NETTALI.COM - Après la visite de la ministre de la Justice, des détenus pointent une surpopulation carcérale et plusieurs dysfonctionnements. Yassine Fall admet des difficultés structurelles et annonce des réformes.
À la suite de la visite de la ministre de la Justice à la Maison d’arrêt et de correction (MAC) de Mbour, des détenus ont exprimé leur insatisfaction, estimant que cette visite n’a pas reflété la réalité de leurs conditions de détention.
Selon leurs témoignages, la délégation aurait évité les chambres les plus surpeuplées, où la promiscuité est la plus marquée. « Ils se sont référés à un protocole et ont choisi les chambres les moins encombrées, où il y a plus de commodités. Or, seules trois chambres sont dans cet état ; toutes les autres dépassent largement leur capacité d’accueil », a déclaré un détenu sous couvert d’anonymat.
Certains affirment que des cellules prévues pour 50 personnes accueillent aujourd’hui près de 130 détenus. « Nous aurions souhaité que la ministre visite ces chambres », a-t-il ajouté.
Les détenus dénoncent également des conditions de détention difficiles, évoquant notamment la longueur des détentions préventives — parfois de trois à quatre ans pour des peines finales de quelques mois —, l’existence présumée d’un marché informel de bracelets électroniques, des tensions internes conduisant à des placements en cellules de fortune, ainsi que des pratiques jugées dégradantes à l’arrivée en détention.
Ils soulignent aussi les risques liés à la promiscuité et déplorent le manque de magistrats instructeurs, indiquant qu’un seul juge est actuellement en poste à Mbour.
Accompagnée des autorités administratives et judiciaires, la ministre de la Justice, Yassine Fall, s’est rendue sur place et s’est entretenue avec les détenus ainsi qu’avec l’administration pénitentiaire.
« Je considère ces visites de terrain comme une exigence inhérente à ma fonction. Elles m’ont permis de constater de visu les conditions de détention qui prévalent dans cette maison d’arrêt. Elles demeurent marquées, comme dans la plupart de nos établissements pénitentiaires, par une situation d’engorgement structurel », a-t-elle déclaré.
Selon elle, le système pénitentiaire sénégalais souffre d’un héritage de « décennies de sous-investissements », avec un manque d’infrastructures adaptées et l’absence de nouvelles constructions carcérales depuis l’indépendance.
La ministre a également évoqué un projet d’infrastructures lancé sous l’ancien régime, ayant mobilisé 75 milliards de francs CFA sans produire les établissements attendus. Elle a insisté sur la nécessité de tirer les leçons des récents incidents survenus dans certaines prisons, rappelant que « la question des conditions de détention concerne des vies humaines, et que l’État doit répondre de chacune d’elles ».
Parmi les solutions envisagées, Yassine Fall a cité la construction de nouvelles infrastructures, dont une maison d’arrêt à Mbour, en lien avec la création d’un tribunal de grande instance dans la zone.
Elle a également mis en avant le développement d’alternatives à l’incarcération, telles que le travail d’intérêt général et la probation, ainsi que la digitalisation du système judiciaire, notamment à travers la plateforme e-Justice permettant certaines démarches en ligne.
Enfin, elle a reconnu les difficultés liées au manque de magistrats et assuré que des mesures seront prises pour améliorer la situation.
Cette visite intervient dans un contexte particulier, marqué par le décès récent d’un détenu, Fallou Ndiaye, qui aurait succombé à une maladie dans des conditions de prise en charge jugées insuffisantes.






