NETTALI.COM - Divisée sur la candidature de Macky Sall, l’Union africaine a échoué à parler d’une seule voix, avec 20 États sur 55 pays qui ont fait échouer la procédure de silence au sein de l’UA. Une situation qui a par la suite évolué avec des états qui ont retiré leur objection ou demandé l'extension du délai pour se prononcer. Un état de fait qui ne met toutefois pas l’ancien président sénégalais hors course. 

La tentative de vote d’une résolution de soutien à la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies s’est heurtée à un blocage au sein de l’Union africaine (UA). En cause : l’échec de la procédure dite « de silence », un mécanisme diplomatique censé permettre l’adoption d’une position commune sans vote formel.

Dans une note officielle datée du 27 mars 2026, la Commission de l’Union africaine a constaté l’impossibilité d’adopter la décision de soutien à Macky Sall. Le processus, lancé la veille à travers une note verbale (référence CCP/OSC/A/A1/056.03.26), prévoyait une validation automatique en l’absence d’opposition significative des États membres.

Or, à l’expiration du délai, 20 États sur 55 ont formellement rompu le silence, dépassant largement le seuil d’un tiers requis pour bloquer la décision (18 pays). Résultat : la résolution n’a pas été adoptée, empêchant l’UA de soutenir la candidature de Macky Sall.

Parmi les pays ayant exprimé leur opposition figurent plusieurs poids lourds du continent :

  • Algérie
  • Nigeria
  • Afrique du Sud
  • Éthiopie
  • Rwanda
  • Libye
  • Namibie
  • Zimbabwe
  • Zambie
  • Sénégal

La liste complète inclut également des États comme le Botswana, le Lesotho, le Mozambique, l’Eswatini ou encore la République sahraouie.

Dans un second temps, le Libéria et l’Égypte ont retiré leurs objections (dont une demande d'extension du délai en plus pour l'Egypte), ce qui portait finalement à 5 pays — dont l’Érythrée, les Seychelles et le Botswana — qui ont demandé un prolongement du délai. Malgré ces ajustements, le nombre d’oppositions est resté suffisant pour faire échouer la procédure.

 Une candidature en stand-by

La candidature de Macky Sall, déposée et enregistrée régulièrement le 02 mars 2026, reste maintenue, d’après le Pôle communication du candidat. Il a apporté des précisions à la suite de la publication de la note verbale annonçant que le projet de décision soumis par le Bureau de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine sur le soutien à la candidature de l’ancien président du Sénégal n’a pas été adopté.

Le Pôle communication souligne que l’UA compte 55 États membres. Et que sur les 20 États membres qui ont interrompu la procédure silencieuse, 14 ont émis une objection et 6 ont sollicité une extension du délai de la procédure silencieuse, sans objection au projet de décision. “Il en résulte que 35 États membres sur les 55 que compte l’Union Africaine n’ont pas émis d’objection sur l’adoption du projet de décision, ni demandé une extension du délai de la procédure silencieuse”, explique le camp de Macky Sall.

La note renseigne que depuis la publication de la note verbale précitée, “la République Arabe d’Égypte, qui faisait partie des États membres ayant demandé une extension du délai de la procédure silencieuse, a retiré sa demande ; et que le Libéria, qui faisait partie des pays ayant formulé une objection sur le projet de décision, a retiré son objection”.

En conséquence, 13 pays ont donc maintenu leurs objections et 5 leurs demandes d’extension du délai de la procédure silencieuse. “Au nom du candidat, le Pôle communication remercie vivement le Bureau de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine et les États membres qui ont soutenu la décision précitée”, lit-on dans la note, qui souligne que Macky Sall exprime son respect envers les États membres qui ont exercé leur droit d’objection et de demande d’extension du délai de la procédure silencieuse.

Position controversée du gouvernement sénégalais

Bien avant cela, la Mission permanente du Sénégal auprès de l'Union Africaine a déclaré à la Commission de l'Union Africaine n’avoir, à aucun stade, endossé cette candidature (de Macky Sall). Le gouvernement sénégalais dit aussi n’avoir pas été associé à l'initiative y afférente, telle qu'entreprise par le gouvernement du Burundi. “Dans ces conditions, le Sénégal ne saurait être considéré comme partie prenante à ladite démarche”, a indiqué la Mission permanente de la République du Sénégal auprès de l’UA.

Cette position du gouvernement sénégalais est très controversée. “La haine, la rancoeur et la malveillance, au même titre que le mensonge et la manipulation, constituent les instruments ordinaires de ceux que l'insuffisance de compétence et l'absence de responsabilité condamnent à l'agitation plutôt qu'à l'action”, peste Barthélémy Dias. L’ancien maire de Dakar ne comprend pas comment le gouvernement refuse de soutenir la candidature d’un fils du pays alors que d’autres le font.

Par contre, Boubacar Seye de l'Horizon Sans Frontières (HSF) estime que refuser de soutenir Macky Sall, “c'est faire le choix courageux de la dignité contre l’oubli, et de la justice contre toute forme de complaisance”. À l’en croire, le Sénégal ne pouvait pas défendre sur la scène internationale une figure contestée des droits humains et de l’état de droit. “Par cette décision forte, l’État du Sénégal adresse au monde un signal sans équivoque : on ne consacre pas un passé controversé, on bâtit l’avenir sur la vérité, la responsabilité et le respect des principes démocratiques”, déclare Boubacar Seye.

Président de l’Association des “victimes” du régime de Macky Sall, il considère que cette position honore la République. Elle traduit, dit-il, “une volonté de rupture avec des pratiques qui ont fait souffrir de nombreux Sénégalais et qui continuent de marquer les consciences”.

Les réserves du Nigéria

Parmi les multiples réactions enregistrées, il y a celle notable de la République fédérale du Nigéria. Dans une note adressée au Bureau du secrétaire de la Commission de l'Union africaine, elle souligne que la nomination de l'ancien président de la République du Sénégal, Macky Sall, en tant que candidat du consensus de l'Union africaine pour le poste de Secrétaire général des Nations Unies était incorrecte sur le plan procédural.

Elle s’explique : “La réserve de la République fédérale du Nigéria sur la décision est une question de procédure et de principe, et non une opposition au candidat individuel ou à son état d'origine”.

Considérant que les procédures et principes établis n'ont pas été suivis pour prendre cette décision, le Nigéria indique qu’il “ne voit aucune raison de violer le principe séculaire de la rotation continentale dans la nomination du secrétaire général des Nations Unies”. En effet, souligne le pays de Bola Ahmed Tinubu pour s’en insurger, “c'est un fait connu que c'est au tour de l'Amérique du Sud et de la région des Caraïbes de produire le prochain secrétaire général des Nations Unies et que l'Afrique considère les Caraïbes comme la sixième région du continent. En élimination de cette pratique établie, la République fédérale du Nigeria estime que l'Union africaine met sa position et ses intérêts en danger maintenant et à l'avenir”.

Comment est choisi le SG de l'ONU ? 

A souligner que la procédure de silence, largement utilisée dans les organisations internationales, repose sur une logique simple : un projet de décision est soumis aux États membres et un délai est fixé. En l’absence d’objection, la décision est réputée adoptée

Toutefois, sur le plan strictement juridique, cette non-validation n’exclut en rien Macky Sall du processus de désignation du Secrétaire général de l’ONU.

Contrairement à une idée répandue, ce poste n’est pas attribué par un vote direct des États membres. La procédure repose essentiellement sur le Conseil de sécurité des Nations unies, où se joue la véritable sélection.

Le Conseil de sécurité, composé de 15 membres dont 5 permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), mène des consultations informelles pour identifier un candidat consensuel.

Ces discussions, souvent discrètes, prennent la forme de votes indicatifs à huis clos. Mais un élément est décisif : le droit de veto. Un seul membre permanent peut bloquer une candidature, quelle que soit son acceptation par les autres États.

Une fois un consensus trouvé, le Conseil de sécurité recommande un candidat unique à l’Assemblée générale.

Celle-ci, composée de 193 États, procède ensuite à une validation, généralement sans remise en cause du choix initial.

L’épisode de la procédure de silence met en lumière un double niveau de décision. A Addis-Abeba, l’Afrique peine à parler d’une seule voix. A New York, les grandes puissances détiennent l’essentiel du pouvoir de décision. Ce décalage souligne les limites de l’influence continentale dans les grandes nominations internationales.

L’échec de la procédure de silence à l’Union africaine marque un coup d’arrêt à la tentative de consensus autour de Macky Sall. Mais dans une course dominée par les équilibres géopolitiques du Conseil de sécurité, cette étape ne constitue pas une élimination.

La bataille décisive reste à venir, et elle se joue ailleurs.