NETTALI.COM - Face à la guerre au Moyen-Orient, l’ancien chef d’état-major des armées sénégalaises tire la sonnette d’alarme sur l’effondrement de l’ordre international et les risques majeurs pour l’Afrique.

La guerre en cours au Moyen-Orient dépasse largement le cadre régional et révèle une crise profonde du système international. C’est l’analyse du général Mbaye Cissé, ancien chef d’état-major général des armées (CEMGA), qui évoque une situation comparable à un « cancer en métastase ».

Intervenant lors d’un panel du Pencum WARC consacré aux enjeux géostratégiques du conflit, le général a estimé que cette guerre est l’expression la plus aboutie d’un multilatéralisme en perte de vitesse, incapable aujourd’hui de réguler les tensions internationales.

Selon lui, l’architecture internationale héritée du traité de Westphalie et consolidée après 1945 est en train de s’effondrer. L’Organisation des Nations unies, autrefois pilier de l’équilibre mondial, apparaît désormais « absente et affolée » face aux crises contemporaines.

Cette dégradation ne se limite pas aux rivalités traditionnelles. Elle s’inscrit dans un contexte global marqué par les tensions entre grandes puissances, notamment les États-Unis, la Russie et une Europe fragilisée.

Bien que géographiquement éloigné, le continent africain subit déjà les effets de cette instabilité. Le général Cissé identifie plusieurs menaces majeures :

  • Un choc énergétique, lié à la flambée des prix du pétrole, qui fragilise des économies déjà dépendantes ;
  • Une aggravation de l’insécurité, la pauvreté devenant un terreau fertile pour le recrutement des groupes terroristes ;
  • Un risque de redéploiement des combattants, notamment vers la Corne de l’Afrique, pouvant transformer certaines zones en nouveaux foyers de conflit.

Il alerte également sur la militarisation croissante du continent, avec la montée en puissance des sociétés militaires privées et l’intensification de la présence de puissances étrangères, notamment la Chine.

Au-delà des enjeux sécuritaires, l’Afrique risque, selon lui, d’être reléguée au second plan sur la scène internationale. Les coupes budgétaires affectant les opérations de maintien de la paix et le désintérêt pour certaines crises, comme celle du Soudan, illustrent cette marginalisation croissante.

Des experts présents au panel ont également mis en garde contre des conséquences économiques majeures, notamment une inflation importée susceptible de plonger plusieurs économies africaines en récession.

Face à ce tableau préoccupant, le général Mbaye Cissé appelle à une prise de conscience urgente. Pour lui, l’Afrique doit impérativement redéfinir sa place dans un monde en recomposition, afin d’éviter de devenir un simple terrain d’affrontement entre puissances.

Son diagnostic est sans appel : la crise actuelle du multilatéralisme n’est plus conjoncturelle, mais structurelle — et ses répercussions pourraient durablement redessiner l’équilibre mondial.