NETTALI.COM - Le Sénégal fait face à une double urgence sanitaire. La Fièvre de la Vallée du Rift (FVR) et la dengue poursuivent leur progression sur le territoire, sous l'œil inquiet des autorités sanitaires. Les données du Sitrep n°42 du Centre des opérations d'urgence sanitaire (Cous), couvrant la période du 17 au 23 novembre, dressent un tableau sans équivoque : les courbes s'étirent, les cas s'accumulent et la vigilance doit être maximale.

Selon les dernières informations recueillies par EnQuête, la Fièvre de la Vallée du Rift et la dengue évoluent simultanément, chacune avec ses spécificités mais toutes deux alimentées par un facteur commun: l'intensifica-tion de la transmission vectorielle. Les données biologiques (PCR et sérologie) confèrent à cette surveillance un niveau de fiabilité rarement atteint ces derniers mois. Depuis l'apparition des premiers cas humains fin septembre à Saint-Louis, la FVR gagne du terrain dans le Nord. Il y a 57 cas confirmés chez les animaux (ovins, caprins, bovins) et 230 avortements recensés, un marqueur classique d'émergence dans les troupeaux. Les régions touchées sont Saint-Louis (42 cas), Louga (11), Matam (2) et Tambacounda (2).

Pour la propagation humaine,  il y a plu-sieurs décès confirmés et 500 cas humains prélevés depuis le début de la riposte. Le 1er octobre, face à l'escalade, le Cous a été placé en niveau 1-élévé, permettant une coordination multisectorielle incluant santé humaine, santé animale et surveillance envi-ronnementale.

La dengue poursuit sa diffusion rapide, franchissant le seuil d'urgence sanitaire nationale avec 3 932 cas confirmés au 23 novembre. Des cas ont été rapportés dans 61 districts sanitaires, une dispersion rare par son ampleur. Il y a 43 formes hémorragiques, soit 1,09% des cas, confirmant la sévérité croissante.

En outre, les régions les plus touchées restent Kaolack, Dakar, Louga, Thiès, Saint-Louis, Fatick, Matam, Kaffrine. Les données montrent une tendance hebdomadaire à la hausse, signe d'une transmission stable, soutenue et désormais nationale.

Depuis plusieurs semaines, le Gouvernement a pris diverses mesures avec l'activation du Cous et la mise en place d'un système d'incident commandé. Des opérations de supervision dans les districts touchés pour renforcer la surveillance épidémiologique ont été organisés.

Des partenaires techniques et financiers ont également mobilisés notamment pour appuyer le plan de riposte contre la FVR. Des tests ont été distribués avec le redéploiement des équipes techniques et l'intensification de la recherche entomologique. Une note ministérielle du 14 octobre a également formalisé la stra-tégie nationale de lutte contre la dengue.

Un système de surveillance solide... mais sous forte pression

Malgré les efforts déployés, le système sanitaire montre des zones de fragilité. En effet, la lutte anti-vectorielle est insuf-fisante, notamment dans les zones urbaines où la dengue explose. La surveillance animale est à renforcer, alors que l'épizootie de FVR continue dans le bétail. Dans le même sens, il est constaté que la décentralisation des tests PCR encore limitée, entraînant des délais dans la confirmation des cas.

Il est aussi noté que la communication communautaire est inégale, surtout dans les régions les plus touchées et la capacité hospitalière est sous tension, avec des structures appelées à anticiper les formes sévères. Les équipes sanitaires alertent sur la nécessité d'une meilleure coordination entre les ministères de la Santé, de l'Élevage et de l'Environnement.

La qualité des données confirme la solidité du dispositif de surveillance sénégalais: 3025 cas suspects prélevés pour la seule FVR, 500 cas humains confirmés, des tableaux mis à jour en temps réel.

Mais la concomitance de deux épidémies majeures met la riposte nationale à rude épreuve. La FVR s'enracine dans le Nord, portée par les élevages et les mous-tiques; la dengue se diffuse à l'échelle du pays, portée par Aedes aegypti, extrê-mement présent en zones urbaines.

Le Sénégal pris de court : ce que disent les experts

Selon plusieurs spécialistes interrogés par EnQuête, la situation aurait pu être contenue plus tôt si certaines mesures avaient été anticipées. Parmi ces dernières sont citées le déploiement d'équipes mobiles dans les zones à forte transmission, le système d'aler-te précoce mieux coordonné entre santé animale et santé humaine, le renforcement de la formation des agents de santé, notamment en gestion des formes hémorragiques et le contrôle plus agressif des gîtes lar-vaires, encore largement insuffisant dans les régions urbaines.