NETTALI.COM - À l’Assemblée nationale, l’ex-ministre de la Justice Me Aïssata Tall Sall a vivement critiqué les conditions d’examen de la seconde loi de finances rectificative (LFR) pour l’année 2025. Entre dénonciation d’un calendrier jugé irrespectueux du travail parlementaire et mise en cause des résultats budgétaires du gouvernement, la députée a livré une charge sévère contre la gestion financière de l’exécutif.
La séance d’examen de la seconde loi de finances rectificative (LFR) pour l’année 2025 a donné lieu, ce mardi, à un échange particulièrement tendu à l’Assemblée nationale. Prenant la parole face au ministre des Finances, Cheikh Diba, Me Aïssata Tall Sall n’a pas ménagé ses critiques, tant sur la forme que sur le fond du texte soumis aux députés.
D’emblée, l’ancienne garde des Sceaux a dénoncé ce qu’elle considère comme un mépris du travail parlementaire. Selon elle, les délais impartis aux élus pour examiner un document aussi stratégique sont tout simplement irréalistes. « Nous ne sommes ni des machines, ni des extraterrestres. Nous sommes des humains », a-t-elle lancé, sous les applaudissements d’une partie de l’hémicycle. Elle a rappelé que le projet de loi, long de 46 pages, avait été transmis aux députés un vendredi, pour un examen en commission programmé dès le lundi suivant à 15 heures, alors que certains élus n’en auraient pris connaissance qu’à 13 heures. Une méthode qu’elle juge incompatible avec l’exigence de rigueur et de sérieux qu’impose un débat budgétaire.
Mais au-delà de la procédure, c’est surtout le contenu de la LFR qui a suscité l’ire de la députée. Pour Me Tall Sall, ce texte met en lumière des contre-performances budgétaires qu’elle qualifie d’« alarmantes ». Elle a ainsi égrené les chiffres : une baisse de 21 milliards de francs CFA sur les recettes fiscales, 24 milliards de moins sur les recettes non fiscales, près de 80 milliards de francs CFA de recul sur les dons en capital et 10 milliards de contre-performance sur les dons budgétaires. « Rien que des baisses, alors que vous avez tout taxé dans votre loi de finances initiale ! », a-t-elle ironisé, accusant le gouvernement d’avoir alourdi la pression fiscale sans parvenir à atteindre ses objectifs de recettes.
La parlementaire n’a pas manqué d’évoquer, sur un ton sarcastique, les annonces faites autour du voyage du Premier ministre à Abou Dhabi. Des déplacements présentés comme porteurs de retombées financières importantes, mais dont les effets concrets, selon elle, « brillent par leur absence » dans les chiffres de cette loi de finances rectificative.
Un autre point sensible a occupé une place centrale dans son intervention : l’affaire de la dette dite « cachée », qui a récemment suscité de vives inquiétudes parmi les partenaires financiers du Sénégal. Me Aïssata Tall Sall a toutefois tenu à exonérer les agents du ministère des Finances de toute responsabilité. « Je salue les fonctionnaires du ministère des Finances. Ils continuent de faire un excellent travail et ne méritent pas qu’on les stigmatise. Ils n’ont absolument rien fait de mal », a-t-elle affirmé, prenant soin de distinguer l’administration technique des choix politiques.
Selon elle, cette polémique autour de la dette a directement contribué à la contraction des dons en capital et des appuis budgétaires, traduisant une érosion de la confiance des partenaires internationaux à l’égard du Sénégal. Une situation dont elle impute la responsabilité au gouvernement actuel, estimant que la dégradation de l’image financière du pays pèse aujourd’hui lourdement sur ses capacités de mobilisation de ressources extérieures.
Au final, l’intervention de Me Aïssata Tall Sall aura donné le ton d’un débat budgétaire sous haute tension, où la question de la crédibilité financière de l’État, de la transparence dans la gestion des finances publiques et du respect du rôle du Parlement s’impose comme un enjeu central. À l’heure où le gouvernement appelle à la rigueur et à l’effort collectif, l’opposition, elle, réclame des comptes et une méthode jugée plus respectueuse des institutions.






