NETTALI.COM - Les obligations souveraines du Sénégal ont atteint de nouveaux plus bas historiques, propulsant le pays dans une zone de détresse financière aiguë, selon les indicateurs de marché suivis par Bloomberg.
D’après les données de JPMorgan Chase & Co., la prime de risque souveraine du Sénégal – c’est-à-dire l’écart entre le rendement de ses euro-obligations et celui des bons du Trésor américain – s’est envolée à 1 077 points de base, un record absolu.
Ce niveau dépasse largement le seuil des 1 000 points, souvent interprété par les analystes comme le signal d’une exclusion des marchés financiers internationaux.
Le Sénégal rejoint ainsi la courte liste des émetteurs africains en détresse, aux côtés du Gabon, déjà au-dessus de ce seuil plus tôt ce mois-ci, et du Mozambique (965 pb).
L’absence d’accord avec le FMI aggrave la crise
Cette chute brutale intervient après la fin de mission du Fonds monétaire international (FMI) à Dakar, sans qu’un nouveau programme de financement n’ait pu être conclu.
Le précédent accord, d’un montant de 1 098 milliards de FCFA (environ 1,8 milliard USD), a été gelé en 2024, après la révélation de dettes cachées estimées à 4 270 milliards de FCFA (près de 7 milliards USD).
La situation s’est encore détériorée lorsque le Premier ministre Ousmane Sonko a écarté publiquement toute restructuration de la dette, jugeant cette option inacceptable politiquement.
Cette déclaration a provoqué une vente massive des euro-obligations sénégalaises, faisant bondir le rendement des titres à échéance 2031 à 16,87 %, soit une hausse de près de 300 points de base en une semaine.
Pour Mark Bohlund, analyste senior chez REDD Intelligence, le marché « intègre désormais une forte probabilité de restructuration », ce qui signifie que le Sénégal ne peut plus se financer sur les marchés internationaux à court terme.
Même constat chez Maciej Woznica, gestionnaire de portefeuille à Coeli Frontier Markets, pour qui les obligations sénégalaises « se négocient à des niveaux de tension extrême », avec un risque accru sur les maturités courtes.
Malgré la gravité de la situation, Anthony Simond, directeur des investissements chez Abrdn Investments Ltd., relativise la portée régionale de cette crise : « Le Sénégal n’est pas un problème systémique. La plupart des économies africaines affichent des perspectives solides, avec des finances publiques plus saines, un endettement mieux maîtrisé et des réserves en hausse. »
De son côté, le FMI a rappelé que la gestion des vulnérabilités de la dette relève désormais de la responsabilité du gouvernement sénégalais, invitant celui-ci à présenter rapidement une stratégie crédible de viabilité budgétaire.





