NETTALI.COM- À la veille du passage très attendu du Premier Ministre Ousmane Sonko devant l'Assemblée nationale, deux anciens députés de la République, Théodore Chérif Monteil et Cheikhou Oumar Sy, ont publié une tribune . Tout en respectant le choix politique de l'opposition de boycotter la séance, les auteurs estiment que cette occasion ne doit pas être manquée pour exiger des réponses claires sur des sujets essentiels : la nature et le coût du voyage à Abu Dhabi, l'état réel des finances publiques (dette, audit Mazars), la concrétisation des promesses sociales (baisse de l'électricité, projets non démarrés), et la stratégie face à la crise malienne.
Le passage du Premier ministre Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, prévu ce vendredi 28 novembre 2025, est désigné par les anciens députés Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil comme un "moment fort de notre démocratie." Dans une tribune, ils estiment que cette séance doit être une occasion pour la transparence, la cohérence et la redevabilité, insistant sur le fait que derrière chaque décision gouvernementale se trouvent les vies et les urgences sociales des Sénégalais.
Transparence : Le mystère du voyage à Abu Dhabi
Les anciens élus placent le récent déplacement du Premier Ministre à Abu Dhabi au centre des questions nécessitant une réponse immédiate. Ils demandent au chef du gouvernement de clarifier l’objectif exact de ce voyage – diplomatique, économique ou mobilisation de ressources. Ils s’interrogent également sur la raison pour laquelle cette visite n’a pas été évoquée lors du Conseil des ministres du 26 novembre. Plus crucial encore, dans un contexte économique difficile, les auteurs exigent de savoir combien a coûté la location du jet privé et, surtout, qui en a assumé les frais. Ils rappellent que le silence entretient la suspicion, tandis que seule la transparence peut restaurer la confiance publique.
L'opacité des milliards : Du compte des 1000 au dossier des 94
Le débat politique est agité depuis des années par des montants colossaux qui nécessitent une clarification définitive. Les auteurs s’interrogent sur l’état du mystérieux « compte des 1 000 milliards », demandant qui en est le détenteur et comment il a été reconstitué. De même, ils reviennent sur le dossier des 94 milliards, rappelant que le Premier Ministre affirme détenir toutes les transactions et tous les noms. Ils questionnent ce qui a été fait de ces informations depuis son arrivée à la Primature et si la justice a été saisie pour engager des procédures claires.
Promesses sociales en attente et projets stagnants
Les Sénégalais attendent des résultats concrets sur les engagements publics pris par le gouvernement. La tribune pointe la promesse de la baisse du coût de l’électricité, demandant quand elle sera effective et si elle peut être financée sans aggraver la dette nationale. La question de la concrétisation des programmes gouvernementaux se pose également pour le programme des 1 000 coopératives, dont les anciens députés souhaitent connaître le nombre d'entités réellement opérationnelles et leur impact sur l’emploi.
L’inquiétude la plus pressante concerne le dossier des 8 milliards destinés aux populations de Bakel, Matam et Podor, victimes des inondations de 2024. Des familles entières sont toujours dans l’attente. Les auteurs demandent à connaître le montant décaissé, les travaux réalisés, les villages réparés et l’accès aux rapports de suivi. Ils insistent sur le fait que la détresse humaine "exige des actes, des preuves et des résultats."
Diplomatie, dette et audit secret
Sur le volet de la diplomatie économique, les anciens parlementaires veulent connaître les résultats concrets des voyages du Premier Ministre en Chine et en Turquie : les accords exécutés, les montants engagés, et les projets d’infrastructures ou d’investissements en découlant réellement. L'état d'avancement du projet stratégique du Grand Transfert d’Eau est également interrogé.
Concernant la dette publique, le débat sur la « dette cachée » a eu des conséquences désastreuses. M. Sy et M. Monteil estiment que Ousmane Sonko doit éclaircir si le FMI a proposé ou non une restructuration de la dette du Sénégal et, si la proposition a été refusée, quelle alternative crédible est mise en œuvre pour réduire la pression budgétaire sans sacrifier le social. Enfin, la tribune exige la publication du rapport d'audit du cabinet Forvis Mazars, payé par l'argent du contribuable, et dont le coût et le contenu restent gardés secrets.
Enfin, sur le plan régional, une question s’impose pour les deux ex-parlementaires : . quelle est la stratégie du Sénégal face à la crise au Mali, pays frère dont la situation a des implications directes sur la stabilité nationale ?
Sur le plan interne, un plan pour les marchands ambulants déguerpis, aujourd’hui sans revenus, est demandé.
Les auteurs concluent que la politique n’a de sens que si elle sert le peuple, et que la séance parlementaire doit être un moment de vérité et de redevabilité, au service de la démocratie.






