NETTALI.COM - La situation est confuse au Bénin, où des militaires sont apparus à la télévision d’Etat, dimanche 7 décembre, annonçant « démettre de ses fonctions » le président Patrice Talon, en poste depuis 2016, dans ce qui semble être une tentative de coup d’Etat. De son côté, l’entourage du président a affirmé, auprès de l’Agence France-Presse (AFP), que le président est en sécurité et que l’armée reprend le contrôle.
Plus tôt, un groupe de militaires, qui se proclame « Comité militaire pour la refondation », « réuni dimanche 7 décembre 2025, a délibéré et décidé ce qui suit : M. Patrice Talon est démis de ses fonctions de président de la République », ont-ils déclaré.
« Il s’agit d’un groupuscule de personne qui ont uniquement la télévision. L’armée régulière reprend le contrôle. La ville [Cotonou, la capitale] et le pays sont totalement sécurisés, le président et sa famille aussi », a dit une source militaire dans l’entourage de Patrice Talon, à l’AFP.
À la télévision nationale, le Comité militaire pour la refondation (CMR) a annoncé la destitution du président Patrice Talon, invoquant des dérives sécuritaires, sociales et économiques, tandis que la situation reste confuse à Cotonou. Les officiers ont également désigné le lieutenant-colonel Tigri Pascal comme président du comité.
Avant d’annoncer l’installation du comité, les putschistes ont exposé les motifs de leur action. Ils dénoncent la dégradation sécuritaire au nord du pays, l’abandon des familles des soldats tombés au front, ainsi que des dysfonctionnements dans les forces armées, incluant des promotions injustes et des mises à la retraite forcées.
Sur le plan social, le CMR cite la radiation de fonctionnaires, la suppression de la prise en charge des patients dialysés et la marginalisation du corps enseignant via la catégorie des AME. Les militaires dénoncent également la mauvaise gestion du secteur agricole et des mesures fiscales jugées « étouffantes ».
Au plan économique, ils évoquent la confiscation des secteurs stratégiques par une minorité, la gestion opaque des emprunts publics et l’attribution non transparente des marchés publics. Sur le plan politique, ils dénoncent l’exclusion d’opposants, des arrestations « sur fond d’intimidation » et le vote de « lois chrysogènes ».
Cette annonce intervient alors que le Bénin se prépare à une présidentielle en 2026, à laquelle le président sortant ne devait pas participer après avoir achevé ses deux mandats. Le camp présidentiel avait choisi le ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, comme candidat, tandis que l’opposition, Les Démocrates, a été empêchée de participer.
Le CMR a annoncé la suspension de la Constitution de novembre 2025, la dissolution des institutions, la suspension des partis politiques et la fermeture des frontières. L’armée prévoit d’exercer « la plénitude des pouvoirs » durant la transition.
Les fonctionnaires et travailleurs sont invités à poursuivre leurs activités « avec discipline » et la population à « vaquer librement à ses occupations ». Le comité a également assuré le respect des engagements internationaux et des droits humains.
Pour l’heure, rien n’indique que le coup d’État soit pleinement consommé, et la situation reste confuse dans plusieurs quartiers de Cotonou.
De son côté, une source militaire a confirmé que la situation était « sous contrôle » et que les putschistes n’avaient pris « ni le domicile du chef de l’Etat », ni « la présidence de la République. » « C’est une question de temps pour que tout rentre dans l’ordre. Le nettoyage suit bien son cours », assure cette source.
Dimanche matin, les accès à la télévision nationale et à la présidence étaient bloqués par des militaires, a constaté un journaliste de l’AFP. Les accès à plusieurs zones, notamment au Sofitel, hôtel cinq étoiles de la capitale économique, tout comme aux quartiers regroupant des institutions internationales étaient également interdits. Aucune présence militaire n’était toutefois signalée à l’aéroport et, dans le reste de la ville, la population vaquait à ses occupations.
L’histoire politique du Bénin est jalonnée par plusieurs coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, doit arriver en 2026 au terme de son second mandat, le maximum autorisé par la Constitution. Le principal parti d’opposition est écarté de la course qui opposera le parti au pouvoir et un opposant dit « modéré. » S’il est salué pour le développement économique du Bénin, Patrice Talon est régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir opéré un virage autoritaire dans un pays autrefois salué pour le dynamisme de sa démocratie.
Si l’intervention aboutit, ce serait le deuxième coup d’État en moins de deux semaines dans la région ouest-africaine et dans l’espace Cédéao, après le putsch du mercredi 26 septembre en Guinée-Bissau contre le président sortant Umaro Sissoco Embalo.
AVEC LE MONDE / APA / AFP






