NETTALI.COM - Les étudiants qui réclament le paiement de leur bourse continuent de manifester leur colère. Hier mercredi 3 décembre encore, à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), ils ont affronté les policiers, autorisés à entrer sur le campus pour maintenir l’ordre. Il y a eu plusieurs blessés.

Les affrontements entre étudiants et policiers se sont poursuivis, le mercredi 3 décembre, à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Ces heurts, qui se sont intensifiés, ont été marqués par des échanges de projectiles et de gaz lacrymogènes. Plusieurs blessés ont été dénombrés. Parmi eux, il y a 16 étudiants et 4 hommes en tenue.

Avant-hier, le Conseil académique (CA) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a autorisé le recteur à requérir le concours des forces de l’ordre pour assurer trois objectifs prioritaires : “La sécurité des personnes, la protection du patrimoine universitaire (biens publics et privés), la continuité des activités pédagogiques et scientifiques”. Malgré la présence des policiers, ces étudiants qui réclament le paiement de leur bourse n’ont pas battu en retraite ce mercredi. Ils ont maintenu leur engagement.

Dans les premières heures, ils ont opposé une forte résistance aux policiers qui se sont introduits dans le campus. Les affrontements ont duré plusieurs heures, jusque tard dans la soirée. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on voit des policiers sortir de deux voitures blindées et se mettre à lancer des gaz lacrymogènes dans le pavillon des étudiantes.

Ce qu’on est en train de faire, c’est Sonko qui nous a encouragés. Aujourd'hui, nous le faisons contre lui”, a déclaré un étudiant, hier soir, donnant rendez-vous à ses camarades aujourd'hui à 5 heures du matin pour la reprise des manifestations. “Lorsque les campus s’enflamment, le mouvement déborde rapidement vers les lycées, les quartiers populaires et les réseaux sociaux, transformant une revendication corporatiste (bourses, conditions d’études) en crise politique nationale”, a commenté un internaute.

En effet, à l’Assemblée nationale, une députée de Pastef a plaidé la suppression pure et simple des bourses. Alors qu’il est conseiller spécial du président de la République, Bentaleb Sow s’est permis de déclarer : “Les FDS dans le campus universitaire n’ont jamais réglé un problème, au contraire, ça empire”. Avant de souligner la nécessité de ne pas causer de dégâts matériels : “Nous avons tous été étudiants. Il faut privilégier le dialogue, l’écoute et la responsabilité collective. Les revendications sont légitimes, camarades étudiants, mais il est tout aussi essentiel de préserver l’outil universitaire”.

Pour sa part, Maimouna Ndour Faye a pris le parti des étudiants. Elle a souligné que la plupart des députés ne font pas grand-chose à l'Assemblée, mais qu’ils perçoivent 3 millions de francs du contribuable chaque mois. Pendant ce temps, ditelle, on ne donne pas aux étudiants les moyens qui leur permettraient de poursuivre leurs études. Elle note aussi que les députés de Pastef n’ont pas de base politique, qu’ils sont à l’Assemblée uniquement grâce à la popularité de Sonko.

Responsable du parti Rewmi, Sam Notaires, Chérif Assane a fait un rappel important. Il relève que lors des tensions politiques de 1993, devant la foule et le dévouement des étudiants, Abdoulaye Wade avait dit ceci : “Il ne marchera jamais sur des cadavres pour accéder au palais”. Et à partir de ce moment, dit Chérif Assane, “Wade a eu le souhait d'octroyer des bourses et des aides à tous les étudiants. Mais ce souhait s'est réalisé grâce à son homme de confiance, l'initiateur de la marche bleue, et CA 2000, notamment le Pr Idrissa Seck”.

Ce dernier s'est rendu à Washington et à la session du Groupe consultatif de Paris, accompagné par le ministre des Finances de l’époque, Abdoulaye Diop, et son conseiller économique Sory Diagne Sow. “Ils sont revenus avec de l’argent liquide pour enrichir les finances publiques. C’est avec cet argent que le président Idrissa Seck avait payé les dettes de l’État depuis 1960. On se rappelle, lors de sa déclaration de politique générale, il avait dit ceci en wolof : Euleuk beppu beykat bu yorr bon impayé dinañ la faye”, rappelle Chérif Assane.

Auprès du Groupe consultatif de Paris, Wade cherchait 340 milliards, alors qu’Idy est revenu avec 840 milliards. C’est avec cet argent que le président Wade avait pu mettre en place la généralisation des bourses d'études et aides sociales, l'intégration de certains travailleurs, le recrutement de quinze mille fonctionnaires, l'augmentation des salaires, et le déblocage de l'avance de Tabaski. “Ceci est possible grâce à la prise de conscience de Wade après son entrée dans le gouvernement d'union nationale (Idy & Ousmane Ngom), afin de connaître les vrais problèmes de Diouf. Car après la dévaluation, le FMI avait pris des mesures d'austérité et de restrictions. Ce, pour interdire au régime de recruter dans le service public, afin que l’État puisse gérer les charges publiques”, souligne le responsable politique.

Contrairement au nouveau régime, qui est doté des recettes issues du pétrole et du gaz, ainsi que des revenus générés par le TER, le BRT et des infrastructures publiques (telles que le péage et l’autoroute Ila Touba), il n’arrive même pas à payer les bourses des étudiants. Chérif Assane soutient que les députés devraient encourager le gouvernement à investir dans l’éducation.

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