NETTALI.COM - Après trois années à la tête de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), Serigne Bassirou Guèye a tiré sa révérence à l’occasion de la cérémonie de passation de services. Dans un discours de sortie à la fois sobre, lucide et dense, le magistrat a défendu un bilan qu’il juge satisfaisant, tout en rappelant que la lutte contre la corruption demeure un combat permanent, collectif et exigeant.
Au terme de son mandat, Serigne Bassirou Guèye n’a ni revendiqué de victoire éclatante ni cédé à l’autosatisfaction. Devant les nouveaux membres de l’OFNAC, le personnel de l’institution et les partenaires étatiques, le président sortant a préféré la mesure et la responsabilité. « Je quitte mes fonctions avec un sentiment de satisfaction totale », a-t-il déclaré, soulignant que les résultats obtenus sont le fruit d’un effort collectif mené dans un environnement institutionnel et politique souvent contraignant.
Durant ses trois années de présidence, l’OFNAC a connu une phase de consolidation interne et de redynamisation de ses missions. L’un des faits marquants de ce mandat reste la mise en œuvre complète de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption, un chantier structurant longtemps attendu. À cela s’ajoute la régularisation des rapports d’activités couvrant près de dix années, un travail de fond qui a permis de renforcer la crédibilité et la lisibilité de l’institution auprès des citoyens comme des partenaires internationaux.
Sur le plan opérationnel, les chiffres avancés traduisent une intensification de l’action de l’Office. Depuis sa création, plus de 2 400 plaintes et dénonciations ont été enregistrées, avec une hausse particulièrement notable en 2024, signe, selon Serigne Bassirou Guèye, d’une confiance accrue des citoyens dans l’OFNAC. Plusieurs dizaines de rapports ont été transmis à la justice, tandis que le suivi des déclarations de patrimoine s’est considérablement renforcé. Parallèlement, l’institution a amélioré sa gouvernance interne, à travers des audits financiers réguliers et une meilleure organisation administrative.
Mais le président sortant a tenu à dépasser la simple lecture chiffrée de son action. Pour lui, la lutte contre la corruption ne peut se réduire à des enquêtes et à des procédures judiciaires. Elle repose également sur la prévention et la sensibilisation. À ce titre, il a rappelé les nombreuses initiatives menées par l’OFNAC auprès des collectivités territoriales, des universités et des organisations de la société civile. Autant d’actions visant à ancrer durablement une culture de l’intégrité et de la reddition des comptes dans les pratiques publiques et citoyennes.
Dans un moment empreint d’émotion maîtrisée, Serigne Bassirou Guèye a également rendu hommage aux agents de l’OFNAC, saluant une équipe « déterminée, rigoureuse et infatigable », souvent confrontée à des pressions, mais restée fidèle à l’exigence d’indépendance et de professionnalisme. Il a rappelé que sans cet engagement quotidien, aucun progrès durable n’aurait été possible.
Enfin, le discours a pris la forme d’un passage de témoin pleinement assumé. Le président sortant a exprimé sa confiance envers son successeur, Moustapha Ka, qu’il connaît de longue date. Il l’a décrit comme un magistrat rigoureux, loyal et profondément attaché au service public, convaincu qu’il saura consolider les acquis et relever les défis persistants de la lutte contre la corruption au Sénégal.
En quittant l’OFNAC, Serigne Bassirou Guèye laisse ainsi une institution mieux structurée, plus visible et davantage outillée. Sans triomphalisme, il a rappelé une vérité essentielle : la lutte contre la corruption n’est ni l’affaire d’un homme ni celle d’un mandat, mais un chantier permanent qui engage l’État, les institutions et l’ensemble des citoyens.






