NETTALI.COM – Les contestations de la fiabilité du rapport de Doing Business ne datent pas de 2018. Bien avant en 2004 avec l’économiste en chef de la Banque Mondiale Jeffrey Sachs qui critiqua le rapport pour ses limites, puis les contestations devenaient plus virulentes en 2012. Il reste que pour le consultant sénior Mbaye Sylla Khouma, interrogé par le Témoin,  le Doing Business si historiquement a eu à accompagner les pays africains dans la promotion de l’investissement, il était devenu dans le fil temps non opérationnel parce qu’il ne s’attaquait pas aux facteurs déterminants pour l’investisseur contrairement à l’outil de l’Index sur la compétitivité mondiale créé en 2004.

Processus historique du Doing Business Doing

Business a publié son premier rapport en 2002 au même moment qu’on créait l’APIX en 2001 quand Me Wade est arrivé. L’APIX a été créé à partir d’un projet Banque Mondiale. Les agences de promotion des investissements existaient dans les pays anglophones, mais pour les francophones, le Sénégal était presque un pionnier à part la Côte d’Ivoire qui avait CPCI, dans tous les autres pays francophones d’Afrique il n’y avait pas d’agences de promotion des investissements. Le Rwanda n’a créé son agence qu’en 2009. Le Sénégal était précurseur dans le domaine avec des pays comme la Malaisie, le Costa Rica avec une agence autonome dépendante de la Présidence qui devait créer les conditions d’un environnement des affaires extrêmement favorable et de définir la politique de promotions des investissements privés. En 2002, le 1er rapport du Doing Business, nous l’avions pris comme parole d’évangile. A l’époque, il y avait ce qu’on appelait le parcours de l’investisseur où on avait un gros problème qui était l’obtention de terrains et du permis de construire. Cela pouvait prendre parfois 365 jours pour avoir un permis de construire. Il fallait réformer toute cette paperasserie et bureaucratie. Avec le premier rapport du Doing Business, nous avions des indicateurs et des critères de comparaison. Nous en avions fait notre outil de travail et notre tableau de bord pour les réformes parce que le Doing Business s’occupe d’indicateurs importants, mais ce ne sont pas aussi des indicateurs déterminants. Le Doing Business part du principe qu’il faut faciliter la vie à quelqu’un qui veut créer une entreprise. A l’époque c’était très compliqué parce qu’on vous demandait beaucoup de papiers. Nous nous sommes dits qu’il faut créer un Guichet unique dans lequel à travers un seul bureau, vous déposez tous vos papiers et toutes les questions (Ninea, registre de commerce…) seront recensées. Ensuite comment faire un business en embauchant les gens sans aucune complication, les contraintes de travail. L’autre critère, c’est de trouver le foncier qui était un problème dans beaucoup de pays. Si vous trouvez le foncier, il faut obtenir un permis de construire. Et lorsque vous demandez une connexion au réseau de la Senelec, il faut que cela aille très vite. Des critères importants.

En quoi l’accompagnement du Doing Business était important ?

L’accompagnement du Doing Business était important à l’époque, parce que nous n’avions pas de tableau de bord qui intègre les indicateurs et une feuille de route à suivre. Pour la première fois, on offrait une feuille de route à certains pays pour améliorer l’environnement des affaires. C’était quand même important. Le seul problème, c’est dès 2004 Jeffreys Sasch qui était le chef économiste de la Banque Mondiale dit que le rapport du Doing Business est limité parce qu’il ne va pas au fond des choses concernant le coût de faire des affaires. Le Doing Business s’appesantissait sur la facilitation de faire des affaires parce qu’avoir un branchement rapide d’une connexion de la Senelec, cela ne veut pas dire que Senelec est bon marché. Avoir tout de suite un foncier et un permis de construire ne peuvent pas dire que le foncier est bon marché alors que l’investisseur regarde lui ce qui est bon marché. Ce rapport de Doing Business s’occupe de facteurs importants, mais il ne s’attaque pas aux facteurs déterminants pour l’investisseur. Jeffrey Sachs et cie ont lancé le Rapport sur la compétitivité des pays qui faisait la synthèse de l’Index de développement créé par Jeffrey et le rapport sur la compétitivité des affaires de Michael E. Potter, économiste à Havard . Ce nouveau rapport de l’Index de compétitivité mondiale est publié en 2004. Donc deux ans après la sortie du Doing Business, des voix se sont élevées pour dire que ce rapport n’est pas complet. Ce Rapport de compétitivité a été publié par le Forum économique mondial. Il s’est alors posé un problème de rivalité entre les deux documents entre le Doing Business de la Banque mondiale et l’Index de compétitivité mondiale. Dès 2006, j’ai dit que le vrai rapport qui va faire bouger un investisseur privé, ce n’est pas le Doing Business, mais le rapport de Compétitivité qui mesure les questions sur les infrastructures, il regarde si le pays a une connexion internet, une stabilité politique solide, une croissance économique, le coût d’intérêt pratiqué à la banque. Des éléments qui poussent l’investisseur à dire que je peux investir dans ce pays et obtenir un retour sur investissement.

Pourquoi malgré ces avertissements, Doing Business a continué à être sacralisé ?

Si les gens ont continué à sacraliser le Doing Business, c’est à cause de la Banque mondiale. A l’APIX, je n’ai jamais entendu les gens parler du rapport de l’Index de compétitivité. Ils ont toujours dit oui, il faut qu’on fasse Doing Business. Même en conseil des ministres, on ne parlait de s’améliorer que par rapport à Doing Business. On ne parlait pas de s’améliorer par rapport au rapport sur la compétitivité mondiale. Mais parce que c’est la Banque mondiale qui avait les cordons de la bourse. Seulement le rapport Doing Business posait un conflit d’intérêt parce que la Banque mondiale fait ce rapport, mais si vous êtes mal classé, c’est la même Banque mondiale qui vient vous dire je vais vois aider à vous améliorer.

Ce qui se passe actuellement avec le Doing Business, cela ne date pas de maintenant. Les contestations datent de 2012. Des pays disent que le classement que j’ai, je ne le mérite pas. En 2006 le Pr Pape Demba Thiam économiste de l’intérieur de la Banque mondiale comme agent avait dit que ce Doing Business ne servait à rien. Il a failli être viré de la Banque mondiale. Ce rapport est décrié depuis longtemps. Mais comme c’était sous le couvert de la Banque mondiale qui est pour nos pays « Dieu le père », donc tout ce qui vient de ladite institution, on doit courir pour aller le faire. C’est parce que c’est un rapport produit de la Banque mondiale que les gens l’ont adulé en ignorant le Rapport du Forum économique mondial qui est le plus important. Si vous prenez un pays comme le Rwanda très bien classé dans le Doing Business à la 38ème place, presque au même niveau que la Chine, dans le rapport de compétitivité mondiale, il est 100 ème. Vous prenez dans le Doing Business, l’Ile Maurice qui est classé 13 ème, la Chine qui est la principale destination des investissements privés du monde est 31ème. Cela n’a pas de sens. Si Doing Business, c’est faire des affaires, mais où est-ce qu’on fait des affaires entre la Chine et l’Ile Maurice. La Chine bien sûr. D’ailleurs les pays de l’Asie n’ont jamais donné d’importance au rapport Doing Business et même à la Banque mondiale.