NETTALI.COM - Le président de Horizon Sans Frontières, Boubacar Sèye, met en garde contre les conséquences d’une éventuelle capture du Président vénézuélien Nicolás Maduro, présentée par certains proches de Donald Trump comme une issue rapide à la crise au Venezuela. Pour le chercheur, une telle option n’est pas seulement “dangereuse”, elle serait surtout “irresponsable”.

Derrière le discours de “libération” et de “restauration de la démocratie”, prévient-il, se profile “une réalité bien plus cynique : une nouvelle guerre du pétrole”. Le Venezuela, rappelle-t-il, dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde. “Ce fait n’est pas anodin. Depuis des décennies, chaque intervention étrangère dans la région s’est accompagnée d’intérêts énergétiques dissimulés derrière des slogans moraux. Penser que l’actuelle situation ferait exception relève de la naïveté”, estime Boubacar Sèye.

Selon lui, l’arrestation d’un chef d’État en exercice, même contesté, constituerait “une violation flagrante du droit international” et ne résoudrait en rien la crise. “Une telle action aggraverait le chaos. Le Venezuela risquerait de sombrer dans une guerre civile prolongée, avec des répercussions sur les pays voisins, des flux massifs de réfugiés et une déstabilisation de toute l’Amérique latine”, avertit-il. À l’échelle mondiale, poursuit le chercheur, une intervention de ce type pourrait ouvrir la voie à une confrontation indirecte entre grandes puissances.

La Russie et la Chine sont déjà impliquées économiquement et stratégiquement au Venezuela. Dans ce contexte, le pétrole ne serait plus une ressource, mais un détonateur”, analyse-t-il.

Boubacar Sèye juge par ailleurs inquiétante la posture de Donald Trump, qu’il accuse d’avoir souvent privilégié “la démonstration de force au dialogue”. Il ajoute que “dans le dossier vénézuélien, transformer une crise humanitaire complexe en affrontement simpliste entre “bons” et “méchants” relègue la diplomatie au second plan”.

Le président d’Horizon Sans Frontières nuance cependant sa position : “Freiner Trump ne signifie pas défendre Maduro. Il s’agit de refuser une logique où la force prime sur le droit, où les ressources naturelles justifient l’ingérence et où les peuples paient le prix des ambitions géopolitiques.

L’histoire, rappelle-t-il, montre que lorsque “le pétrole dicte la guerre, ce sont toujours les civils qui en subissent les conséquences”.

Boubacar Sèye appelle enfin la communauté internationale à privilégier la diplomatie et à défendre le principe de non-ingérence. “La capture de Maduro serait moins une solution qu’un signal d’alarme. Il est encore temps de choisir la retenue plutôt que l’escalade. Condamnations publiques, mobilisations diplomatiques et pressions politiques peuvent éviter une guerre indirecte ou un conflit régional”, conclut-il.