NETTALI.COM – La Coupure d’électricité de 30 minutes lors du match de samedi 5 juin au stade Lat Dior de Thiès, est tout simplement scandaleuse et honteuse. L’état de la pelouse encore pire. Un constat unanime relayé par la presse et les réseaux sociaux. L’on aurait pu en rester là si Augustin Senghor, Président de la fédération sénégalaise de football et Matar Ba, ministre des sports, n’avaient pas joué les prolongations dans les médias en s’en prenant à Sadio Mané. Ce dernier n’a pas fait que des constats pour les déplorer dans un entretien avec des journalistes. Un sentiment de désolation en tout cas largement partagé et qui a créé un vrai déchaînement sur les réseaux sociaux.

Rien de nouveau en effet sous le soleil. Dans un pays où aucun stade n’est homologué par la Confédération africaine de Football (Caf), est-il vraiment nécessaire de s’indigner ? Il y a longtemps que les principaux stades sont fermés pour des réhabilitations et réfections qui tardent à voir le jour. La preuve que les dirigeants ont échoué dans leur mission. Ce constat sur l’état de la pelouse fait Sadio, n’est au finish rien d’autre qu’une manière d’enfoncer une porte déjà ouverte. Nos stades sont provisoires, devrait-on dire ! Comme le sont d’ailleurs les abris de certaines écoles dans certaines localités. Sauf que le provisoire peut durer des dizaines d’années au Sénégal ! A lire le fond de leurs pensées à eux deux, on entendrait presque : “nous ne méritons pas des stades du niveau de Liverpool ou Manchester City.

Comment de même, comprendre qu’un simple problème de fuel destiné à approvisionner le groupe électrogène de location pour ce stade, puisse à ce point causer autant de désagréments ?  Que des projecteurs dépassés, trônent encore au-dessus du stade Lat  Dior au point d’avoir besoin de refroidir pour pouvoir à nouveau fonctionner, c’est le comble ! On croit rêver.

Ces stigmates du laxisme et de l’incompétence mettent en effet en lumière les grands paradoxes entre les orientations économiques prises par Macky Sall et le manque de détermination pour des chantiers (entretien d’une pelouse) qui auraient dû être ramené au niveau de détails et qu’aurait d’ailleurs pu gérer un directeur de stade. Il y a, eh bien hélas du chemin à parcourir avant l’émergence.

Un état de fait qui est de bien mauvaise augure pour le stade de Diamniadio qui est en train d’être construit. Ne va-t-il pas suivre le syndrome « Stade de l’Amitié » dont on était si fiers mais aujourd’hui fermé depuis quelques années ?

La réponse d’Augustin Senghor par rapport au commentaire de Mané sur l’état de la pelouse jugé « catastrophique » et qui gagnerait à être « amélioré », a été plus que honteuse. Elle est le signe d’une incompétence et d’un “je m’en-foutisme” criard. Comment servir une réplique aussi désinvolte qu’inconsciente, à savoir que “nous ne sommes pas à Liverpool ou à Manchester City…” Et dire qu’il veut rempiler ! Mal barrés, nous le sommes ! Et personne pour voler à notre secours dans un pays où la sanction semble être l’exception pour les fautifs. Ce qui reste aux Sénégalais, ce sont certainement des cris d’indignation. Comme toujours. Sauf qu’on finit par s’habituer à l’anormal !

Les deux ou plus exactement la paire, Augustin Senghor et Matar Ba, ont eu la même réponse. Et l’on ne peut manquer de se demander s’ils ne se sont pas concertés avant de recadrer Sadio Mané ? Une synchronisation en tout cas bien troublante pour des autorités qui ne savent pas quoi répondre face à ce qui n’est qu’incurie et incompétence de leur part. De vraies réponses d’irresponsables, complètement à côté de la plaque. Ils ignorent qu’ils sont là pour régler le type de problèmes soulevés par Sadio Mané et non pour recadrer celui qui a eu «l’outrecuidance» de pointer les manquements qu’ils devaient résoudre.

Avec un tel manque d’ambition pour le sport sénégalais, l’on comprend bien la raison pour laquelle notre sport n’arrive toujours pas à décoller. Diriger, c’est d’abord une affaire de responsabilité et de motivation. C’est avoir la faculté de prendre des avis et la capacité de prendre les bonnes décisions. Le dirigeant est comme un chef d’orchestre. Il ne joue pas à la place de ses musiciens, mais maîtrise l’ensemble de la partition, et donne le tempo. Augustin Senghor et Matar Ba ignorent sûrement cet aspect du management.

Ils nous ont montré qu’ils n’avaient ni la compétence, ni le mérite des responsabilités à eux confiées. Comment un ministre a-t-il pu parler comme il l’a fait ? Comment un président de fédération de football, peut-il à ce point sortir pareilles inepties ? Comment ont-ils pu penser que Liverpool, tout comme Manchester City (des clubs), méritent des pelouses mieux entretenues que le Sénégal (un pays, une nation). Sommes-nous des sous hommes ? Ne méritons-nous pas de bonnes infrastructures ? On parle du Sénégal, d’un Etat qui aspire à l’émergence, si on en croit la politique économique du président Sall ! Comment ont-ils pu se permettre de nous comparer à des clubs européens de foot, fussent-ils les plus puissants ! L’on ignorait jusque-là qu’ils avaient si peu d’estime pour leur pays et leurs concitoyens. Ce qui est surtout indigne, c’est le fait de sous-estimer à un tel point son pays qu’ils sont pourtant censés servir. Entretenir une pelouse, voilà un acte qui devrait être banal, à condition de mettre la volonté, la rigueur et la responsabilité au centre de nos actes.  Ils auraient eu des résultats chacun en ce qui le concerne dans son domaine, l’on aurait pu parler. On ne serait même pas là à déplorer une pelouse ou l’éclairage d’un stade.

Mais la vérité est que les années passent et le sport sénégalais souffre d’un déficit criard d’infrastructures, de politique sportive. Tout semble être du rafistolage, du pilotage à vue. Résultat des courses le sport Sénégalais stagne, s’il ne recule pas. Augustin Senghor lui ne pense qu’à multiplier ses mandats, en tentant de rempiler pour un 4ème, alors qu’il avait déclaré en 2017 qu’il ne se représenterait pas. Il convient juste de rappeler que le patron du football sénégalais a été élu premier vice-président de la Confédération africaine de football (Caf), le 12 mars dernier. Il occupe de même, la présidence de la commission juridique et des associations de l’instance dirigeante du football dont il assure par ailleurs la vice-présidence de la commission d’organisation de la Can. Augustin, l’avocat est aussi maire de Gorée,

Matar Ba lui ne semble intéressé que par le folklore ambiant qui revient à pavaner dans les médias et à récolter des fleurs de la part de flagorneurs devant l’éternel.  

Les deux, Augustin Senghor et Matar Ba, ont fini de révéler au monde entier leur incurie et leur incompétence face aux ambitions d’un président de la république qui a fait de la politique infrastructurelle, son cheval de bataille. Que représente une pelouse bien entretenue face à des projets beaucoup plus compliqués qu’un autopont, un TER ou un BRT. Rien du tout, sinon que de s’entourer de gens compétents en la matière, rigoureux et soucieux de faire leur travail avec tout le sacerdoce requis.

Augustin, tout comme Matar Ba, qui devaient faire profil bas,  se sont trompés de discours en même temps qu’ils se sont illustrés de fort mauvaise manière. Le Sénégal qui est un Etat respectable, mérite une pelouse mieux entretenue que celle de Liverpool et Manchester. Il en a les moyens, il lui manque juste des patriotes, compétents et conscients de leurs responsabilités pour entreprendre ces chantiers et tenter de gagner le cap de l’entretien.

Le journaliste sportif Cheikh Tidiane Gomis de Walf TV sur IGfm est outré par l’attitude de Matar Ba qui s’en est pris à Sadio. Il n’a fait ni plus, ni moins que rappeler à ces deux autorités sportives, leurs responsabilités : « On lui demande (Matar Ba) comment une pelouse construite en 2019 a pu être détruite en si peu de temps ? Il (Matar Ba, ministre des Sports) ne doit pas répondre à Sadio Mané. Ce dernier n’a fait que réclamer une bonne pelouse où ils (les joueurs) peuvent s’éclater et être à l’aise à domicile. Un pays qui n’a aucun stade homologué par la Caf, rien que cela, c’est un échec. Et ils (Augustin et Matar) se permettent de répondre à Sadio Mané. » « Pour jouer à fond, a rappelé Gomis, il faut une bonne pelouse. », ajoutant que : « il doit d’abord répondre à la question de savoir pourquoi on n’a pas une bonne pelouse, à l’heure actuelle, au lieu de répondre à Sadio Mané. C’est plus responsable. C’est ce qu’on attend de lui, lui et Augustin Senghor au lieu de répondre à Sadio Mané.  Chacun doit faire son travail. Une fois que les joueurs disposeront d’une bonne pelouse, ils pourront leur réclamer des résultats. ». Gomis a raison et tout dirigeant devrait savoir que l’obligation de moyens précède l’obligation de résultats.

Les confrères journalistes sportifs de Cheikh Tidiane Gomis en ont aussi eu pour leur grade. Celui-ci leur a prodigué des conseils, allant dans le sens de faire la part des choses. « Qu’on ne confonde pas les relations amicales et les relations professionnelles. Le Ministre doit faire son travail. Le journaliste aussi. Le rôle du journaliste est d’alerter. Nous tous, on a des amis. Matar Ba est mon ami, mais s’il fait quelque chose d’anormal, je le lui dirai », a fait savoir le journaliste de Walf TV. De quoi poser la question des rapports entre les journalistes sportifs vis-à-vis des autorités sportives. Une proximité qui parfois vire à la complaisance et dans laquelle le sport finit par pâtir.

Cheikh Yérim Seck, dans ses délires !

A « Jakarloo » de ce vendredi 11 juin, Cheikh Yérim Seck a crevé l’écran sur la TFM. Comme à son habitude, il n’a pas cessé d’interrompre les chroniqueurs à chaque fois qu’il était en désaccord avec des arguments de l’un d’entre eux. L’on voyait manifestement qu’il cherchait à faire prévaloir son opinion sur celle des autres. Une attitude qui a eu le don d’agacer  Bouba Ndour qui le lui a d’ailleurs fait savoir. Mais celui à qui son attitude a du beaucoup déplaire, c’est bien Pape Djibril Fall qui a fini par céder la parole, interrompu qu’il a été à deux reprises par le journaliste. Cheikh Yérim n’était manifestement pas d’accord avec ceux qui pensent que le fichier sénégalais n’est pas fiable, même s’il croit par ailleurs savoir qu’aucun fichier n’est parfait au monde. Aussi, a-t-il défendu l’opinion selon laquelle, des élections ne peuvent être truquées au Sénégal.

Mais là où il est vraiment difficile de suivre Seck, c’est lorsqu’il assène tout de go qu’il a « couvert des élections dans tous les pays du monde » mais qu’il n’a pas vu « un système électoral meilleur que celui du Sénégal.» « Il ne faut pas critiquer pour critiquer. Le système du Sénégal est le meilleur. La preuve quand la Côte d’Ivoire a voulu tenir de vraies élections en 2010, elle a pris le système électoral du Sénégal. Même l’Onu a fait appel à des experts Sénégalais pour qu’on leur explique comment ça se passe au Sénégal. Alassane Ouattara a gagné et depuis lors la Côte d’Ivoire n’a pas organisé d’élections. Le système électoral du Sénégal est dupliqué un peu partout dans le monde. Tout pays africain qui a des difficultés fait appel aux experts sénégalais. Donc on ne peut pas avoir tous ces acquis et continuer à contester », a ajouté le journaliste.

Yérim est intelligent, structuré, éloquent et a une telle force de persuasion, personne ne lui dénie donc ses qualités. Mais, de là à penser qu’il sait tout, il se trompe. Dire qu’il ne voit pas de meilleur scrutin au monde que celui sénégalais, relève tout simplement de la chimère. Sinon les élections auraient-elles été autant contesté ? Tous les présidents sénégalais qui sont passés au pouvoir, ont à un moment ou à un autre eu à contester le processus électoral, alors qu’ils étaient opposants. Pourquoi serait-il devenu tout  d’un coup parfait lorsqu’ils accèdent au pouvoir ? Ce qui s’est passé à Touba lors de l’élection présidentielle passée avec les bureaux de vote assaillis et les bulletins jetés par terre, était tout sauf l’expression d’un vote sérieux. Que penser des résultats des locales à Dakar publiés nuitamment à une heure très tardive de la nuit avec une certaine presse ?

Qu’on n’insulte surtout pas l’intelligence des Sénégalais. Les faits sont là pour prouver qu’il y a eu des électeurs perdus sur le chemin de leur bureau de vote, ceux-là étaient tellement éloignés de leurs lieux d’habitations que les votants ont dû déchanter. Que penser des cartes électorales non distribuées et leurs propriétaires trimballés de bureaux de vote en bureaux de vote sans pouvoir savoir réellement où celle-ci se trouvent ; que dire ou des cartes qui ne sont toujours pas distribuées ?

Cheikh Yérim ne devrait pas l’ignorer (à moins qu’il ne soit subjectif dans son analyse), l’élection ne se limite pas à une question de fichier. C’est tout le processus qu’il faut prendre en compte.

Aujourd’hui, la question de la nouvelle carte électorale qui se dessine de facto à cause du nouveau découpage administratif de Dakar, se pose.  La révision des listes électorales, avec la faculté qui doit être donnée aux primo-votants (ceux qui viennent d’avoir 18 ans) ; ou à ceux qui sont titulaires de cartes nationales et qui ne sont pas inscrits sur le fichier électoral (ils sont nombreux) ; mais aussi à ceux qui doivent changer leurs lieux de vote, du fait justement de la nouvelle carte électorale. Autant d’équations qui doivent être résolues.

La question de l’institution du parrainage qui n’est toujours pas vidée malgré l’injonction de la Cour de justice de la Cedeao, doit également être examinée. Voilà autant d’écueils  qui plombent le processus et qui ne sont pas de nature à favoriser la sincérité du fichier électoral tant magnifié par Cheikh Yérim Seck. Peut-on dire qu’un fichier électoral est fiable si plus d’un million de personnes en âge de voter, ne peuvent pas le faire parce que les autorités n’ont pas créé les conditions de leur inscription pour l’expression de leurs droits citoyens ? De quoi laisser planer le doute sur les intentions du pouvoir.

Des experts ont fait un audit du fichier électoral et des réserves sont relevées par l’opposition et la société civile sur différents points, notamment la méthodologie et d’autres aspects. Difficile dès lors d’imaginer que les opposants soient si peu sérieux et animés d’une mauvaise foi au point de penser qu’ils prennent juste un malin plaisir à déclarer cet audit mal exécuté. Pourquoi devons-nous accorder forcément du crédit à des experts parce qu’ils sont juste étrangers ? Les réserves de l’opposition sont argumentées et méritent qu’une attention leur soit accordée.

Il ne s’agit nullement d’avoir une approche fichier, mais plutôt d’analyser le système dans sa globalité. Ce qui permettra de mieux voir les failles du processus. C’est ce que Pape Djibril Fall était sur le point de dire, mais Yérim manifestement cherchait à l’en empêcher. Ce dernier doit en réalité savoir raison garder et ne pas penser que tout ce qu’il dit doit être considéré comme le Coran ou la Bible. Avec les arguments qu’il défend à longueur d’émission, difficile de croire qu’il pense réellement tout ce qu’il défend. On en est finalement à se demander ce qui le fait courir !