la présidence de la Commission de l’organisation régionale, dans un contexte marqué par une crise institutionnelle sans précédent : le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Conscient de l’ampleur des défis, le ministre de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang, a tenu à clarifier la posture que compte adopter le Sénégal. Le chef de la diplomatie sénégalaise affirme que son pays entend assumer pleinement ses responsabilités, en misant sur la médiation et le dialogue. « Le Sénégal entend jouer un rôle de passerelle et d’apaisement », a-t-il déclaré.
Refusant toute approche rigide ou démonstrative, Cheikh Niang insiste sur la nécessité d’une méthode empreinte de réalisme. « Tout se fera sans rigidité ni posture ostentatoire », prévient-il, soulignant que la situation actuelle appelle davantage à la retenue qu’à l’affrontement diplomatique. Pour Dakar, il ne s’agit ni d’imposer un calendrier politique irréaliste ni de minimiser la profondeur des divergences entre la CEDEAO et les États de l’AES.
Au contraire, la stratégie sénégalaise repose sur une démarche progressive, visant à recréer les conditions d’une reconnexion politique graduelle. « Il s’agit de bâtir, pas à pas, une relation fondée sur la confiance et des intérêts partagés », explique le ministre, qui reconnaît la complexité du contexte sécuritaire, politique et institutionnel dans la région sahélienne.
Dans l’intervalle, le Sénégal entend œuvrer à préserver l’essentiel : la continuité des relations fonctionnelles entre la CEDEAO et les pays de l’AES. Selon Cheikh Niang, même en l’absence d’un consensus institutionnel, il est crucial de maintenir les canaux de coopération ouverts, notamment sur les questions économiques, sécuritaires et humanitaires. Une manière d’éviter une rupture totale aux conséquences potentiellement déstabilisatrices pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Cette approche diplomatique s’inscrit dans la tradition sénégalaise d’engagement multilatéral et de recherche de compromis. En assumant la présidence de la Commission de la CEDEAO, Dakar se retrouve au cœur d’un dossier sensible qui conditionnera, en grande partie, l’avenir de l’intégration régionale. Plus qu’un simple mandat institutionnel, cette responsabilité apparaît comme un test majeur pour la capacité du Sénégal à conjuguer leadership, neutralité et efficacité diplomatique dans une sous-région en pleine recomposition.






