NETTALI.COM - Le Sénégal vient d’achever l’actualisation de sa base statistique pour le calcul du PIB, un exercice méthodologique régulièrement conduit par les économies modernes afin de mieux intégrer l’évolution des secteurs productifs. Mais si cette opération, dite rebasing, améliore mécaniquement plusieurs indicateurs macroéconomiques, elle ne constitue en rien une embellie économique. C’est le message que le Cercle des Cadres de la République des Valeurs (CECAR) a tenu à rappeler dans une note critique.
Selon ce groupe d’experts, l’ajustement attendu du PIB – similaire à celui réalisé en 2014 – permettra d’afficher un endettement, un déficit et une pression fiscale proportionnellement plus faibles. Une apparence de mieux-être budgétaire qui, pour le CECAR, masque des tensions structurelles persistantes. Les projections du Projet de loi de finances 2026 confirment en effet un niveau d’endettement largement supérieur aux normes communautaires, une dette coûteuse à refinancer et des dépenses courantes toujours dépendantes d’emprunts massifs.
Le cercle souligne que près de la moitié des ressources publiques serait absorbée par le seul service de la dette, tandis que la majorité des financements prévus pour l’année prochaine viserait essentiellement à rembourser des engagements passés. Les prévisions de croissance (5 %) et de pression fiscale (23,2 %), jugées irréalistes par le FMI, renforcent, selon eux, la fragilité de l’équilibre budgétaire.
Dans ce contexte, le CECAR appelle à éviter toute instrumentalisation politique de l’opération statistique. Sans le dire explicitement, il redoute que l’amélioration mécanique de certains ratios soit présentée comme un signe de redressement, alors que l’économie demeure sous “respiration assistée” et que les déséquilibres continuent de se creuser. Une vigilance d’autant plus nécessaire que le pays a déjà connu, en 2014, un débat vif autour des effets du rebasing sur la présentation des performances économiques.
Pour les cadres du mouvement, l’enjeu central n’est pas la révision des chiffres, mais la soutenabilité réelle des finances publiques, la maîtrise de la dépense, la relance productive et la transparence budgétaire. Autant de chantiers qui, rappellent-ils, ne sauraient être corrigés par un simple changement de base statistique.





