NETTALI.COM – La surprise créée par l’infection à Coronavirus est venue du caractère fulgurant de son évolution dans différents pays du monde justifiant la décision de l’Organisation Mondiale de la Santé de la classer au rang de pandémie (épidémie mondiale).

Aujourd’hui, à l’image de tous les pays, il est nécessaire que toutes les forces vives du Sénégal mettent leur savoir, leur savoir- faire et leurs moyens, pour faire face efficacement à cette pandémie dont une des grandes particularités est qu’elle crée incertitudes et certitudes.
Incertitudes centrées sur des questionnements : quelle sera la durée de la pandémie ? Quand un traitement efficace sera trouvé ? Sera-t-il disponible pour nos pays ? Combien de personnes y laisseront leur vie ? Quels sont les caractéristiques socio-biographiques des victimes?
Certitudes sur le nombre de cas qui va aller crescendo, sur l’ampleur des répercussions économiques, sociales, culturelles, sur les limites financières techniques et humaines pour y faire face mais surtout sur l’exposition collective au risque de maladie de tous les citoyens sans exclusive.
C’est pourquoi, chacun a une responsabilité qu’il doit assumer pleinement non seulement pour sa protection mais aussi celle de sa famille et de la communauté. La bonne nouvelle est qu’en adoptant les règles d’hygiène individuelle et collective et en respectant les directives et recommandations des autorités, chaque citoyen peut se transformer en agent de santé publique. Pour une fois mettons la rigueur et la discipline individuelle au-devant dans nos comportements de tous les jours.
Cette contribution sera orientée vers mon domaine d’activité: la sécurité santé au travail. Elle se trouve d’autant plus justifiée que les lieux de travail constituent, avec les marchés et les transports en commun, un des maillons faibles où peut se propager la maladie.
Elle abordera l’importance de la gestion de cette affection en milieu de travail et les stratégies à y mettre en œuvre.

IMPORTANCE DE LA GESTION DE L’INFECTION A CORONAVIRUS EN MILIEU DE TRAVAIL

Les lieux de travail, du fait du nombre important de personnes qui y convergent quotidiennement, des proximités physiques et des interactions quotidiennes, constituent des zones favorables à la dissémination de la maladie. Pourtant ils sont (sauf cas extrêmes) exemptés des mesures de restriction que les autorités peuvent être amenées à prendre car, ils constituent le poumon de l’activité économique du pays.

A contrario, les lieux de travail du fait de leur spécificité physique et structurelle constituent par essence, des zones indiquées pour promouvoir des changements de comportements. En effet, ce sont des milieux fermés, organisés, hiérarchisés, où opère une population adulte. Les messages de sensibilisation peuvent donc y être facilement véhiculés et l’effectivité de leur application suivie de façon efficace.
Par ailleurs, il existe un échange continu de bons procédés entre les lieux de travail d’une part, la famille et la communauté d’autre part. En effet si les préoccupations en matière de santé rencontrées en dehors du travail influent inexorablement sur le travail, inversement, les problèmes sanitaires rencontrés dans les entreprises auront des répercussions dans les familles et la communauté. Ainsi, des messages de sensibilisation transmis au niveau des entreprises, peuvent être facilement relayés au niveau familial et communautaire et des attitudes et comportements positifs acquis dans les lieux de travail, peuvent se transposer de façon significative dans les familles et la communauté.
La question qui se pose est donc  de savoir : que faut-il donc faire pour s’assurer que ces lieux de rassemblement quotidiens ne favorisent pas la propagation du virus mais contribuent plutôt à limiter efficacement sa propagation au niveau des populations ?
L’autre question pertinente à soulever est de savoir : comment s’assurer que l’activité des entreprises ne soit pas significativement impactée par les perturbations majeures de la pandémie ? En l’espèce quelle stratégie mettre en place pour que les lieux de travail puissent continuer à assurer l’essentiel de leur fonction malgré les potentielles perturbations dans les communautés et les grandes probabilités d’absence du personnel?
QUELLE STRATEGIE ADOPTER ?
Beaucoup de messages de sensibilisation sont véhiculés par différents organismes et institutions. Les entreprises doivent certes s’en approprier mais il est surtout indispensable qu’à leur niveau, ils élaborent des plans de prévention et de gestion. Comme disait l’autre : « Quand on a pas de plans, on a planifié son échec ».
Un plan est un document écrit où sont déclinées les différentes actions à mettre en œuvre dans des situations données et des rôles et responsabilités assignées. La mise en œuvre d’un plan permet une réaction rapide, efficace, coordonnée, du fait que chaque acteur connait le rôle qui lui est attribué. Ceci évite donc les improvisations, les incertitudes, l’affolement, la confusion voire a panique lorsque la situation non désirée apparait, confirmant l’adage qui dit que « pour espérer le meilleur, il faut se préparer au pire».
Deux types de plans doivent être élaborés et qui d’ailleurs peuvent être fusionnés en un : le plan de contingence et le plan de continuité des activités.
Le plan de contingence
Le plan de contingence est un plan préventif, prédictif et réactif qui décrit les étapes à suivre par une organisation en réponse à un événement grave dont la survenue est probable. Il est destiné à apporter une réponse appropriée à des événements imprévus et à minimiser leur impact.
Parfois appelé plan d’urgence ou plan de crise, c’est un outil essentiel pour toutes les entreprises qui, en principe doivent non seulement en disposer, mais aussi les tester par de simulations périodiques pour apprécier la compréhension des rôles des uns et des autres et travailler les automatismes.
Toutefois, il est à noter qu’une pandémie infectieuse diffère fondamentalement d’une urgence physique classique comme les accidents majeurs, les catastrophes, les incendies, les explosions, ce qui rend sa gestion plus difficile. Les particularités d’une pandémie sont liées entre autre à :
leur survenue simultanée touchant plusieurs zones disséminées dans le pays ;
le risque continu de contamination à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise ;
la durée de la crise qui peut s’étaler dans le temps
l’incertitude liée à la période de fin de la pandémie
la saturation des structures de soins souvent dépassées ;
les possibilités d’atteinte du personnel des secteurs intervenant dans les secours et la prise en charge médicale et psycho sociale limitant leur disponibilité et leur efficacité.
Comment élaborer un plan de contingence et quels en sont les éléments constitutifs ?
Un plan de lutte contre une pandémie en milieu de travail doit être adapté aux besoins particuliers de chaque entreprise. Il vise la protection des emplois, des employés et des clients. Son élaboration est basée sur une analyse des risques.
Il est important de désigner une équipe en charge de son élaboration et de sa gestion. Cette équipe doit inclure idéalement les représentants des travailleurs (membres du Comité d’Hygiène et de sécurité, délégués du personnel..).
Les étapes suivantes doivent être suivies:
énumération des incidents qui pourraient survenir ;
classement des incidents en fonction de leur probabilité et de leur impact ;
appréciation de la vulnérabilité de l’entreprise par rapport à ces événements ;
propositions d’actions préventives et correctives ;
assignation des rôles et responsabilités pour les différentes actions.
Le plan d’actions, établi à partir des recommandations, comprendra des éléments visant la réduction du risque de pénétration et de propagation du virus sur les lieux de travail. De ce point de vue, plusieurs mesures sont préconisées, entre autre :
la restriction des accès aux locaux des personnes potentiellement contaminées par le filtrage des entrées ;
la disponibilité des installations d’hygiène adéquates, (lavabos, bains douches) de même que des équipements et produits tels que poubelles savons, gels antiseptiques, gants, masques…;
la réduction des interactions entre les personnes. Egalement appelée «distanciation sociale, elle comprend entre autres mesures : l’encouragement du travail à domicile lorsque possible, l’augmentation de la distance entre les postes de travail, les pauses déjeuner décalées… ;
la révision de la stratégie de nettoyage et de désinfection des installations. Toutes les surfaces et les espaces de travail partagés (bureaux, les tables, poignées de porte, rampes d’escalier, etc.) doivent être nettoyés régulièrement ;
la bonne aération des locaux pour réduire la propagation des maladies ;
la sensibilisation des employés sur l’adoption des mesures d’hygiène centrées sur les attitudes à adopter pour se protéger mais aussi pour ne pas constituer une source potentielle de contamination ;
les mesures à prendre en cas d’identification d’un cas suspect dans l’entreprise ;
la communication qui vise à donner en temps opportun des informations précises et pertinentes tout au long de la pandémie, non seulement en interne mais également en externe au besoin. Il est important de ce point de vue de procéder à l’identification des sources d’informations fiables, de même qu l’élaboration et la vulgarisation sous une forme simplifiée et compréhensible et à une fréquence raisonnable des éléments d’information couvrant tous les aspects de la maladie : symptômes, mode de transmission, stratégies de protection, moyens thérapeutiques et d’assistance médicale.
Ce plan doit nécessairement être complété ou associé à un autre plan qui garantit la disponibilité des services ou produits essentiels durant la période de crise appelé plan de continuités des activités.
Plan de continuité des activités
La planification de la continuité des activités est un processus de planification proactif qui permet de se préparer par rapport aux impacts économiques qu’une pandémie peut entrainer. Ceux-ci peuvent être multiples et variés mais l’absentéisme des employés en constitue probablement l’une des plus grandes préoccupations. L‘absentéisme peut être dû à plusieurs raisons : maladie des employés ou des membres de leur famille, difficulté de trouver un moyen de transport, évitement de prendre les transports par crainte de contracter une maladie …..
La démarche d’élaboration reste identique à celle du plan de contingence.
Un plan de continuité des activités comprend : l’identification des activités critiques incluant celles des sous -traitants et la prévision de ressources nécessaires pour soutenir leur continuité au cas où elles seraient amenées à être impactées. Ces ressources comprennent entre autre : les équipements, les allocations financières, le personnel ….. Il est donc important de veiller à ce que des solutions alternatives de remplacement soient proposées. Pour le personnel des suppléants doivent être désignés par ordre de priorité et une formation appropriée programmée pour leur permettre d’occuper les postes requis en cas de besoin.
Ces plans doivent être régulièrement évalués et mis à jour en fonction de l’évolution de la pandémie et de la situation au niveau de l’organisation.
Les autorités étatiques ne seront pas en mesure de répondre seules à tous les problèmes auxquels seront confrontés les sénégalais durant l’évolution de la pandémie. Il y va de la responsabilité de tous, chacun devant apporter sa contribution et les entreprises ne doivent pas être en reste. La responsabilité légale et morale des employeurs les interpelle. En plus de leur contribution financière et matérielle en rapport avec leur responsabilité sociétale, leurs actions dans les lieux de travail pourraient contribuer de façon substantielle à réduire l’expansion de la maladie et à en limiter l’impact au sein des travailleurs et de la communauté si tant est qu’ils élaborèrent et mettent en œuvre des plans stratégiques de contingence et de continuité des activités.

Dr Ismaila Mbaye,
Médecin du travail-Consultant, Auditeur- formateur
Santé Sécurité au Travail