NETTALI.COM - La sortie médiatique du Premier ministre Ousmane Sonko, le 1er janvier, au lendemain du message de Nouvel An du président Bassirou Diomaye Faye, continue de susciter interrogations et inquiétudes. Pour le politologue Dr Malaw Kanté, cette séquence traduit une dissonance préoccupante au sommet de l’exécutif, révélatrice d’un bicéphalisme inédit dans l’histoire politique récente du Sénégal.
Au Sénégal, les premiers jours de la nouvelle année ont été marqués par une séquence politique inhabituelle. Alors que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, s’adressait solennellement à la Nation pour tracer les grandes lignes de son action et réaffirmer le cap de son engagement, le Premier ministre, Ousmane Sonko, livrait dès le lendemain une sortie médiatique au ton libre et offensif. Une démarche qui, loin de passer inaperçue, a ravivé le débat sur la cohésion et la lisibilité de l’exécutif.
Le politologue Dr Malaw Kanté n’a pas caché ses préoccupations. Il évoque sans détour une « cacophonie au sommet de l’État », estimant que cette situation pourrait nuire durablement à l’image du pays, tant sur le plan interne qu’international. Selon lui, la liberté de ton revendiquée par Ousmane Sonko — qui affirme que sa fonction de Premier ministre ne « bride pas sa liberté » — constitue un fait politique sans précédent.
Pour Dr Kanté, cette configuration singulière trouve son origine dans le rapport de force qui a présidé à l’arrivée au pouvoir du tandem actuel. « Nous sommes face à un président porté, à l’origine, par son Premier ministre », analyse-t-il. Une réalité qui rendrait politiquement délicate toute tentative de mise à l’écart de ce dernier, sous peine de provoquer un choc majeur au sein de la majorité et dans l’opinion publique. Dans le même temps, Ousmane Sonko continue de tenir un discours de rupture, s’attaquant au « système » jusque dans les rouages de l’administration et évoquant régulièrement d’éventuels déballages, plaçant parfois le chef de l’État dans une posture inconfortable.
Le politologue estime ainsi que le Sénégal s’éloigne progressivement du schéma classique d’un exécutif hiérarchisé et harmonisé pour glisser vers une véritable « dyarchie », voire un bicéphalisme conflictuel. « Le centre réel du pouvoir devient flou. On ne sait plus clairement qui donne le tempo ni où se situe l’autorité ultime », observe-t-il. Cette impression est renforcée par l’idée que le Premier ministre suivrait, par moments, un agenda politique distinct de celui de la Présidence.
Les conséquences de cette dissonance ne seraient pas anodines. Sur le plan interne, elle entretiendrait une confusion préjudiciable à l’action gouvernementale, nourrirait les tensions au sein de la coalition au pouvoir et fragiliserait l’autorité de l’État. À l’extérieur, la situation est suivie avec attention par les partenaires du Sénégal, qui pourraient y voir les signes d’une « guerre froide » larvée entre les deux têtes de l’exécutif.
Pour Dr Malaw Kanté, si ce climat de rivalité venait à perdurer, le risque serait réel de voir cette dyarchie se transformer en confrontation ouverte. Un scénario qui, prévient-il, se ferait au détriment de la stabilité institutionnelle et politique du pays. Dans un contexte de fortes attentes sociales et de défis économiques majeurs, la question de la cohérence et de l’unité au sommet de l’État apparaît plus que jamais comme un enjeu central pour l’avenir du Sénégal.






