CONTRIBUTION - L’Afrique décomplexée, c’est celle qui impacte, qui produit des résultats, qui est compétitive. Ce n’est pas l’Afrique des discours et des postures, encore moins celle des rivalités stériles, de la victimisation permanente et des dénonciations sans effets.
Elle ne se définit pas par ce qu’elle dit, mais par ce qu’elle fait. Elle agit sur le réel avec méthode, rigueur et constance. Elle avance sur des priorités simples mais décisives : créer des emplois pour les jeunes, rendre les villes propres et habitables, électrifier les villages, garantir l’accès aux soins de santé. Mais elle ne s’y limite pas. Elle est aussi ambitieuse, porteuse d’innovations majeures qui façonnent le monde, capable non seulement de répondre à ses besoins essentiels, mais aussi de contribuer aux grandes transformations globales.
Elle comprend que le développement n’est pas une idée, mais une accumulation d’actions concrètes, mesurables et visibles dans le quotidien des populations.
Cette Afrique existe déjà, par fragments, là où des choix clairs ont été faits. Au Rwanda, la transformation de Kigali en une ville propre et organisée, l’amélioration de la couverture santé et la digitalisation des services publics traduisent une volonté politique orientée vers l’efficacité.
Au Kenya, l’innovation portée par M-Pesa, à profondément changé l’accès aux services financiers et démontré qu’une solution africaine peut s’imposer comme référence mondiale.
Au Maroc, des investissements structurants comme le complexe solaire de Noor Ouarzazate Solar Complex témoignent d’une ambition industrielle et énergétique assumée.
En Ethiopie, le développement de Ethiopian Airlines, illustre une stratégie de projection et de compétitivité à l’échelle internationale.
Ces expériences montrent que l’Afrique décomplexée n’est pas une abstraction : elle prend forme dès lors que la vision se traduit en politiques publiques cohérentes et suivies. Cette exigence d’action s’inscrit dans une histoire intellectuelle et politique africaine exigeante.
Thomas Sankara rappelait qu’on ne développe pas un pays dans le luxe et la corruption, posant ainsi les bases d’une éthique de la responsabilité publique.
Kwame NKrumah insistait sur la nécessité de l’industrialisation et de l’unité comme conditions d’une souveraineté réelle.
Leopold Sedar Senghor invitait à conjuguer enracinement et ouverture, tandis que Chinua Achebe soulignait que la question du leadership reste centrale dans les trajectoires africaines.
Dans une perspective plus radicale, Frantz Fanon rappelait que chaque génération doit accomplir sa mission ou la trahir, soulignant ainsi l’urgence de l’engagement concret. L’exigence de cette tradition intellectuelle se mesure à la cohérence entre le discours et les actes, à l’humilité, à la sobriété et à l’exemplarité.
L’Afrique décomplexée est aussi une Afrique responsable. Elle ne jette pas sa jeunesse dans la rue au nom de combats personnels ou de stratégies de pouvoir. Elle la protège, l’encadre, l’éduque et lui transmet le sens de l’effort, de la discipline et de l’excellence. Elle valorise le mérite plutôt que le clientélisme, la compétence plutôt que l’allégeance, le travail plutôt que les raccourcis, et place au cœur de son projet le sens de l’éthique et de la justice. Elle n’est ni revancharde, ni aigrie, ni sclérosée dans la colère.
Elle est sereine, confiante et tournée vers l’avenir. Elle sait convaincre, dialoguer et bâtir des consensus larges, seuls capables de produire des transformations durables et structurantes. Elle est également sobre dans sa manière de gouverner, loin des vrombissements des cortèges de 4x4, des jets privés et des signes extérieurs de privilèges. Elle sait qu’elle n’a pas besoin de ces artifices pour se faire respecter, et qu’elle doit au contraire donner l’exemple de retenue dans des sociétés où une grande partie de la population vit encore sans accès au minimum vital.
L’Afrique décomplexée prend sa place dans le monde et pèse sur les décisions parce qu’elle compte réellement. Elle exporte, produit, transforme et crée de la valeur. Elle ne se replie pas, elle participe. Elle ne se contente pas de dénoncer, elle propose et agit. Elle transforme ses avantages comparatifs en avantages compétitifs et construit des partenariats équilibrés. Elle ne reste pas à la marge à commenter le jeu mondial, ni à se réfugier dans une agitation stérile, parfois puérile. Elle y entre, avec compétence, rigueur et méthode. Et c’est par cette exigence qu’elle se fait entendre, qu’elle s’impose comme interlocuteur crédible et qu’elle gagne le respect nécessaire pour défendre ses intérêts et tracer sa voie.
Enfin, l’Afrique décomplexée est celle qui sait faire émerger ses propres modèles de gouvernance, crédibles et efficaces, alignés sur ses les valeurs de ses peuples et orientés vers l’intérêt et le bien-être du plus grand nombre. Bâtissons cette Afrique, truelle à la main et savoir en bandoulière, avec méthode, lucidité et détermination.
Non pas dans l’illusion des discours guerriers, ou flatteurs, des incantations messianiques ou des ferveurs passagères, mais dans l’effort collectif, patient et exigeant, qui seul permet de transformer durablement les sociétés.
Ainsi, nous surmonterons nos nombreux symptômes d Afrique complexée: celui du béni oui oui, et de la fatalité de l’échec, certes, mais aussi celui du révolté enfermé dans la dénonciation, et du tigre criant sa tigritude sans jamais bondir. Et construirons notre véritable souveraineté.





